15/04/2010

4 Syntaxe

4 SYNTAXE

 

4.0 Introduction

 

La syntaxe du wallon se différencie de celle des langues germaniques de façon nette. Ainsi, le wallon ne fait pas d' inversion avec un nom sujet comme le néerlandais et

l' allemand .

ex. (NL) Komt Jan vandaag ? (D) Kommt Jan heute ?

     (W)   Est-ce qui Djan vint odjoûrdu ?

 

 Il ne pratique même pas l' inversion secondaire aussi facilement que le français. 

ex. (F) Le fermier vient-il ?

     (W) Est-ce qui l' cinsî vint ?

 

Le wallon ne connaît pas le rejet de l' infinitif ou de toutes les formes verbales dans la subordonnée.

ex. (NL) Ik zal morgen niet komen.

      (D)  Ich werde morgen nicht kommen.

     (W)  Dji n' vêrè nin d'mwin .

 

Les seuls rejets qu' il connaît sont des rejets de participes passés ou d' infinitifs .

Dji n' a rin vèyu.

Dji n' a pêrson.ne rèscontré.

Po ça fé, (i) faut qu’ vosse fré fuche d' acôrd.

Ces rejets sont d'ailleurs peu fréquents.

 

N'ayant pas de particules séparab1es ( différence morphologique ), il ne fait bien sûr pas de rejet de ces particules.

 

Il n'est besoin que de relever les différences syntaxiques entre le wallon et le français.[1] Malgré une opinion répandue et entretenue, ces différences existent. La liste présentée ci-dessous n’est pas exhaustive, mais elle est importante et certaines différences sont très grandes.

Le plus souvent possible, des références d'auteur sont reprises pour les règles ci-dessous. Cette étude sera donc complétée ultérieurement.

Chaque lecteur est invité à la compléter par des recherches personnelles et notre reconnaissance lui est acquise s'il veut se donner la peine de nous communiquer ses trouvailles pour le plus grand bien de notre langue.

L’ orthographe appliquée est l'orthographe créée par Jules Feller en 1900 qui est l'orthographe adoptée et appliquée par tous les littérateurs wallons de notre temps.

 

Pour ce qui est des différences syntaxiques entre le wallon et le français, cette étude démontre qu' il en existe au moins 334.

 

 

4.1 Article

 

4.1.1 L’article défini

 

Différence 1

Le wallon emploie l'article défini dans des cas où le français ne l' emploie pas.

ex. : (W)                                                           (F)

on molin au ( = à li) cafeu [2]*

un moulin à café

sèrer à l' clé

fermer à clé / clef

tos lès deûs

tous ( les ) deux

è l’ infêr

en enfer

di l’ èsté = è l' èsté

en été

lès payis d' l' Eûrope

les pays d'Europe

on fiêr aus galètes

un fer à galettes

s’ î conèche ((EW) kinohe) dins lès langues

s’y connaître en langues

trover l’ moyin dè l’ sawè ((EW) saveûr)

trouver moyen de le savoir

dimèrer è l’reuwe ((EW) rowe) Piconète

habiter rue Piconette

di l’iviêr = è l’ iviêr

en hiver

C’èst l’ vraî.

C’est vrai.

po dîre li vraî

à dire vrai

 

Ainsi :

(CW) « C’èst l’ vraî qu’ lès bièrdjîs èstin.n su place, zèls. » (Lès Rwès, VA 11/1/99)

(F) Il est vrai que les bergers étaient sur place, eux.

« On dîmègne après l’din.ner » (Emile Gillain, Au culot do feu, p.9)

Un dimanche après-midi.

« D’ l’ ëviêr ou quand on d’meûre à s’ maujone, on cut ... »  (Gaziaux,1987,207)

En hiver ou quand on reste chez soi, on cuit…

(EW) « Li tchôd vint d' Ârdène, è l' osté, sint co l' gôme di sapin. » (Seret René, Lès grands vints, CW 2/88, p.20-32)

Le vent chaud d’Ardenne, en été, a encore l’odeur de résine.

« Po bin dîre li vrêye, dji halkina 'ne hapêye. » (Grafé, 1987, 26-27)

A vrai dire, j’hésitai quelque peu.

(OW) « Li walon s’ pièd. (...) Est-ce bin l’ vré ? » (Petrez,1962,85)

Le wallon se perd. Est-ce bien vrai ?

« Mon Dieu, c’ èst l’ vré! D’ n’ î sondjoûs pus! » (Quinet,1999,10-12)

Mon Dieu, c’est vrai ! Je n’y songeais plus !

(SW) « Pou dîre lu vraî ç' qu' il èst, i gn-è qu' dins lès prîjes du courant qu' i faut s' dumèfier d' èsse djondu pa Marîye à l' Trique. » (Louline Vôye, Marîye à l' Trique, AL)

A vrai dire, il faut craindre d’être touché par Marîye à l’ Trique au contact d’une prise de courant.

 

Différence 2

Le wallon n' emploie pas l'article défini dans des cas où le français l' emploie.

ex. : (W)                                                           (F)

ièsse binv’nu = ièsse wilikom'

être le bienvenu

à campagne

à la campagne

aler à mèsse

aller à la messe

dîre mèsse

dire la messe

rivenu d’mèsse

revenir de la messe

sièrvu ( (EW) sièrvi, chèrvi) mèsse

servir la messe

toûrner à plouve ((EW) plêve)

tourner à la pluie

fé prandjêre ((EW) prandjîre)

faire la sieste

à spales

sur les épaules

mwin.ner l' vatche à twa ((EW) torê)

mener la vache au taureau

aler à vèpes

aller aux (= à les ) vêpres

fé vèpes

dire les vêpres

sièrvu ((EW) sièrvi, chèrvi) vèpes

servir les vêpres

 

ex. :

(CW) « Li cinsî faît prandjêre. » (E. Gillain, Au culot do feu, p.97)

(F) Le fermier fait la sieste.

« On-z-avèt djusse li timp divant scole d’ intrer è s’ botike … » (Gillain,1932,14)

On avait juste le temps avant l’école d’entrer dans son magasin.

(SW) « Èl samedi, après mèsse, dji m’ê dispétchè d’ alè rimpli ma botèye di bènite êwe ... » (Culot C., Les Paukes du Zîré, AL)

Le samedi, après la messe, je me suis dépêché d’aller remplir ma bouteille d’eau bénite.

 

« Dju va l’ atèrè à bone parfondeûr. »

(Mouzon Raymond,8,1985)

Je vais l’enterrer à une bonne profondeur.

 

Devant un nom de cours d’eau:

ex. :

(CW) « Si vos passoz l’ grand pont d’ pîre qu’ ascauche Lèsse èt qu’ a stî r’faît à noû ... »    

(Houziaux, 1964, 13)

(F) Si vous franchissez le grand pont en pierre qui enjambe la Lesse et qui été remis à neuf… 

(EW) « Moûse coûrt todi come d’ avance, ... ». (Maquet,1987,170)

(F) La Meuse coule toujours comme autrefois…

(OW) « (Et,) spitant, i r’tchét su Sambe, à scapouyète. » (Gianolla François, Nwêr payis, p.91, in: W+ L)

(Et) remuant, il retombe sur la Sambre, à la gribouillette.

« Li tram aveut passè Sambe ... » (Fauconnier,1993,77)

Le tram avait passé la Sambre…

 

Devant un superlatif épithète, il n’y a pas de déterminatif.  Seul celui du substantif est gardé:

ex.: (F) le jour le plus long  (W) li pus long djoû

Il n’y a pas de confusion possible comme en français.

ex.: (F) C’est son fils le plus intelligent.

      (W) 1 C’est l’ pus malin d’ sès fis. (comparé à ses frères)

             2 C’èst s’ fi qu’èst l’ pus malin. (comparé à d’autres que ses frères)

 

Devant « onk » jumelé à « l’ ôte » : (cf Synt. 4.4.2)

onk ou l' ôte

l’ un ou l’autre

onk èt l' ôte

l' un et l'autre

onk dins l' ôte

l' un dans l'autre

onk à l' ôte

l' un à l' autre

onk avou l' ôte

l' un avec l'autre

onk sins l' ôte

l' un sans l'autre

 

ex. :

(CW) « Djë n’ sé ni së lès djins d’ Glëmes n’ èstin’ ni djalous onk së l’ ôte, là. »

(Gaziaux,300,1987)

(F) Je ne sais si les gens de Glimes n’étaient pas jaloux les uns des autres .

(EW) « Et vo-me-là tot seû, ca m' fame è-st-èvôye taper one copène avou one vwèzène ou l' aute. »  (Wisimus,1957,151)

Et me voilà seul, car ma femme est partie bavarder avec l’une ou l’autre voisine.

« Lu grand-mére Villé nos lès-acsègne onk après l' ôte. » (id., p.152)

La grand-mère Villé nous les enseigne l’un après l’autre.

« Quond n’s-årons bèrwèté di ç’ costé-là dè timp - onk ou pô pus tårdou, l’ ôte on pô pus matin - (...) » (Georges Victor, Quond påtes èt rècinèyes, ..., p.89, in: W+ L)

Quand nous aurons traîné de ce côté-là du temps, - l’un un peu plus en retard, l’autre un peu plus matinal - (…)

(SW) « Comptez todi, sûr, treûs quate vês èt onk ou l’ ôte pourcê. » (Bily Joseph, Knocki

 èt l’ fème en nwâr, AL)

Comptez toujours, sûrement, trois à quatre veaux et l’un ou l’autre porc.

 

Différence 3

Dans une énumération, le wallon répète obligatoirement l'article défini.

ex. : (W) Lès frés èt lès soûs (F) Les frères et soeurs

 

Différence 4

Le wallon emploie parfois un singulier alors que le français emploie un pluriel.

ex. :

(F) Les lundis, mercredis et vendredis de chaque semaine. (Le Bidois,T1,1971,50)

(W) Li londi, l’mércrèdi èt l’vinrdi d’ chake samwin.ne.

 

Différence 5

Le wallon ne donne pas à l’article défini une valeur exclamative. Il emploie l’adjectif exclamatif « Qué ! », « Quéne ! », « Qué ! », « Quénès ! » 

ex. : (F)                                                            (W)

La belle statue !

Qué bèle sitatûwe ! = Quéne … !

Le beau jardin !

Qué bia djârdin !

Les gentils enfants !

Qués binamés-èfants !

 

Parfois, il n’emploie rien du tout.

ex. : Le pauvre homme

Pôvre ome !

 

Différence 6

Un nom accompagné de « min.me » ne peut être précédé que de l’article défini, alors que le français peut le faire précéder de l’article indéfini, de l’adjectif démonstratif et même de l’adjectif possessif (cf Le Bidois) ou de rien.

ex.:

(F) « De la nature entière, ... émane cette même tendre mélancolie... » (Chateaubriand, M. des Lourd., 31)

(W) Li min.me doûce minéye rét d’ tote li nature.

« L’on reçut même réponse de l’archevêque. » (Michelet, Histoire de France, X, III)

On-z-a ieû l’ min.me rèsponse di l’ârchèvèke.

 

Différence 7

La construction française « plein les poches » a des analogues en wallon.

ex. :

(W) Il a dès cents plin.nes sès tahes.                

(F) Il a de l’argent plein les poches.

Dj' a dès pouces plin.nes mès tchâsses.         

Mes chausses sont pleines de puces.

Gn-a dès frambâhes tot couvri l' hoûrlê.        

Le talus est recouvert de myrtilles.                                                                  

Gn-aveût dès poumes tot tchèrdji lès mèlées.

Les pommiers étaient chargés de  pommes.

                                                                                          

On remarquera que dans nos deux premiers exemples, « plin » s'accorde avec le substantif. (Remacle,1937,66)

 

 

4.1.2 L’ article indéfini

 

Différence 8

Le wallon emploie l'article indéfini dans certains cas où le  français ne l'emploie pas.

ex. : (W)                                                            (F) 

fé on cèke autoû

faire cercle autour

fé one ècsèpsion

faire exception

Dji so-st-on walon.

Je suis wallon.

fé on cèke autoû

faire cercle autour

Mauy one feume n’a vèyu si voltî.

Jamais femme n’a tant aimé.

fé one fin à one saqwè avou one intencion

mettre fin à qqch avec intention

dins one tchambe

en chambre : « Il travaille en chambre. » (Le Bidois, T1, 1971, 43)

 

Différence 9

Après la préposition « di », on garde l’article indéfini devant « cias/cènes, ôtes »:

ex. :

(W) I provint d’ dès cias què l’s-avin.n.  

(F) Il provient de gens riches.

I causeûve co di d’s-ôtes côps.               

Il parlait encore d’autres fois.

 

Différence 10

Le français emploie l'article défini alors que le wallon utilise l’article indéfini.

ex. : (W)                                                            (F)

awè dès blancs d’ tch'vias

avoir les cheveux blancs

awè one coûte mémwêre

avoir la mémoire courte

Po waurder one boune vûwe, il faut lîre li mwins’ possibe à l’ loupe.

pour garder la vue bonne

 

Différence 11

Le wallon n' emploie pas l' article indéfini, alors que le français l' emploie.

ex. : (W)                                                            (F)

tinu botike

tenir un magasin

tinu cabarèt

tenir un café

fé prandjêre

faire une sieste

fé toubak

faire une pause

 

ex. :

(W) « Li p’tit mârchau t’neut aubêrje su l’grand-route. » (Houziaux, 1964, 63)

(F)  Le petit forgeron tenait une auberge sur la grand-route.

 

Différence 12

Devant un nom abstrait et précédé de la préposition « de », l'article indéfini que le français emploie est rendu en wallon par un adverbe suivi d'un adjectif.

ex. :

(F) « Il faut avouer que tu es d' une innocence ! » (Goncourt, R. Mauperin VII)

(W) I faut r'conèche qui v's-èstoz on rude înocint!

« Je me sens d'une faiblesse ! » (Bataille, Phalène, 1, 10)

Dji m' sin fwèbe au-d'là !

 

Différence 13

L’article indéfini « dès » en wallon se traduit par « de » en français.

ex. : (W)                                                       (F)

è fé dès bèles

en faire de belles

Il è faut prinde dès-ôtes.

Il faut en prendre d’autres.

Gn-a d’s-ôtes qui mi.

Il y en a d’autres que moi.

C’èst d’trop po dès djon.nes come zèls.

C’est trop pour des jeunes comme eux.

Dj’a ratindu tant dès djoûs.

J’ai attendu tant de jours.

Djè lî a tant dit dès côps.

Je le lui ai dit tant de fois.

 

ex. :

(OW) « Après, i d-a d’s-ôtes què li qu’ ont fét bouli l’ marmite (…). » (Quinet Christian, p.15, in : MA, 1, 2002, p.15-16

(F) Ensuite, d’autres que lui ont fait bouillir la marmite.

 

 

4.1.3 Article partitif

 

Différence 14

L' article partitif s' emploie avec un substantif précédé d'un adjectif  alors que le français ne met que la préposition « de ».

Ainsi, en est-wallon, à La Gleize, on ne dit pas seulement « magni do pan », mais aussi « magni do bon pan » (manger de bon pain). (EW) (Remacle,1937,43) 

ex. :

(W) Il è faut prinde dès-ôtes          

Gn-a d’s-ôtes qui mi.              

(F) Il faut en prendre d’autres.

Il y en a d’autres que moi.

 

Différence 15

L' article partitif s' emploie dans une proposition négative alors que le français ne met que la préposition « de ».

ex. : « i n' magne nin du l' tchâr » (il ne mange pas de viande), « i n' a nin dès cents » (il n'a pas d'argent); « i n'a pus dès cents », « i n'a wêre dès cents » ou « wê d' cents ». (EW) (Remacle,1937,43) 

 

Différence 16

L' article partitif s' emploie après un adverbe de quantité tel que « on pô », « bran.mint », « tant » et « télemint »,  alors que le français ne met que la préposition « de ».

ex. : « lèyoz-me on pô do tins » (laissez-moi un peu de temps), « il ont bêcôp do foûre » (ils ont beaucoup de foin). (EW) (Remacle,1937,43) 

 

(W)                                                                   (F)

bran.mint do (= di li) brût

beaucoup de bruit

bran.mint do vint èt wêre di plouve

beaucoup de vent et peu de pluie

bran.mint dè l’ gueûye

beaucoup de gueule

bran.mint dès djins = bran.mint dè l' djin (pris comme nom de matière )

beaucoup de gens

Il a télemint ieû dès danses.

Il a tellement eu de …

Ca lzeû a tant arivé dès côps.

Cela leur est arrivé tant de fois.

Dj’a ratindu tant dès djoûs.

J’ai attendu tant de jours.

 

ex. :

(CW) « (…) vos-èstîz là tant dès coûps /

Come one crèvaude qui l’ vint rèfeuwe. » (Guillaume,2001,15)

(F) Vous étiez là tant de fois/ Comme une crevasse (due au froid) auquel le vent provoque de nouveau une inflammation.

« Bran.mint dès côps, dj’ a bachî l’ tièsse / Dëvant l’ maleûr. » (Flabat Jules, Lès crayas sont tamejîs, p.83, in: W+ L)                             

De nombreuses fois, j’ai baissé la tête / Devant le malheur.

« Bran.mint dès djoûs d' nwâre bîje ... » (Gabrielle Bernard, Do vèt’, do nwâr, p. 6)

Beaucoup de jours avec le vent du nord-est...

« Quénze fiérès cavales, bran.mint dès

bayes: (... ) » (Bousman Valère, Lès cavales, p.32, in: Gaziaux, 1998)

Quinze juments fières, beaucoup de barres de séparation …

(EW) « Dji n’ a måy vèyou tant dès pomes di m’ vèye. » (Vandamme,1987,13)

Je n’ai jamais vu autant de pommes dans ma vie.

(OW) « (…) bran.mint dès places pou nos catchî s’ on davèt dandjî. » (Evrard,1998,8-10)

Beaucoup d’endroits pour nous cacher si on en avait besoin.

« Pou r’trouver l’ boune sorcière, i n’ faut pus tant dès pin.nes. » (Renard,1890,77)

Pour retrouver la bonne sorcière, il ne faut plus tant de peines.

(SW) « Èle n’ av’ jamês vèyou tant dès djins â momint qu’ èle passéve. » (Dedoyard,1993,12)

Elle n’avait jamais vu tant de gens au moment où elle passait.

« Djè m’sovin què dj’ astins brâmint adon, dins la grande vile ... Brâmint dès-èfants, come tos lès-èfants. » (Leroy Willy, Sovenances d’au lon, sovenances d’ après, AL 25/11/99)

Je me souviens que nous étions beaucoup alors, dans la grande ville… Beaucoup d‘enfants, comme tous les enfants.

 « Lès grands avint bran.mint dès-afêres: dès plumes, dès crèyons, (…). » (Schmitz Arthur, Sovenance di gamin, AL 1999)

Les grands avaient beaucoup de choses : des plumes, des crayons, …

« Lès-oradjes deu la seumwin.ne passée ant fwét brâmint dès domadjes. » (Twisselman,1994,57)

Les orages de la semaine dernière ont fait beaucoup de dégâts.

« Mês brâmint dès-oûtes crwayant bin qu’ ç’ astét l’ min.me mendiant què sint Mârtin lî avét d’né la mîtan dè s’ manté. » (Poncelet J.-M., Lès Blancs Cayoûs, AL)

Mais beaucoup d’autres croient bien que c’était le même mendiant auquel saint Martin avait donné la moitié de son manteau.

 

Différence 17

L' article partitif s' emploie dans d’autres cas où le français ne met pas d’article partitif.

ex. : (W) blanc come dè l' nîve         (F) blanc comme neige

 

Différence 18

L' article partitif s' emploie dans d’autres cas où le français met un article défini.

ex. : (W) awè dè l' fîve                      (F) avoir la fièvre

 

Ainsi, l’article partitif introduit une sorte de prédicat après « fé » (faire) :

« fé do / dè l’ » + adj. ou nom: (F) faire le + adj. ou nom

ex. : « fé do bolèdjî »  (faire le boulanger) ; « fé do malin », « fè dè l’ maline » (faire le malin, la maligne) ((toujours au sg) : « Il ont v’lu fé do malin ». (ils ont voulu faire le malin)) ;. « fé do sot » (faire le sot), « du l' bièsse» (faire la bête), « i f'zéve do malâde » (il faisait le malade) (EW) (Remacle,1937,56) ; « « sins s’fé do mau » (sans se faire de mal), « sins pont fé d’ brût » (sans faire de bruit), « è fé dès bèles » (faire des choses répréhensibles).

ex. :

(CW) « Ni faî nin dè l’ bièsse, Célèsse, Célèsse, / Ni faî nin dè l’ bièsse, Célèsse, choûte ti pa ! » (chanson pop.)

(F) Ne fais pas la bête, Céleste, (…). Obéis à ton papa !

 

Différence 19

L’article partitif sert également à exprimer une quantité approximative.

ex. :

(CW) « N’ èstin’ à chîj: maman (...) fiéve vint’ èt dès pwins. » (Gaziaux,1987,204)

(F) Nous étions six : maman faisait un peu plus de vingt pains.

(SW) « Timps dès-an.nêyes 1700 èt dès, c’ èst par là quu lès Lîdjeûs fijint ruv’nu du vin d’ France. » (Mahin L., Lès barakes du Transine, dins l’ timps, AL)

Au cours des années 1700, c’est par là que les Liégeois faisaient revenir du vin de France.

 

 

4.2 L’adjectif

 

4.2.1 Adjectif qualificatif

 

Flexion des adjectifs : cf 1.3.10

 

Différence 20

Place : généralement devant le nom.

ex. : (W)                                                           (F)

on-auji (ou: aujîy) ègzamin

un examen facile

à basse mèsse

à la messe basse

dè l' bènite eûwe

de l'eau bénite

do bon mârtchi papî

du papier bon marché

lès coûts djoûs

les jours courts

on craus boû

un boeuf gras

à l’ drwète mwin

à la main droite

à l’ gauche mwin

à la main gauche

dè l' mwate tchau

de la viande morte

one nète tchimîje

une chemise propre

do nwâr ( ou : nwêr ) cafeu

au café noir

one pèléye makète

une tête chauve

on plat twèt

un toit plat

one poûrîye pome

une pomme pourrie

on rodje-cu

sorte de reine-claude

on taurdu via

un veau tardif

do tène cû

du cuir mince ( = fin)

do tchôd cafeu

du café chaud

dès timprus canadas

des pommes de terre hâtives

lès Rèlîs Namurwès

les Namurois « sélectionnés »

lès Walons Scrîjeûs

les Ecrivains Wallons

one nin seûte lèçon

une leçon non sue

 

ex. :

(CW) « Qu' è d' meûre-t-i dès lûjantès djaubes ...? »  (Guillaume Jean, Djusqu'au solia,

p.31)

(F) Que reste-t-il des gerbes luisantes …? 

(OW) « …in-amitieûse parole, èl mèrci d’in minâbe. » (Declercq Luc, Èyu ç’ qu’ il èst l’

boneûr!, p.54-55, in: W+ L)

Une parole affectueuse, le remerciement d’un minable.

(SW) « Il apice l’oraye do l’ jate avou s’ gautche palète ... » (Pêcheur Emile, Lu p’tit vikêre, AL)

Il attrape l’oreille de la tasse de la main gauche.

« Padrî la mêjån, lu Gusse maujenét ène carée môye... » (Dupas Emile, Lu fagoteû,

in : Singuliers, 2, 1996, p.8)

Derrière la maison, Auguste aménageait une meule carrée…

« Quand dj’ é arivé â coron do tchamp, dji m’ é r’toûrné po sèmer, en riv’nant, do l’ gâtche mwin. » (Schmitz Arthur, Li prèmî côp qui dj’ é sèmé, AL)

Quand je suis arrivé au bout du champ, je me suis retourné pour semer, en revenant, de la main gauche.

« Quèl odaule èfant !» (Twisselman,1994,123)

Quel enfant difficile ! 

 

Mais « à mwin gauche » :

ex . :  (CW) « … vos-avoz, drèssîs pa-d’vant vos, deûs tchèstias, à mwin gauche, à djok su on

                 crèstia, li vî tchèstia d’Vêve … »  (Houziaux,1964,15)

 

« à mwin drwète » :

ex. :   (CW) « … à mwin drwète, c’èst l’uch dè l’ tchambe à l’ valéye … » 

                   (Houziaux,1964,22)

                 « Sint Haulin avou one grande baube, si pidjon su s’ gauche sipale èt s’ crosse o     

                 l’ drwète mwin. » (ibid.,66)

 

Remarques. Il y a toutefois des cas où l'adjectif se place derrière[3] :

1 Le participe passé employé dans certaines expressions stéréotypées.

ex.:

do djambon èfumyî    (jambon fumé)

dè l'bèsogne faîte        (de la besogne finie)

one vôte lèvéye          (une crêpe à la levure)

do papî machî             (du carton)

li samwin.ne pàsséye (la semaine dernière)

dè l' so(u)pe passéye  (de la soupe passée)

do pwin rosti              (du pain grillé)

do bûre salé                 (du beurre salé)

do pwin tchamossé     (du pain moisi)

à pîds d’tchaus            (pieds nus)

 

ex. :

(CW) « au culot do feu douvièt » (E. Gillain, Au culot do feu, p.86)

(F) au coin du feu ouvert

(OW) « ... roci, on n’ route né à pîds discôs ... » (Fauconnier,1993,76-78)

Ici, on ne marche pas pieds nus.

       

participe passé

(SW) « Pôl vèyeûve, avou do bon tchôd cafè èt l' tâve mètouye. » (Dedoyard,1998,8)

Pol veillait, avec du bon café chaud et la table mise.

(EW) « Po nos fåssès vôyes totes kibosselèyes, / Po totes nos vîyès djins rassonlèyes. » (Dodet Charly, Vîye vôye, p.65, in: W+ L)

Pour nos chemins (sans aboutissement) tout cabossés, / Pour toutes nos vieilles personnes rassemblées.

(OW) « Dins-in bén vèt’ pachi, / In baudèt, fén stindu,/ Compteut lès pichoulits. » (Bossart, 1995,17)

Dans un verger bien vert, / Un âne, étendu de tout son long, / Comptait les pissenlits.

 

2 Certains adjectifs

ex. :  (W) on-ome sô (un homme ivre), do pwin sètch (du pain sec), awè sès djambes flauwes    

                (mais: il a dès flauwès djambes) (avoir les jambes flageolantes)

 

Dans « awè s' pwin cût èt sès bougnèts sètchs »  ( = awè s' pwin qu' èst  cût èt sès bougnèts

                qu’ sont sètchs) (jouir de l’aisance), l’adjectif a une valeur d'attribut.

                 

Les adjectifs en « -erèce », se placent après le nom : « lu fiêr côperèce » (la scie du scieur de long), « lu banse sèmerèce » (le panier-semoir); de même jadis l'expression « fagne sôyerèce » ( « la faingne soyeresse » (16e s.), la « fagne de fauche »). (Remacle,1937,50)

 

Même remarque pour parèy :

ex. : (W) As-se mây vèyou afêre parèye !     (F) As-tu jamais vu pareille chose !

 

Ajoutons deux paires oppositionnelles rencontrées hors corpus: « so l’ min.me momint » au sens du latin « idem » / « so l’ momint min.me » = « ipse » (schéma du complément déterminatif « en soi ») et « ène seûle fiye = seule de son espèce / « ène fiye (toute) seûle » = seule sans subsistance, une fille sans frère ni sœur.  (Wilmet, 1981, 476)

 

3 Dans certaines expressions qui sont des dénominations officielles venues du français.

ex.:  « one cârte postâle », « jendârmerîye nacionâle ».

N.B. On dit aussi plaisamment : « nacionâle jendârmerîye ».

 

4 Certains participes présents se placent aussi bien derrière que devant, mais le plus souvent devant.

ex. : « on bin pwârtant gamin » = « on gamin bin pwârtant » (un garçon bien portant) ; « do crèchant timps » = « do timps crèchant » (du temps propice à la croissance des plantes); « awè s’tièsse pèsante » (avoir la tête lourde).

 

Mais : « à pania volant » (en pans de chemise);  prédominance de l’antéposition dans : « one plaîjante bauchèle » (une fille plaisante), « dès vèyantès coleûrs » (des couleurs voyantes).

 

N.B. « Il a s’ man.nète tchimîje ».  (Elle était sale) est différent de: « Il a s’ tchimîje man.nète » (Elle l’est devenue).

 

5 « lès-Etats-Unis » (comme en français).

 

6 Les adjectifs de nationalité ou d' habitants d'une région.

ex. : « on powête anglès » ; « on cûjenî chinwès » (un cuisinier chinois); « one ricète italiène ».

 

Mais : « lès Romans Scrîjeûs » (les écrivains romans), « li Roman Payis do Brabant » (le pays roman …) et « lès Walons Scrîjeûs d' après l' Banbwès » (les écrivains wallons de la région de Bambois).

ex. :

(EW) « Lès fameûs minisses qu'ont trové bon  du mète dès francèsès paroles à nosse tchant dès Walons (…) » (Baccus Joseph, Lu dièrin.ne bone novèle po nosse Walonerèye, in: Walo+Gazète, 5, 2000)

(F) Les fameux ministres qui ont jugé bon de mettre des paroles françaises à notre chant des Wallons.

 

Différence 21

Juxtaposition des adjectifs

Lorsqu'il y a plusieurs adjectifs, ils se juxtaposent sans conjonction devant le substantif : « on bê gros âbe » (un arbre beau et gros), « dès grandès fwètès djônès fèyes » (de grandes jeunes filles, fortes et belles).

Ils ne s' accumulent pas au hasard, mais  dans un ordre immuable. On dit : « on bê gros âbe », et jamais « on gros bê âbe » ; « dès lêdès /-t-/ mêguès /-k-/(maigres) bièsses » (des animaux laids et maigres) et non « dès mêguès lêdès bièsses » ; « one bèle grande bleûve fleûr » (une belle fleur, grande et bleue). Comp. « one bèle grande djin » (une belle grande personne) et « one grande lêde djin » (une personne grande et laide); « one bèle grande bièsse » (un beau grand animal) et « one pitite lêde bièsse » (un animal petit et laid). Les qualificatifs qui se succèdent de la sorte, les premiers surtout, sont presque toujours les mêmes. Ils indiquent d'ordinaire la beauté, la grandeur : « bê », « lêd », « grand, « pitit », « gros». (EW) (Remacle,1937,63-64) 

 

ex. :

(CW) « Djë më r’prézinte one nozéye pëtëte djon.ne fèye alant priyi Notre Dame à l’ Arbre. » (Moureau,1943,873)

(F) Je me représente une belle petite jeune fille charmante allant prier Notre Dame à l’Arbre.

(OW) « Ène grosse tèribe nwâre pouye, av’ in

long bètch à pwinte (...) » (Renard,1890,63)

Une poule noire, grosse et terrible, avec un long bec pointu.

(SW) « Djè l’ rëtrovo, më pôve lêd vî payis ! » (Marchal Omer, Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

Je le retrouvais, mon vieux pays, pauvre et laid !

 « Dji mougnins lès wâfes dissus one pètite ronde tâve. » (Schmitz A., Grand-maman, AL)

Nous mangions les gaufres sur une petite table ronde.

 

Différence 22

En wallon, sauf les adjectifs de couleur qui s'ajoutent, on ne relie jamais deux adjectifs se rapportant au même nom par « èt » .

 

ex. : (F) une femme jeune et jolie        (W) one bèle djon.ne feume

              une femme jeune et coquette        one djon.ne fringuète feume          

              un homme petit et maigre             on p’tit mwinre ome

              un homme grand et fort                on grand fwârt ome      

          

(SW)  « … lë gros pèzant trin.nau, qu’ i falot cink fwârts tchëvaus pou hatcher. » (Marchal Omer, in: Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

(F) Le traîneau gros et lourd qui nécessitait cinq chevaux forts pour le tirer.

 

En wallon, certains adjectifs de couleur qui s'ajoutent en s'influençant se placent avant le nom.

ex. : « on gris-bleuw tricoté » ( pas « gris èt bleuw », mais « gris qui tire après l' bleuw », gris qui ressemble au bleu).

 

(EW) « Sès bleûs gris-oûys si parfonds » (A. Xhignesse, in : BSSLW, T50, p.83)

(F) Ses yeux gris-bleu si profonds

 

Mais : (W) on mayot bleuw èt blanc (F) un maillot bleu et blanc 

Ici, les couleurs s’ajoutent sans s’influencer.

 

Différence 23

Dans certains groupements avec « bia » (EW : bê) (litt. beau), « bon », « clér » (litt. clair), « tchêr » (EW : tchîr) (litt. cher), qui signifient « fwârt » (EW : fwèrt) (très), on emploie « èt ».

 

ex. :  (CW) bia-z-èt grand (fort grand) ; bon-z-èt craus (très gras) ; bon-z-èt tchêr (fort cher) ;

                  clér èt nèt' (très net) ; tchêr èt vilin (fort cher).

         (EW) I v'néve bon-z-èt reûd (Il venait assez vite (litt. raide)) ; i fêt bê-z-èt bon

                   (litt. bel et bon, assez bon) ; c' èst bê-z-èt lâdje (c’est assez large) ; bê-z-èt

                   grand, bê-z-èt vî.

Dans « bê-z-èt bon », « bê » est encore adjectif, mais la locution « bê-z-èt » doit être considérée comme un véritable adverbe, signifiant « assez », et modifie le sens de n'importe quel adjectif.

ex. : (EW)   I f'zéve bê-z-èt mâva.               (F) Il faisait assez mauvais.

                   I f'zéve bê-z-èt lêd.                         Le temps était assez maussade.

et même     Fêt-i freûd ? - Ay, bê-z-èt.

Notons encore « bê-z-èt bin » (« bel et bien », pas mal) :

                 I gn-a bê-z-èt bin dès frûtèdjes ciste an.née. (F) Il y a pas mal de fruits cette année.

Cet adverbe est différent de « bêl èt bin » (c'est bien possible) (EW):

                 - I n' vinrè nin, va. - Bêl èt bin.        - Il ne viendra pas. - C’est bien possible.

 

- I parèt qu' i 'nn' a fêt dès bèles, èzès sôdârs (pendant son service militaire).

                 - Bêl èt bin, va.

 

Exemples d’auteurs:

(CW) « Li vîy droumezin si r'toûrneut bon-z-èt rwèd, en lèvant s' bordon ». (A.Laloux, Lès

Soçons, p. 11)

(F) Le vieux grincheux se retournait assez rapidement, levant son bâton.

(SW) « Camile a d’morè bèl èt taurd avou l’s-ôtes après l’ confèrince élèctorâle. » (Bily Joseph, Ratoûnûres d’ avau l’ walon payis d’ersè, AL)

Camille est resté assez tard avec les autres après la conférence électorale.

« Et i lès-a vindu bê-z-èt tchîr à dès tourisses. » (Mahin L., Djâke Tatiche èt Tibî Mèyî, AL)

Et il les a vendus très chers à des touristes.

« Sinon qu’ pa momints, èle hosse si quèwe bon-z-èt rwèd. » (Houziaux,1964,15)

Sinon que, par moments, elle remue la queue très fortement.

 

Différence 24

Le nom « djin » est au féminin et, par conséquent, les adjectifs et pronoms qui s’y rapportent sont du « féminin ».

ex. : (F)   Les jeunes gens sont toujours pleins de rêves.

        (W) Lès djon.nès djints sont todi plin.nes di rèves.

 

(CW) « Et totes lès djins qu’èstint vêci ènawêre, vo-lès-là couruwes ôte paut. »  (Laloux,1969,90)

(F) Et voilà toutes les personnes qui étaient ici tantôt parties ailleurs en courant.

 

Différence 25

La construction épithète + nom + épithète du français n’existe pas en wallon.

ex.: (F) de vieilles maisons sales  (W) dès vîyès man.nètès maujones.

 

Différence 26

Certains adjectifs se placent après le nom en wallon: ils sont alors précédés d'un adverbe ou d'une préposition.

ex. : (W)                                                               (F)

Gn-a d'djà on pwin d' disforné.

Il y a déjà un pain défourné.

dès-èfants tot seûs

des enfants seuls

one djoûrnéye di iute

une journée terminée

on dint d' rauyî

une dent arrachée

 

(EW) « Po nos fåssès vôyes totes kibosselèyes, (…). » (Dodet Charly, Vîye vôye, p.65, in: W+ L)

Pour nos chemins (sans aboutissement)  cabossés

(SW) « I djale èt la bîje sofèle pa l’ uch tot grand â lâdje èt rafrèdi tote la tchan.me. » (Matante du Djîvroûle, La vèspréye, AL)

Il gèle et la bise souffle par la porte grande ouverte et refroidit toute la pièce.

 

Différence 27

L'adjectif qualificatif suivi de « assez » se place après le nom.

ex. : (W) on tchin.ne grande assez.                         (F) une chaîne suffisamment grande         

               Dji n' conès pont d' djin maline assez.           Je ne connais pas de personne

                                                                                        suffisamment intelligente.

 

Différence 28

Le superlatif épithète se met toujours devant le nom.

ex.: (W) C’èst l’ pus fwârt casseû d’ noste èkipe.

(F)    C’ est le « casseû » le plus fort de notre équipe.  (« casseû » : celui qui chasse au jeu de balle pelote)

 

Différence 29

« Certains » (adj.) + nom est traduit en wallon par la suite nom + « …qu’i gn-a ».

ex. :

(SW) « dès places qu’ i gn-è, /on dit/ dès hwèces. » (Mahin,1984,61)

(F) En certains endroits, /on dit/ les …. (écorces).

 

Différence 30

Le complément de mesure non introduit par une préposition précède l'adjectif dont il dépend.

ex. : « i gn-a treûs deûts (doigts) spès »; « c'è-st-on pîd long èt deûs' lâdje »; « i fêt on paletot mèyeûr volà qu' à Hokê »; « i n'èst rin grand »; « il èst cink ans pus vî qu' mi », « i n'èsteût rin pus vî qu' mi ».

A cette règle se rattache l'emploi de ‘çoula’ : « il èsteût çoula (avec un geste) grand », « il èsteût çoula (id.) pus grand »; « dj' ènn' arè çoula pus' », d'autant plus; « l' afêre îrè çoula mî », d'autant mieux.

Ce qu'il faut noter surtout, c'est la position du complément de mesure en général. Elle est rarement la même en français qu'en wallon, mais souvent en latin (sex  pedes 1atus) et dans les langues germaniques (nl. twintig voet diep). (Remacle,1937,53)

 

ex. :

(CW) « one maujon, d' one place di laudje » (Laloux,1969,52)

(F) une maison, large d’une pièce

« dè laurd quate dwègts laudje » (Gaziaux,1999,185)

du lard, large de quatre doigts

(EW) « On coûr avou, di mèy ans vî. » (Chastelet Lisa, Roter d’zos lès steûles, SLLW 1990, p.22)

un cœur aussi, vieux de mille ans

(OW) « (…), mi, à vo-n-âdje, dju n’ vwas pus qu’ ène fosse dè chîs pîds pèrfond. »  (Fauconnier Christian, Zidôre, in : MA, 1, 2002, p.18)

Moi, à votre âge, je ne vois plus qu’une fosse de six pieds de profondeur.

 

Différence 31

Après un adjectif de dimension, on a une préposition + nom.

ex. :  (W) Gn-a trop spès d’ bûre su vosse pwin, spaurgnîz-le!

         (F)  Il y a une trop grosse épaisseur de beurre sur votre tartine, épargnez-le !

 

         (W) Gn-a bin chîs mètes laudje d’ eûwe.

         (F)  Il y a une bien une largeur de six mètres d’eau.

 

Différences 32-35

Adjectif adverbial

Beaucoup d’adjectifs en wallon peuvent avoir une valeur adverbiale.

 

Beaucoup d’adjectifs peuvent devenir adverbes quand ils sont suivis d’un adjectif qualificatif.

ex. : « ièsse boté nwâr » (être vêtu de noir), « aler drole » (aller drôlement), « taper laudje » (= bran.mint dispinser) (litt. lancer large, dépenser beaucoup), « causer gaga » (parler comme un gaga), « one (vatche) fris’ vêléye » (une vache « fraîchement vêlée », qui vient de vêler), « do (lacia) tchôd moudu » (du lait trait alors qu’il était chaud), « on-ou vîy ponu » (un œuf qui a été pondu il y a quelque temps).

ex. :

(CW) « Il aveut prêtchi, ... au pus clér qu’ il aveut seû ... » (Laloux,1969,44)

(F) Il avait prêché, … le plus clairement qu’il avait pu…

 

En wallon, il est courant de rencontrer des adjectifs à valeur adverbiale :

 

1) dans des expressions composées d'un qualificatif et d'un participe passé (Gaziaux,1987,49)[4]

Voici une série d'expressions dans lesquelles un qualificatif-adverbe complète un participe passé qui le suit.

ex. : « flauwe atèlé » (litt. faible : faiblement attelé), syn. « trop lèdjêr atèlé » (attelé trop légèrement); « cint këlos flauwe pèsé » (cent kilos faiblement pesé, à peine atteints, syn. « c'èst skat’ pèsé, skèrp' pèsé ») ; « gros ouchelé », « grosse ouchelêye » (qui a de gros os (saillants)), « trop long djwinté » (trop haut du paturon) ;

« lë foûre èst bon rintré (ou r'mètë) ôdjourdë » (le foin est rentré (ou remis) dans de bonnes conditions aujourd'hui) ;

« blanc mwârt » (litt. blanc (comme un) mort : pâle) se dit du teint d'une personne et, par extension, de la teinte du pain pas assez cuit ou de céréales abondamment pulvérisées ; « blanc moussi » (litt. habillé de blanc : grain enveloppé de sa balle) et « blanc fwârt » (camomille sauvage' constituent des ensembles nominaux, comme « nwêr man.nèt » (litt. noir sale : personne très sale)).

Ajoutons « cout batë » et « long batë » qui désignent une couche pour bovidés courte ou longue.

 

Expression du temps : temps : « dès fréjes frèches coudoûwes » (des fraises fraîches, c'est-à-dire fraîchement cueillies (se dit de fruits périssables)) ; « one vatche frèche vêlêye » (une vache ui vient de vêler) (aussi : « one vatche qu'èst frisse vêlée »); « one vatche novèle vêlêye » (nouvelle, c'est-à-dire nouvellement vêlée) ; « dè lacia novia modë » (du lait nouvellement trait) ; « përdoz lès pës novias ponës » (prenez les (oeufs) plus nouvellement pondus) ; « one vatche ni vîye vêlêye » (pas vieille vêlée, c'est-à-dire pas depuis longtemps) ; « lë foûre èst vi soy » (le foin est scié depuis longtemps) ; « one têre vîye tchèrwêye » (labourée depuis longtemps, syn. « on vi tchèrwé », contr. « on novia tchèrwé »). Ajoutons « dè tchônd modë » (du chaud trait : du lait à la sortie du pis). (Gaziaux,1987,80)

 

ex. :

(OW) « Ene boune jate dè cafè tchôd passé qu’ tu li dènes, (...) » (Baudrez G., Deûs côps plêji!, in: Ofrande à m’ payis, SLLW 1987)

(F) Une bonne tasse de café fraîchement passé que tu lui donnes …

(SW) « I vaut mî lèzî aprinde à mète ène bricole, qu’ i d’jot toudi, quu du l’zî pwârtu in lîve tchôd dispindu. » (Mahin L., Djâke Tatiche èt Tibî Mèyî, AL)

Il vaut mieux leur apprendre à placer un collet, disait-il toujours, que de leur porter un lièvre que l’on vient de dépendre.

 

2) dans des expressions composées d’un participe passé et d’un qualificatif

Intensité.

ex. : « pèrcé bia » (litt. percé : très beau), « pèrcé (ou pèrcêye) bèle » (très belle), « pèrcé aujë » (très facile), « pèrcé rëtche » (très riche), « djè l’ conè pèrcé bén » (je le connais très bien) ; de même, « fé pèrcé plêjë » (faire grand plaisir) ;

« crèvé tchêr » (litt. crevé : très cher), « crèvé sôn » (ivre mort) ; « pourë craus » (litt. pourri : très gras) , « pourë » gâté (gâté à l'excès) ; « fondé rëtche » (litt. fondé : très riche ; qui tient sa fortune de famille) (cf « Il èst d'foncé ritche » (il est très riche) (Remacle,1937,51)).

 

3) dans des expressions faites de la juxtaposition de deux qualificatifs

Intensité.

L'adjectif fonctionne comme adverbe, juxtaposé à un autre adjectif.

Ainsi, les adjectifs « crèvé, fin, mwârt, pêrcé et rwèd », qui continuent à varier, prennent une valeur adverbiale = fwârt (fwèrt (EW)).

ex. :  (W) Elle èst fine sote.                      (F) Elle est vraiment folle.

                Il èst mwârt sô.                                Il est ivre mort.             

                Is sont mwârts odés.                        Ils sont morts de fatigue.

                C’ è-st-on rwèd sauvadje.               C’est un vrai sauvage. 

D’autres cas existent :

ex. :  (EW) èsse neûr nâhi                         (F)  très fatigué

                   neûr mêgue (ou tchin mêgue)       très maigre 

 

« Mwârt » (litt. mort), un des termes les plus usités, se place le plus souvent indifféremment en première ou en seconde position : « mwârt naujë » ou « naujë mwârt » (très fatigué). De même pour « mwârt craus » (très gras), « mwârt rindë » (très fatigué), « pourë mwârt » (tout à fait pourri), « royi mwârt » (roui à l'extrême), « taurdë mwârt » ou « mwate taurdoûwe » (très en retard, retardé(e)) , « plakêye mwate » (tout à fait salie) ; « lès fouyes dë pétrâles sont mwates cassêyes »  (les feuilles de betteraves sont tout à fait cassées), « èles vont câsser mwârt » (casser vraiment beaucoup).

Dans les trois cas suivants, « mwârt » occupe toujours la première position : « mwârt sôn » (ivre mort), « mwârt sètch » (très sec), « mwârt tchêr » (très cher) ; cela s'explique sans doute pour les deux derniers par le fait que l'adjectif conjoint se termine par une consonne. « Fén frèch » (litt. fin : tout humide), « lë têre èst fëne blanke » (toute blanche), « lë tëne èst fëne plin.ne » (la cuvelle est tout à fait pleine), « tchîr fén nwêr » (chier tout noir), « fén fôn » (complètement fou), « djë m'a stindë fén long » (je me suis étalé de tout mon long). (CW) (Gaziaux,1987,79-80)

 

Sont donc interchangeables :

« mwârt » syn. de « pourë (craus) », de « crèvé (tchêr ou sôn) », de « miêr (sètch) » (ou « mére ») (où « miêr » est une déformation de « mére »); « rwèd » syn. de « fén (fôn) », de « nèt' (djës) » ; « oûr pèrcé » - « fwârt (bia ou bon) ».

On ajoutera c'èst l' « për » (litt. pur) min.me (tout à fait le même) ; comp. « à l’ përe copète » (tout au-dessus), « à l’ për sëtok » (tout juste à côté, astok).

 

Aussi : « toumer rwèd mwârt » (tomber raide mort), « rwèd djës » (complètement exténué), « rwèd fou » (complètement fou), « dj' èsto rwèd fôn po travayi avou on boû » (j'étais vraiment emballé de travailler avec un bœuf) ; « clinkant noû » (litt. clinquant : tout à fait neuf) .

Dans les cas suivants, le caractère adverbial du premier terme est nettement marqué :

« nèt' djës » (litt. net : tout à fait exténué ou cassé), « nèt' dè trëviès » (tout à fait de travers ; on dit aussi « câssé nèt' »). (CW) (Gaziaux,1987,80-81)[5] 

 

ex. :

(CW) « Et à l’ nêt, dins nosse lét, (...) / Mwârts naujës dè djouwer (…). » (Daise Louis, Quand-on bateûve à l’ machëne, p.72, in: Gaziaux, 1998)

(F) Et la nuit, dans notre lit, / Nous étions très fatigués de jouer.

« Vos-èstoz mwart bënauje dë r’trover voste amia. » (Flesch Jean, Lë têre, p.102 in: Gaziaux, 1998)

Tu es très heureux de retrouver ton hameau.

(EW) « Dispôy qu' is sont mwérts, dji so tot fî seû avou on tchin (...) » (Seret René, Lès grands vints, CW 2/88, p.20-32)

Depuis qu’ils sont morts, je suis tout seul avec mon chien.

« Marc èsteût l' prumîr èfant dè l' famile, parèt ...  Dèdjà qu' sès parints èstît reûd bleû sots d' avu on valèt, fåt nin d'mander båpa èt måma! » (Thomsin Paul-Henri, Li pus vî, Vlan, 23/5/89)

Marc était le premier enfant de la famille, paraît-il. … Alors que ses parents étaient tout fous d’avoir un garçon, que dire de grand-papa et de grand-maman !

(SW) « Elle èst fine mwéje. » (Twisselman,1994,70)

Elle est vraiment fâchée.

« Et ça fwèt qu’ il èralot tout cabiançant, èt là qu’ tout d’ in côp, i s’ apîte èt s’ sutaurer fin long s’ la vôye. » (Binsfeld Franz, Come in toûr du macrâle, AL)

Ainsi, il rentrait chez lui en dodelinant. Tout à coup, il se prend les pieds sous une racine et s’étale de tout son long sur le chemin.

 

 

4) L'adjectif fonctionne comme adverbe, juxtaposé à un verbe

 

Avec des verbes réfléchis, même spécialement à cette occasion, un adjectif à valeur d’adverbe indiquant le résultat s’emploie.

ex. : (W) « s’ovrer mwârt / djus » ou « si travayî mwârt / djus » (travailler jusqu’à en mourir), « si rîre mwârt / si rîre one d’rompûre » (mourir de rire), « si disbautchî mwârt » (se décourager complètement), « si bwâre mwârt sô » (se saouler complètement), « si tûzer on mau d’tièsse » (réfléchir au point d’en avoir mal à la tête) ; « èle su dwèrma èvôye » ; « i s' son.nerè mwèrt » (Remacle,1937,67).

 

ex.: (W) si rîre malade                                         (F) rire au point d’en être malade

              si rîre mwârt                                                  mourir de rire 

              si rîre cron   (= courbe)                                se tordre de rire

              Ele l’a tèté mwârt.                                       Elle l’a ruiné.

 

(CW) Dji m’a tot cron quand dj’ l’ a vèyu ariver.

Je me suis tordu de rire quand je l’ai vu arriver

« ... dji m’aî braît tot foû ». (A. Henin, in : CW 12/1974, p.232)

J’ai éclaté en sanglots.

 

Différence 36

L’adverbe « fwârt (fwèrt (EW)) » correspondant à « fort », est parfois utilisé avec des participes passés.

ex. :  (W) ièsse fwârt atèlé    (F) disposer d'un fort attelage

                fwârt pèzé                   pesé généreusement

 

Différence 37

Quand le même adjectif qualificatif se rapporte à plusieurs noms, en wallon, on le répète.

ex. : (W)                           (F)                                                (NL)

dès noûs lîves èt dès noûs cayès

des livres et des cahiers neufs

nieuwe boeken en schriften

one noûve cote èt dès noûs solés

une robe et des souliers neufs

een nieuwe jurk en nieuwe schoenen

one noûve cravate èt on noû casake

une cravate et un veston neufs;

une nouvelle cravate et un nouveau veston

een nieuwe das en een nieuwe jas



[1] L’ assertion selon laquelle le wallon aurait la même syntaxe que le français populaire est complètement fausse.  Avons-nous en wallon des tournures comme:

 

Où tu vas?

Ewou-ce qui t’vas?

Où qu’ tu vas?

Ewou-ce qui v’s-alez ?

Comment tu vas?

Comint-ce qui t’ vas ?

J’ pense pas.

Dji n’ pinse nin. ou Pinse nin.

Où t’en vas-tu?

Ewou-ce qui t’ è vas?

J’ crois pas.

Dji n’ crwès nin. ou Crwès nin.

Pourquoi tu t’en vas?

Duvint è vas se?

Quand c’est qu’il faut venir?

Quand-ce qu’ i faut v’nu ?

J’ sais pas.

Dji n’ sé nin. ou Sé nin.

Pourquoi on serait méchantes?     

Poqwè-ce qu’on sèreûve mètchantes ?

 

[2] Le wallon fait une différence entre « on molin au cafeu », « on molin au pwève », « on molin à l’ôle », c.-à-d. pour moudre le café ou le poivre, pour extraire de l’huile, et « on molin à eûwe », « on molin à vint »”, c.-à-d. mû par l’eau ou le vent.

Le français ne fait pas cette distinction.

 

[3] « Une partie de nos adjectifs postposés équivalent de fait à une épithète prépositionnelle (p. ex. les dénominaux français, italien, ... = « de France », ou « d’Italie », ...) ou correspondent à une relative: les participes « passés » (p.ex. dès cûtès peûres = « qu’on a cuites »; peut-être les adjectifs morphologiquement apparentés: èzès brantches noues = « nues ») et les participes « présents » (p.ex. ène guinguète tote frawiante di loumîres = « qui étincelle » ; mais l’attache au verbe est davantage vouée à s’obnubiler: dè bolant cafè = « du café très chaud ». (Wilmet, 1981,475)

 

[4] Note. Dans la phrase « Djë n' sé ni s' ël ont grand ômâyes » (Je ne sais pas s'ils ont « grand » génisses), l'adjectif « grand » présente une forme féminine figée. Il a la valeur d'un adverbe de quantité signifiant « beaucoup de ». Le mot se retrouve surtout dans des propositions négatives : « djë n'a ni grand mémwêre » (je n’ai pas une grande mémoire), « on n'avot ni grand prés » (on n’avait pas de grands prés), « on n'a ni grand bènèfëce avou ça » (on n’a pas beaucoup de bénéfices avec ça).

[5] Le pronom personnel régime direct est parfois accompagné d'un prédicat indiquant le résultat de l'action exprimée par le verbe: « i l' a twé reûd mwèrt »; « dju t' va souki mwèrt » (cp. all. einen tot schlagen); « dju m' a louki lâdje ». (Remacle,1937,67)

 

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