15/04/2010

5 Orthographe

5 ORTHOGRAPHE

 

Evidemment, l’orthographe ne permet pas d’analyser intrinsèquement les différences entre le français et le wallon.  Cependant, on a dû adopter des règles spécifiques pour pouvoir s’adapter aux particularités du wallon. 

 

5.0 Les règles de Feller

 

Les règles d’orthographe wallonne, dites « règles Feller », du nom de leur auteur, Jules Feller, se distinguent des règles d’orthographe française.

 

A une langue écrite sans règles au 19e siècle a succédé l'orthographe codifiée par ce lauréat d'un concours organisé par la Société liégeoise de littérature wallonne en 1900. Dans l'édition définitive de ces règles, où il s'inspire de l'orthographe française, il insiste pourtant sur le fait que "le français a des graphies mauvaises, inutilement compliquées, dues au pédantisme ou à l' ignorance.  Il faut savoir en secouer la tyrannie en wallon pour se rapprocher de ce qu'exigent la phonétique et l' histoire." (Feller,1901,58)[1]  Ces règles furent publiées dans un essai en 1900 (Feller,1900). Elles rencontrèrent partout le meilleur accueil et son auteur s'ouvrait à l' avenir en disant: "Si des études ultérieures démontraient l'avantage de certaines corrections aux règles proposées, il va de soi que nous nous empresserions de les introduire dans la pratique." (id., 1901,56)[2]

 

Toujours dans cette étude, Feller a basé l’orthographe wallonne sur les principes phonologique et analogique, sans oublier l’étymologie.[3] Feller voulut établir une subordination entre eux quand on devait obéir à plusieurs nécessités à la fois et à son avis, la phonétique devait primer tout. (ibid., p.59) (On dira maintenant plutôt phonologie)  Toutefois, n’oublions pas la conclusion judicieuse d’un pédagogue belge, Claude Keller: “Une orthographe phonétique,- parce qu’elle fait disparaître les graphies redondantes, donc réduit la capacité de discrimination du système -, ralentirait la vitesse de lecture, transmettrait moins bien l’information”. (Keller, 1990,36)

 

Dans les choix orthographiques, les règles Feller ne s'isolent certainement pas du reste de

l' Europe.  Exemples:

 

·      les consonnes géminées dans la langue parlée le sont aussi dans la langue écrite en wallon et en:

italien

ottina,pubblicita,febbre

 

·      les consonnes non géminées sont seulement écrites une fois en wallon comme en:

serbo-croate

abònent (abonné)

tchèque

cigareta

 

portugais

afluente(affluent), ocupar

roumain

espagnol

terorist

abacial

 

·      les digrammes grecs et latins sont remplacés en wallon comme en

 

serbo-croate

analfabet;

danois:

biograf, telefon

finnois

asfaltoida (asphalter)

turc

antrasit, alfabe

hongrois

elefant, fizika

polonais

alfabet, etnografia

portugais

filosofia, aritmetica

suédois

alfabet, biograf

·      les mots étrangers sont assimilés comme en:

 

serbo-croate polonais

dzudo (judo), dzip (jeep)

Gwatemala, Urugway, Izrael

 

·      « x » latin devient « -ks-«  (en wallon: « -cs- »  ou « -ks- » ) comme en

 

serbo-croate

taksi

turc

ekspres, eksantrik

 

 

finnois

fikseerata

(fixer)(en photogr.)

norvégien

akseptere

 

 

danois

ekspert;

polonais

ekstra, Luksemburg

 

 

·      « x » latin devient « -gz- »  comme en:

turc

egzoz (échappement)

 

 

polonais

egzamin, egzema

 

 

·      « y » latin-grec devient « i » comme en:

portugais

bicicleta, mistério

roumain

abis (abysse)

turc

anonim

espagnol

sinpatia, sindicalista

·      l' utilisation fréquente de signes diacritiques (accents, ...) comme en hongrois et en turc;

·      « qu- »  en début de mot comme en:

portugais

quando, quaresma, quimica

 

 

·      l' utilisation du « k » mais dans une moindre mesure qu' en:

serbo-croate

diskoteka

norvégien

tuberkulose

finnois

detektori

suédois

alkohol

hongrois

Afrika

danois

cirkulation

turc

aktris, molekûl

tchèque

elektrika

polonais          katolik.

 



[1] cf aussi: FELLER, 1912, 80: « Les grammairiens français du moyen âge, en écrivant vingt et doigt, ont introduit un g qui était mort ou transformé en y depuis dix siècles et plus! » ‘Pourtant, ils n’ont pas pensé à introduire ce même g, dans froid, de frigidum’, etc.  « Notre système à nous est de suivre l’analogie du français partout où c’est plausible, de ne pas la suivre dans ses verrues et ses polypes. »“

[2] C’est le cas du créole à Haïti: ‘Le créole a acquis le statut de langue officielle mais la transcription phonologique de cette langue, qui naît sous nos yeux, l’éloigne fort du français.’ (...) « Pompilus prônait une ‘orthographe intermédiaire’ entre les transcriptions étymologique et phonétique. » (in: J. Barros, Haïti, de 1804 à nos jours, TII, Paris, éd. L’Harmattan, 1984, p.589)

[3] FELLER, 1912, 80: « Nous avons supprimé l’ s que le français a introduite à la première personne du singulier dans toute la conjugaison, écrivant dji vou à cause de volo, dji so à cause de sum, dji vin (venio), dji prind (prendo), dji voleû (volebam), dj’ èsteû (stabam). »

20:10 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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