15/04/2010

Différences 12-14

1.3 Phénomènes d’adaptation particuliers au wallon

 

1.3.1 Assourdissement à la fin d’un mot

 

Différence 12

Les sonores deviennent sourdes à la fin d’un mot, qu’il soit suivi d’une consonne, d’une voyelle ou de rien du tout.

 

/b/ > [p]

baube, sombe, tchambe

barbe, sombre, chambre

/d/ > [t]

gade, malade, rade

chèvre, malade, vite        

« dj » > [tò]

mindje!, wadje!

mange!, parie !

/g/ > [k]

bague, cingue, ongue

bague, ceinture, ongle

/v/ > [f]

mauve, tro(u)ve!

mauve, trouve !

/z/ >[s]

gâz, tûze !

gaz, réfléchis !

 

 

1.3.2 Elision

 

Différence13

Elision en fin de mot, là où le français ne l’a pas : avec « -a », « -i » (« -u »), « -o », « -è ».

 

Ainsi, en est-wallon, et plus particulièrement dans le parler de La Gleize, le professeur Louis Remacle (ULG) avait relevé pour « -o »: « quu n’ djanhe » (que nous allions), « tu m’ prinds po ‘n-ôte ou po on-ôte » (tu me prends pour un autre), « c’ one fîe » (encore une fois pour : co one fîe) (comparez « il èst qu’ èvôye »,  à Xhoffraix, pour « il èst co èvôye » (il est encore parti)) (il y a bien élision et non aphérèse).

Notons avec « -i » : « l’ ome qu’ a vèyu l’ leup » (l’homme qui a vu le loup).

L’élision de l’ « u » atone (ou ailleurs « i »), ainsi que l’insertion de l’ « u » (ou « i »), voyelle épenthétique (« suteûle » (éteule))) sont régis par la règle des trois consonnes.  On dit « so lu dj’vau » (sur le cheval), « one suteûle », parce que le wallon ne prononce que les groupes de trois consonnes dont la dernière est « l » ou « r »: « one creûs » (une croix), « one plantche » (une planche). (Remacle,1937,37)

Aussi parfois avec « -ê » et « -é » : « Tês’ tu èt su m’ l’ è pâye », pour « èt su m’ lê è pâye » (et me laisse en paix), « pârl’ avou » pour « pârler avou » (parler avec).

 

ex : (W) élision de « -a »                                     (F)

(CW) « Ç’ a stî one vraîye rèvolucion au Saut (…) » (Gillain,1932,148)

Ce fut une vraie révolution à Sart-Saint-Laurent.

(OW) « Ç’ a sti come èle l’ aveut dit. (Bal,1998,65)

Cela s’est passé comme elle l’avait dit.

 

ex. :  (W) élision de « -i »                                   (F)

(CW) « … i r’chone Alfonse d’ à l’ quincayerîye! » (Louis,1998)

Il ressemble à Alphonse, de la quincaillerie !

(EW) « E bin, i s’ passe qu’ is m’ ont hapé m’ paletot, là. »  (Maquet,1987,140)

Eh bien, il se fait qu’ils ont chipé mon paletot.

« Ça n' lî va nin si må qu' ça, avou s' rôbe di vroûl … »  (Prigneaux,1985,92)

Cela ne lui va pas si mal, avec sa robe de velours.

(SW) « A dîj eûres, i s’ rupachét. » (Dupas, 1996, 8-9)

A dix heures, il se rassasiait.

« Bin, dji n’ pou bin mâ d’ vos mète on cayèt insi ! » (Dedoyard,1993,13)

Eh bien, je ne ‘peux mal’ de vous mettre une telle chose !

 

ex. : (W)     élision de « -o »                                (F)

(CW) « N’ avans-ne ni vécë, à Djodogne, tot ç’ qu’ ë faut po p’lu oyu tot ç’ qu’ on pout d’mander ? » (Moureau Paul, 1943)

N’avons-nous pas ici, à Jodoigne, tout ce qu’il faut pour pouvoir obtenir tout ce que l’on peut demander ?

« Qué timps alans-n’ awè ? » (in : VA 24/07/00)

Quel temps allons-nous avoir ?

 

ex. : (W)     élision de « -è »                                (F)

(OW) come d’ èfèt  (de la préposition « dè »)

en effet

« … lès douwanes, ôzès gardes du trin èy’ asteûre, divant ç’ti-là qu’ lès-atôtcheut! » (de la conjonction « èyèt » (et)) (Fauconnier,1993,76)

les douanes, aux gardes du train et maintenant, devant celui-là qui les abordait

 

Différence 14

Le français élide « si » devant « il(s) », mais pas devant « elle(s) ».

Le wallon élide devant « i, il, is » et aussi devant « èle(s), èlle(s), on ».

 

Si elle vient               

Si elle a trop chaud   

Si elles laissent          

Si elles avancent        

Si (l’) on vient           

Si (l’) on a fini           

S’ èle vint

S’ èlle a trop tchôd

S’ èles laîyenut

S’ èlle avancenut

S’ on vout

S’ on-z-a faît

 

ex. : (W)                                                              (F)

(EW) « On lingadje candje s’on s’ènnè chève. » (Dehousse,1998,2)

Un langage change si on s’en sert.

« S’ èle gnâwetêye, c’ èst pace qu’ on n’ l’ a nin lètchî assez. » (Maquet,1987,61)

Si elle miaule, c’est parce qu’on ne l’a pas suffisamment léchée.

(OW) « … l’ bia solèy du bon Dieu, qui pardone à tèrtous s’ o l’ vut bin. » (Renard 1984, v.1805)

le beau soleil du bon Dieu, qui pardonne à tous si on le veut bien.

« S’ in djoû, vos passèz pa Fraune, fèyèz in p’tit toûr dins l’ Ruwèle à Leups. » (Haentjens, s.d.,7)

Si, un jour, vous passiez par Frasne, faites un petit tour dans la Ruelle aux Loups.

21:51 Écrit par justitia & veritas dans education | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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