15/04/2010

Différences 13-47

Différence 13

Singulier – pluriel

Le pluriel des noms communs ne se distinguent pas du singulier en wallon, contrairement aux formes correspondantes en français.

ex. :

(W)  on-ouy  - dès-ouys

        on tch’vau  - dès tch’vaus

        on bocau – dès bocaus

        on-oû – dès-oûs

(F) un œil – des yeux

      un cheval – des chevaux

      un bocal – des bocaux

       un œuf – des oeufs

 

Différence 14

Dérivation

En wallon, la racine garde la même forme tant dans le mot de base que dans le dérivé, contrairement au mot français correspondant. 

ex. :

(W) peûmon  - peûmonîye

        nèveû  - nèveûse

        satch  - satchîye

        auji  -  malauji

(F) poumon – pneumonie

      neveu – nièce

      sac – sac

      facile – difficile

 

Autres exemples :

nuk > nuker

nœud > nouer

vîy > viyèsse

vieux > vieillesse

minti > minte

mentir > mensonge

song > son.ner

sang > saigner

swè > swèlant

soif – altérant

 

 

2.2.4 Pronom

 

Les pronoms en wallon ont souvent un fonctionnement morphologique différent de leurs correspondants en français.

 

 

2.2.4.1 Pronom personnel

 

Différence 15

Les formes suivantes, tirées du sud-wallon (Francard,1980,204-213), que l’on retrouvent dans leur ensemble dans les 3 autres dialectes, fonctionnent différemment de leur forme correspondante en français.

 

JE

« dji » 

devant consonne : « dji vinrê » (je viendrai), « dji f'zéve do pwin » (je faisais du pain);

« dj' » 

devant voyelle : « dj' ènn' ê onk » (j’en ai un), « dj' ê moussè foû » (je suis sorti);

devant consonne, en débit rapide : « dj' va o bwès » (je vais dans le bois);

« djo » 

(SW), lorsque « je » est suivi de « le », « les », « lui », « leur » : « djo lès-ê pièrdou » (je les ai perdus), « djo l'zî dîrê » (je le leur dirai) (correspondant à « djè » dans d’autres régions).

ME

(régime, antéposé au verbe)

« mi »

« m' »

 

 

 

 

 

 

« èle mi veut voultî » (elle m’aime);

devant voyelle : « èle m' a apicè po l’ brès » (elle m’a pris par le bras) ;

derrière voyelle et devant consonne : « ni m' di nin dès mintes » (ne me dis pas de mensonges).

ex. : (EW) « Mame, dinez me on pètård, dji l’ a bin mèrité ! » (Warnier,1988,11) (Maman, flanquez-moi une gifle, je l’ai bien mérité !)

MOI 

(régime, postposé au verbe)

« mu »

 

« dène mu ça » (donne-moi ça) ;

 

« m' » 

derrière voyelle : «lèyez m' trankile ! (laissez-moi tranquille)»

MOI 

(régime prépositionnel, ou détaché)

« mi »:

« c'èst por mi » (c’est pour moi) ; « mi, dji pinse qui ... » (moi, je pense que)

TU

NB : tutoiement et vouvoiement en wallon : cf 3.2.3.1

« to » 

antéposé, devant consonne : « to vinrès » (tu viendras); « to pous dîre » (tu peux dire);

« tu » 

postposé, après consonne : « pinses tu ? » (penses-tu ?);

« t' » 

antéposé, devant consonne, en débit rapide : « t' vinrès avou nos-ôtes » (tu viendras avec nous);  antéposé, devant voyelle : « t' ènn' as minti » (tu a menti).

« -se »

Après une forme verbale terminée par une voyelle, la 2ème pers. sing. est rendue par la forme ordinaire du verbe, augmentée de « se » : « vous se beûre one jate ? » (veux-tu boire une tasse ?), « il èst mwart, sés se » (il est mort, tu sais).

TOI

(régime, postposé au verbe)

« tu » 

après consonne : « r'wête tu d' abôrd » (regarde-toi d’abord); après voyelle : « t'tu » : « tin t'tu bin » (tiens-toi bien).

TOI

(régime prépositionnel, ou détaché)

« ti »

« addé ti » (chez toi); « wête à ti » (prends garde) ; « ti èt rin , c’ èst l' min.me » (toi et rien, c’est la même chose) ;

« twè »

« twè » est ressenti comme ‘plus poli’ que le précédent.

TE

(régime, antéposé au verbe)

« ti »

« èle ti veut voultî » (elle t’aime); « dji n' ti prindrê rin » (je ne te prendrai pas); 

« t' » 

devant voyelle : « i n’ t' ême nin, sés-se » (il ne t’aime pas, tu sais); derrière voyelle et devant consonne : « i t' porminerè » (il te promènera).

NOUS (sujet)

« dji » (SW), « nos » (ailleurs)

Comme dans le sud-est de la Belgique romane, « nous » sujet est remplacé par « je» : « dji beûrans » (nous boirons) ; « dj' ons moussè foû » (nous sommes sortis). Ailleurs, on dira la plupart du temps « nos ».

NOUS

(tonique, non conjoint)

« nos-ôtes » 

« c' èst da nos-ôtes » (c’et à nous) ; « nos-ôtes, dji d'meûrans su l’ tièr » (nous, nous habiterons le long du chemin escarpé).

NOUS

(régime antéposé, ou postposé au verbe)

« nos » 

« i nos r'wête » (il nous regarde); « i n' nos djâze pus » (il ne nous parle plus); « vind nos ç' tchamp-là » (vends-nous ce champ-là).

VOUS

(sujet, antéposé au verbe)

« vos » ou « v' » 

 

devant consonne : « vos vinrez » (vous viendrez) ; « v' dîrez à Tchofile qui ... » (vous direz à Théophile que … )

« vos- » ou « v's- » 

devant voyelle : « vos-ârez do l’ baguète » (tu auras des coups de baguette); « v's-av' rêzon » (vous avez raison).

VOUS

(sujet, postposé au verbe)

« ve »

« vinrez ve ? », « savez ve ? »

ex. : (SW) (le voisin à sa voisine) « Avoz ve dit qu' à ma djambe, dju sofère la passion? » (Ninah l'Ardennaise, Lu r'warit tot, in: Francard, 1982) (as-tu dit que ma jambe me fait beaucoup souffrir ?)

VOUS

(régime réfléchi antéposé au verbe, devant consonne)

« v' »

« vos v' lèvez trop târd » (tu te lèves trop tard)

ex. : (EW) (p.18) « Elle èsprinda, v’ di-dje ! » (Boussart,1976,17-18) (elle s’est allumée, te dis-je !)

 

VOUS

(régime postposé)

« ve » 

« téhez ve » (tais-toi)

VOUS

(tonique, non conjoint)

« vos-ôtes »

« amon vos-ôtes » (chez vous) ; « c' èst nin po vos-ôtes » (ce n’est pas pour vous) ; « vos-ôtes, c’ èst nin l' min.me tchôse » (vous, ce n’est pas la même chose).

IL

(sujet, antéposé au verbe)

« i »

devant consonne : « i n' vinrè nin » (il ne viendra pas) ; « i ploût » (il pleut);

« il » 

devant voyelle : « il avéve fwin » (il avait faim) ; « il èstéve brani » (il s’était altéré (le bois))

IL

(sujet, postposé au verbe)

« i  » 

« vinrè-t-i ? » (viendra-t-il ?)

ELLE

(sujet, antéposé au verbe)

« èle »

devant consonne : « èle bache » (elle baisse) ; « èle ranawîe » (elle ravaude) ;

« èlle » 

devant voyelle :  « èlle avéve fwin » (elle avait faim);  « èlle èstéve pièrdouye » (elle était perdue).

 

ex. : (SW) « Èlle ont mètou lès deûs gamines dins chake cwane… » (Dedoyard,1998,7) (elles ont mis les deux fillettes dans chaque coin)

(EW) « … èt volà qu’ èlle aspite foû d’ l’ êwe: … » (Maquet,1987,34) (et voilà qu’elle sort précipitamment de l’eau …)

ELLE

(sujet, postposé au verbe)

« èle »

« pinse-t-èle ? » (pense-t-elle ?)

N.B. IL et ELLE, pronoms sujets, présentent une aphérèse à l'intérieur des phrases (entre voyelles) ; d'où les formes « 'l » (il) et « 'lle » (elle) (exemples : cf 1.3.8). 

LUI

« lu » 

tonique non conjoint : « i vinrè tot seû » (il viendra tout seul); « dji va addé lu » (je vais chez lui);

« lî »

régime indirect, antéposé au verbe : « i lî a vindou on tchamp » (il lui a vendu un champ) ; « i lî prindrè tot » (il lui prendra tout) ;

« lî » 

régime indirect, postposé au verbe : « dène lî do pwin » (donne-lui du pain) ; « dènez lî do pwin » (donnez-lui du pain).

ELLE

(tonique, non conjoint)

« lèye »  

« lèye, c' èst l' mére da Tchofile » (elle, c’est la mère de Théophile) (vocatif) ; « ç' èst por lèye » (c’est pour elle) (complément prépositionnel).

SOI (tonique)

 

est remplacé par  LUI :  « tchakin por lu » (chacun pour soi) .

SE (réfléchi)

« si » 

devant consonne : « Tchofile si bat toudi » (Théophile se bat toujours); « èle si marîe d'mwin » (elle se marie demain);

« s' » 

devant voyelle : « èle s' a pièrdou » (elle s’est perdue);

« s' » 

après voyelle et devant consonne : « i s' bat sovint » (il se bat souvent) ; « nosse tchèt s' a stronlè » (notre chat s’est étranglé).

ex. : (CW) « Gn-aurè dès banses èt pèrson.ne ni s’è vôrè passer . » (Dji vos l’sowaîte do fond do keûr, VA 31/12/98) (il y en aura des tas et personne ne voudra s’en passer)

LE, LA

(régime direct, postposé au verbe)

« lu » 

après consonne : « sogne lu bin : c' èst t' pére » (soigne-le bien, c’est ton père) ;

« le » 

après voyelle : « tin le bin » (tiens-le bien); « lèyez le trankile » (laissez-le tranquille).

LE, LA

(régime direct, antéposé au verbe) 

« li » 

devant consonne : « Li pôve fème ! Tchofile li bat sovint ! » (la pauvre femme ! Th. la bat souvent !) ; « èle li trompe » (elle le trompe);

« l’ » 

 

 devant voyelle : « i l' ême bin » (elle l’aime bien) ; « èle l' a pièrdou » (elle l’a perdu(e));

après voyelle et devant consonne : « i l’ mougnerè » (il le mangera); « i l' tènéve po l’ brès » (il la tenait par le bras).

ILS

(sujet, antéposé au verbe)

« i » 

devant consonne : « is n' vinrant nin » (ils ne viendront pas) ; « is tchèssant l' singlè » (ils chassent le sanglier);

« il » 

 

devant voyelle : « il avint fwin » (ils avaient faim); « il ont pièrdou leûs-èfants » (ils ont perdu leurs enfants).

ILS

(sujet, postposé au verbe)

« is »

« vinrant-i ? » (viendront-ils ?)

ELLE (sujet, antéposé au verbe)

« èles » 

devant consonne : « èles mougnint do l’ sirôpe » (elles mangeaient du sirop) ;

« èlle » 

devant voyelle : « èlle avint fwin » (elles avaient faim); « èlle ont moussè foû do l’ mohon » (elles sont sorties de la maison).

ELLES

(sujet, postposé au verbe)

« èles »

« vinrant-èles ? » (viendront-elles ?)

L'aphérèse notée pour les formes du sing. touche également les formes du pluriel : « 'l » (ils) ; « 'lles » (elles) : « quand 'l (ou : 'lle) avint fini d' bate, is (ou : èles) riv'nint ... » (cf 1.3.8)

EUX

(tonique non conjoint)

« zês » 

(ou « zèls (EW, CW), « zias » (OW))

 

« dji sê ça mî qu’ zês tortos » (je sais cela mieux qu’eux tous); « c' èst por zês » (c’est pour eux).

ex. :  (EW) « … treûs ou qwate mèyes di feumes èt d’ omes qui n’ savît nin trop’ çou qu’ advinreût d’ zèls. » (J. Houbart-Houge, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

(trois ou quatre mille femmes et hommes qui ne savaient pas ce qu’il adviendrait d’eux)

ELLES

(tonique non conjoint)

« zèles » 

« djo l'zî dîrê, à zèles » (je le dirai à elles); « zèles, èles vinrant » (elles, elles viendront).

ex. : (CW) « Èt djë l’zi aveû trëcoté èt l’zi fé fé à zèles ossë totès bounès lokes. » (Gaziaux,1987,306) (Et je leur avais tricoté et je leur avais fait faire, à elles aussi, rien que de bons vêtements)

LEUR

(régime indirect, antéposé au verbe)

« lèzî » 

après consonne : « èle lèzî dènerè dès djambons » ; « Tchofile lèzî afoumerè l' lârd ! »

« l’zî » 

après voyelle : « i l'zî prindrè tot » ; « on l'zî minerè lès bièsses ».

ex. : « Ile lèzî chèrva one grande platenêye du bolêyes å riz. » (C.Feller,1906,128) (il leur servit un grand plat de bouillie de riz)

LEUR

(régime indirect, postposé au verbe)

« lèzî » 

après consonne : « dène lèzî on kilo d' tchâr »(donne-leur un kilo de viande) ;

« l’zî » 

après voyelle : « prinds l' zî on bokèt d' tâte » (prend-leur un morceau de tarte)

 

SE (réfléchi)  

« si » ou « s’ » 

(voir le singulier ci-dessus) .

LES

(régime direct)

« lès » 

devant consonne :  « i lès vindrè » (il les vendra); « i lès râyerè » (il les arrachera);

« lès- »

 

devant voyelle :  « mi pére lès-a côpè » (mon père les a coupés); « Tchofile lès-a pièrdou » (Th. les a perdus);

« lès-» ou « l’s-» 

après voyelle et devant voyelle : « i lès-a pièrdou » ou « i l's-a pièrdou » (ce dernier dans un débit rapide) (il les a perdus).

 

Formes combinées

 

ME LE,

LE MOI

« mo l’ » 

« dis mo le ! » (dis-le moi);  « i mo l’ dîrè » (il me le dira) 

(« mo l’ » (SW), « mè l’ » (CW) : cf aussi Phonologie Diff.24)

« m' l’ » 

entre voyelles : « i m' l’ a pièrdou » (il me l’a perdu).

 

JE LE

« djo l’ » 

« djo l’ dîrê » (je le dirai); « djo l’ vou bin » (je le veux bien)

((CW) « djè l’ dîrè » : cf aussi Phonologie Diff.24)

TE LE

«to l’ »

« i to l’ dîrè » (il te le dira); « mi pére to l’ dèn'rè » (mon père te le donnera) ((CW) i tè l’ dîrè » : cf aussi Phonologie Diff. 24)

« t’ l’ » 

entre voyelles: « i t' l’ apice po l’ brès » (il t’attrape par le bras).

IL(S) LE

« i(s) l' » 

« i l' mougne » (il le mange); « is l' mougnant » (ils le mangent).

 

DE LE

« do l’ » 

« il èst timps do l’ dîre » (il est temps de le dire) 

( (CW) « … dè l’ dîre » : cf aussi Phonologie Diff.24)

« d’ l ‘ » 

entre voyelles : « il èst timp d' l’ aveûr » (il est temps de l’avoir).

 

NE LE

« no l’ »  

« i no l’ dîrè nin » (il ne le dira pas); « i no l’ pinse nin » (il ne le pense pas) ((CW) « i nè l’ … » :  cf aussi Phonologie Diff.24)

« n’ l ‘ » 

entre voyelles : « i n' l’ a nin avou » (il ne l’a pas eu).

 

ON

« on » 

devant consonne : « on vinrè » (on viendra); « on mougne » (on mange).

« on » + « z » de liaison

devant voyelle : « on-z-a pièrdou » (on a perdu); « on-z-oyéve do brut » (on entendait du bruit).

EN et  Y :

 

 

EN

 

 

 

 

 

 

 

 

M'EN

postposé

« è » 

devant consonne : « il è va » (il s’en va); « il è mougne, dès crompîres » (il en mange, des pommes de terre);

« ènn' » 

devant voyelle : « Tchofile ènn' a pièrdou one » (Th. en a perdu une) ; « i gn-ènn' a brâmint » (il y en a beaucoup);

« 'nn' » 

après voyelle et devant voyelle : « i 'nn' av' assè »(il en avait assez) ; « li tchèt 'nn' a stronlè one » (le chat en a étranglé une);

N.B. présence d'un « -z- » de liaison : postposé au verbe : « mougne-z-è » (manges-en); « mougnez-è » (mangez-en);

« m' è » 

« wâde m' è on bokèt » (garde-m’en un morceau); « prinds m' è on kilo » (prends-m’en un kilo).

Y

 

IL Y A

 

 

IL Y EN A

« î » 

devant consonne : « dj' î su » (j’y suis); « il î vinrè » (il y viendra);

« î »

(+ « -y -» pour combler l'hiatus) : devant voyelle :

« il î(-y-)èst » (il y est); « on-z-î(-y-)aspoye li tchâr » (on y place la viande);

« i gn-a »  ou « gn-a »

« (i-)gn-avéve deûs mohons » (il y avait deux oiseaux); « gn-a co dès djins qui n' djâzant nin l' francès, dins ç' viadje-là » (il y a encore des gens qui ne parlent pas français, dans ce village) ;

« i gn-an-è »;

mais « (i) gn-a pus » ou « (i) gn-a pupont » (il n'y en a plus) ; « i gn-a co » (il y en a encore) et « i gn-a co pont » (il n’y en pas encore).

 

Remarque

Le type (IL) Y A pour  IL Y A apparaît lorsque le verbe est à l'infinitif : « i c'mince à 'nn' aveûr » (il commence à y en avoir) .  Le « y » est fondu dans « ‘nn’ ».

 

 

Différence 16

Correspondant au pronom sujet et au pronom personnel complément prépositionnel « lui » du français, le wallon emploie « li » (« lu » (une partie de l’EW, SW)) ; correspondant à la même forme du français avec la fonction de complément indirect, le wallon emploie « lî ».

ex. : (F) Lui n’est pas venu.   (W) Li, i n’ a nin v’nu.

              C’est pour lui.                  C’ èst por li.

              Je vais lui donner ça.       -- Djè va d’ner ça.

 

Différence 17

Le français emploie la même forme « elle » comme sujet, sujet accentué et complément prépositionnel ; le wallon emploie « èle » dans le premier cas, et « lèye » dans les deux autres.

ex. : (F) Elle vient.                 (W) Èle vint.

             Ma femme, elle, l’a dit.    Mi feume, lèye, èle l’ a dit.

             C’est elle.                          C’ èst lèye.

             C’ était pour elle.              C’ èsteûve por lèye.

 

Différence 18

Le français a la même forme « leur » pour l’adjectif possessif de la 3e personne du pluriel et le pronom personnel complément indirect de la même personne ; le wallon a la forme « leû » pour l’adjectif possessif et « l(è)zeû » (ou « l(è)zî ») pour le pronom.

ex. : (F) Ils trayent leur chèvre.  (W) Is moudenut leû gade.

             Je leur donnerai tout.            Djè l’zeû dôrè tot.

 

 

2.2.4.2 Pronom possessif

 

Différence 19

A La Gleize, le professeur Remacle cite des groupements originaux, inexistants en français.

ex. : « Leû nosse, du vatche, l’ ont-is co? » /leur nôtre = celle que nous avions vendue/; « nos deûs sînes »: (nos deux /vaches/ que nous avons eues de lui. (1952,342)

 

 

2.2.4.3 Pronom démonstratif

 

Différence 20

Le pronom démonstratif est formé différemment en wallon et en français. 

Au français « celui (celle(s), ceux) » correspondent en wallon l’article défini « li » (lu, èl) (pluriel : « lès ») suivi du mot démonstratif proprement dit « ci » (« cia » (CW)) (pluriel : « cis » (cias, …), « cén » (OW). Au féminin singulier, on dira « li cisse » (« lu cisse », « li cène », « èl cène »). Au féminin pluriel : « lès cisses » (« lès cènes »).

ex. :                                                            

(CW) « … sins compter lès cés quë sont là mièrseûs dins leû tchapèle ... » (Moureau,1943,870-873)

(F)... sans compter ceux qui sont là-bas, tout seuls dans leur chapelle ..

« Asteûre, li ci qui vout, i l’ va acheter à s’bolèdjerîye. » (Lès Rwès, VA 11/1/99)

Maintenant, celui qui le veut va l’acheter à la boulangerie.

(EW) « ... pace qui l' ceu qu' lès-a tèhou,

c' èst Tch'hon-Djôzèf di mon Tiyou. » (Tyou,1929,126)

… parce que celui qui les a tissés s’appelle Jean-Joseph ‘di mon Tiyou’.

(OW) « In grand bos / Pus grand qui lès céns di-d-pâr-ci ... » (M.-F. Fichet-Doffiny, Afrika, p.66, in: W+ L)

Un grand bois, plus grand que ceux de nos contrées…

« Si d’ aroûs vingt-ans èt mès pougns sèrés, du disfindroûs l’ cîn qu’ èst rwè su l’ pavé. » (Heiremans Robert, Vingt-ans, p.100, in: W+ L)

Si j’avais vingt ans et si mes poings étaient serrés, je défendrais celui qui est le roi sur le pavé.

(SW) « Èt lès cis qui n’ plint nin-z-î aler ârint bin v’lou ‘nna vèy! » (Hardy Camille, S’ lès rotches, in: Francard,1982,95)

Et ceux qui ne pouvaient y aller auraient bien voulu en voir !

« Iène dès prèmîres rimètes qu' i wêtot d' sawèr rudîre tot seû, ç' astot la cé quu Bobone du B'jin lî avot apris … » (Louline Vôye, Marîye à l' trique, AL)

Une des premières compositions rimées qu’il essayait de redire seul était celle que lui avait appris sa grand-mère de Vezin.

 

Différence 21

Suivant Remacle, on insère couramment certains mots entre les deux éléments composant le pronom démonstratif  « lu ci » (EW) (= li ci, li cia (CW)). (1952, 351)

ex. (W) lès treûs pus bês cis qu’ dj’ a vèyou  (F) les trois plus beaux que j’ai vus

             lès treûs cès du d’zos                               les trois du dessous

 

Différence 22

On trouve des cas en wallon où le deuxième élément du pronom démonstratif (ci) est précédé de l’article indéfini « dès ». (Remacle,1952,352)

ex. :  (W) Il a ruv’ni avou d’ cès du Spâ.            (F) Il est revenu avec certains de Spa.

               

(CW) « ... n-a d’djà dès cës qu’ ont r’vënë. » (Gaziaux,1987,154)

Certains sont déjà revenus.

(EW) « - Et vos savez bin wice qu' ènn' a, insi? / - Oy, nosse dame. / - Dès cis avou dès blancs peûs, dè mons? » (Grafé, Li håmustê, p.37-41,1987)

Et vous savez donc où il y en a (s.-e. : du gui)? - Oui, madame.

Du moins ceux avec des fruits blancs ?

 

Différence 23

On peut remplacer le premier élément du pronom démonstratif par un adjectif possessif : « mi ci », « mès cis », ... (Remacle,1952, 353) 

ex. (W) Dj’ a mètou mès cis d’ dîmègne.          (F) J’ai mis ceux (= souliers) de dimanche.

 

(EW) dès rubarbes come nos cèsses da Moutchèn’

(F)     des rhubarbes comme celles que nous avions eues de Mutschen.

 

(CW) Volà dès canadas come nos cias d’ l’ anéye passéye.

(F)     Voilà des pommes de terre comme celles que nous avons eues de l’année dernière.

 

Différence 24

Parfois, le deuxième élément du pronom démonstratif est précédé de l’adjectif indéfini pluriel « quékes ».

Ainsi, à Oreye et à Liège, on entend: « Enn’ a quékes cis qui travayèt co. »  (* Il y en a quelques ceux qui travaillent encore) (Certains travaillent encore). (Remacle)

 

 

.2.4.4 Pronom relatif 2

 

Différence 25

Pronom relatif sujet / objet

Le français fait une différence entre « qui » (sujet) et « que » (complément).

Le wallon ne la fait pas.[1]

ex. : (F) la femme qui vient                                      (W) li feume qui vint              

              l’homme que je vois                                           l’ome qui dj’ vè                      

              le fermier qui arrache ses pommes de terre        li cinsî qui rauye sès canadas

              le maraîcher que nous avons interpelé               li cotelî qui nn’ avans arin.né

 

Différence 26

Il est à noter que l' « i » du relatif sujet est élidé devant une voyelle.

ex. : (W) li feume qui vint                                          (F) la femme qui vient

               l’ ome qu’ a v’nu                                                l’homme qui est venu

 

Différence 27

« Dont » comme complément d’objet indirect correspond à « qui » en wallon.

Le wallon emploie « qui » quand le français emploie « dont » complément d' objet indirect.

ex. : (W) lès meûbes qu' on-z-a dandjî.              (F) les meubles dont on a besoin

       

(CW) « Gn-a tant d’s-afaîres qu’on-z-a co dandjî! » (L. Somme, Dji vos l’sowaîte do fond do keûr, VA 31/12/98)

Il y a tant de choses dont on a encore besoin !

(EW) « Gn-a dès bonèts qui t‘ dîreûs dès clokes, …! » (Maquet,1987,157)

Il y a des bonnets dont tu dirais des cloches.

(SW) « Quî qu’ ç’ astot, çu comis-là qui vous d’jîz t’t-à l’eûre? » (Mahin,1984,43)

Qui était ce commis dont vous parliez tantôt ?

 

On emploie aussi dans ce cas « qui + ènn’ ». (cf 4.4.6)

 ex. : (W) lès meûbes qu'on 'nn a dandjî.     

 

 

2.2.4.5 Pronom interrogatif  (cf 4.4.7)

 

Les interrogatifs sont « quî » et « quu » (EW, notamment La Gleize) : « quî av' vèyou ? »; « quu vous se ? » Le neutre « qwè » est emprunté du français « quoi ».

L’ « i » de l'interrogatif est long d'une façon générale.  (Remacle,1937,47)

 

 

2.2.4.6 Pronom indéfini

 

Différence 28

En français, l’adjectif « tous » et le pronom « tous » ne se distinguent pas par la forme, contrairement à leurs formes corespondantes en wallon :

(F) tous  (adjectif)   -  tos (OW : tous)

      tous   (pronom) -  tortos (OW : tèrtous ; EW : turtos)

 

ex. :                                                             

(CW) « Djè l’ sé bin, on-z-èst tortos lès min.mes. » (Moureau,1943,870-873)

(F) Je le sais bien, nous sommes pareils.

(OW) « Is sont tèrtous d’ acôrd : (…). » (Renard,1890,88)

Ils sont tous d’accord.

(EW) « Èles sont turtotes blanc-mwètes come dès makêyes. » (Maquet,1987,26)

Elles sont toutes cadavériques comme des fromages blancs et mous.

 

Différence 29

Le pronom indéfini « nul » ne se différencie pas morphologiquement de l’ adjectif indéfini  correspondant. En wallon, le pronom « nuk » (CW) (nouk (EW)),[2] noulu (EW), nèlu (CW), nulu (OW), nolu (SW)) (féminin : « nune » (CW), nole (EW)) se distingue de l’adjectif  « nul » (fém. nule) (CW) (nou + C, nol + V (fém. nole) (EW), nul (fém. nule) (OW, EW)).

ex. :  (EW) I gn-a nou risse.     (F) Il n’y a aucun risque.

                  I n' va noule pârt.          Il ne va nulle part.

 

                  Nouk du zèls n'îrè.       Aucun d’entre eux n’ira.

                  I n’ a pus nouk.             Il n’a plus personne.

       

(OW) « Vos l’s-avîz plantè què dj’ n’ aveu co nus-ans. » (Bal Willy, p. 23-24, in: W+ L)

(F) Vous les aviez plantés alors que je n’étais pas encore né.

« D’ é voleû passer pou vos dîre bondjoû més i gn-aveut nèlu. » (P. Defagne, Dictionnaire des patois (sic) de Fagne et Thiérache, 1984)

J’ai voulu passer pour vous dire bonjour mais il n’y avait personne.

(SW) « Gn-è pus nolu qu’ î vint (…). » (p.311, in : Rigaux Jean-Claude, Nosse viè laveû, p.309-311, in : Francard,2002)

 

Il n’y a plus personne qui y vient.

 

 

2.2.5 Verbe

 

2.2.5.1 La conjugaison

 

Différence 30

Unification des formes au singulier

D’un point de vue oral, en wallon comme en français, à l'exception des auxiliaires « être » et « avoir », le singulier de l'indicatif présent est unifié.

Pourtant, le verbe « aller » connaît deux formes au singulier de l’indicatif présent, son correspondant wallon « aller » n’en possède qu’une.

ex. :

(F) je vais

      tu vas

       il va

(W) dji va

        ti vas

        i va

 

Le singulier est également unifié en wallon à l’indicatif futur simple (excepté l'ind. futur en sud-wallon, forgé sur « avoir » : dji tchanterê, dji mousserê, dji dîrê (Francard, 1980, 228 & 239).

Ce n’est pas le cas du français.

ex. : (F)                                                               (W)

je recevrai

tu recevras

il recevra

dji r’çûrè  (EW : dji r’cîrè)

ti r’çûrès           ( ti r’cîrès)          

i r’çûrè              ( i r’cîrè)

je serai

tu seras

il sera

dji sèrè

ti sèrès

i sèrè

 

Différence 31

En français, le verbe « asseoir » possède deux conjugaisons différentes (j’assieds, … ; j’asseois, …). En wallon, son correspondant « achîr » (EW : « assîr ») n’en possède qu’une.

 

Différence 32

Participe passé

Contrairement au français, les participes passés de la plupart des verbes en -ir sont, en wallon, identiques à l’infinitif présent.

 

ex. : (F) mourir   - mort                (W) moru (EW : mori)   - moru (mori)

             partir     - parti                         paurti (EW : pårti)  - paurti (pårti) 

             finir       - fini                           fini                          - fini

            

NB : venir - venu en français pour vinu (vini) – vinu (mais en EW, le partic. passé : vinou).

         tenir – tenu                             tinu (tini) - tinu                                                     tinou.                 

            

Différence 33

Le participe passé d’ « awè » (aveûr) (EW) est invariable.

ex. : (W) « Bran.mint s’plindenut dè l’ vîye èt is l’ont portant come is l’ont faît. » (Gillain

              Emile, Sovenances, p.95)

        (F) Beaucoup se plaignent de la vie et ils l’ont pourtant comme ils l’ont faite.

 

        (W) I l’ (= Îvone) a vèyu.

(F)      Il l’ (= Yvonne) a vue.

 

     

Les temps composés

 

Différences 34-35

C'est l'auxiliaire « avoir » qui est utilisé pour la formation des temps composés, même là où le français emploie « être », c'est-à-dire

-         1) pour les verbes pronominaux : exemples en sud-wallon : « i s' a batou » ; « i s' a côpè »; « i s' a pièrdou » ; en centre-wallon : « Avoz d’djà v’nu à Cêle ? » (Houziaux,1964,13) ; en est-wallon :  « i s' a sâvé », « is s' ont pièrdou » (il s’est sauvé, ils se sont perdus) ;

 

ex. :                                                           

(EW) « I s’ a lèyî r’freudi à-z-aler rider. » (Houbart-Houge,1973)

(F) Il s’est laissé refroidir en allant glisser.

(OW) « Adon qu’ is s’ arinetèt foûrt bîn contintè d’ène soupe … » (Hennaut,51,1995)

Alors qu’ils se seraient fort bien contentés d’une soupe, …

(SW) « Èt i s’ avot foutu la chike,… » (Binsfeld Franz, Come in toûr du macrâle, AL)

Et il s’était saoulé, ...

 

-         2) pour certains verbes intransitifs : en sud-wallon : « il a v'nou » ; « il a mourou » ; « il a div'nou » ; « il a intrè », etc. ((F) il est venu, il est mort, il est devenu, il est entré) ; en est-wallon : « il a mouri » ((F) il est mort).

ex. :                                                               

(EW) « Èlle èsteût d'djà rèvôye qwand dj' a riv'nou ... » (Seret,1988,30)

(F) Elle était déjà repartie quand je suis revenu.

(OW) « ... il aveut v’nu au monde dins-ène cinse, li ètou. » (Fauconnier,1993,77)

Il était né dans une ferme, lui aussi.

 

Précisons toutefois que, dans cette dernière catégorie, lorsque le verbe n'indique plus une action, un changement d'état mais l'état lui-même, l'auxiliaire « être » apparaît dans les formes wallonnes (comme en français) : (sud-wallon) « il èst riv'nou » (vs « il a v'nou »), « il èst rintrè » (vs « il ont rintrè a doze eûres ») (Francard,1980,231) ; (est-wallon) comparons « dju l'a vindou » et « il èst vindou », et surtout « il a couri à Spâ » et « il èst couri à Spâ ».

 

ex. :                                                              

(SW) « Nosse pére èstot v’nu po m’ mostrer comint ç’ qu’ i falot fé. » (A. Schmitz, Li prèmî côp qui dj’ é sèmé, AL)

(F) Notre père était venu me montrer comment il fallait s’y prendre.

 

Rapprochement avec les langues germaniques :

Les verbes d’action se conjuguent toujours avec « awè » (aveûr (EW)) comme en anglais, mais pas comm en néerlandais ni comme en allemand :

ex. :  (W) Dji m’ a trèbuké èt dj’a tcheû. = (E) I have stumbled and (I have) fallen.

         (F)  J’ai trébuché et je suis tombé.

         (N) Ik heb gestruikeld en ben gevallen.

         (D) Ich habe gestrauchelt und bin gefallen.

 

Cependant, les verbes réfléchis fonctionnent de la même façon en néerlandais, en anglais, en allemand et en wallon, mais pas en français, qui se sert de l’auxiliaire « être » :

         (W) Dji m’a brouyî.

         (N)  Ik heb me vergist.   

         (D)  Ich habe mich geirrt.

         (F) Je me suis trompé.

 

Différence 36

Les temps surcomposés sont sensiblement plus courants en wallon.

ex. :

(CW) « ..., quand dj’ a sti arëvé, lë lend’mwin, ... » (Gaziaux, 1987,162)

(F) Quand je fus arrivé, le lendemain, …

(OW) « Douwârd a ieû scrotè lès treûs quârts di s' brikèt su cénk munutes di timps. » (Mathy,1958,37)

Edouard eut fini de décrotter les trois-quarts de son briquet en cinq minutes.

(SW) « Pou l’ êdè, èle avét lu Zîré, (…) qu’ èle avét rascudu dupûs quu s’ valèt avét stu tuè à l’ guêre du quatörze. » (Culot Calixte Calixte, Les Paukes du Zîré, AL)

Pour l’aider, elle avait Désiré, qu’elle avait recueilli depuis que son fils eut été tué à la guerre de quatorze.

 

 

2.2.5.2 Utilisation des temps dans les propositions subordonnées (cf 4.5 Verbe)

 

 

2.2.6 Adverbe

 

2.2.6.1 Adverbe de négation

 

Différence 37

A la locution adverbiale « ne … pas », correspond la locution  « ni .. nin ».

ex. :  (W) Èle ni mougne nin ; i n’ èst nin mwart ; i n’ pout mâ  (Francard, 1980, 220)

         (F)  Elle ne mange pas ; il n’est pas mort ; il ne peut mal.

 

(OW) « Dji vos souwéte di n’ awè dandjî d’ vos sièrvu d’ tot çoula ! » (Fedora, Amon l’ apotikêre, El Bourdon, s.n.., p.17)

(F) Je vous souhaite de ne pas avoir besoin de vous servir de tout cela !

(SW) « I n’ trouverot ni eune pîre frèche au fond d’ l’ éwe. » (Twisselman,1994,116)

Il ne trouverait pas une pierre humide au fond de l’eau.

 

Différence 38

A la locution « ne … pas de » (littéralement :  ne … point de (littéraire ou régional)) avec le partitif « en » correspond « ni … pont di » avec « è(nn’) » .

A « ne … pas un », nous avons « ni …nin on(k) ».

ex. : (W) Dji n’ è veu pont.

        (F)  Je n’en vois pas. (litt. ou rég. : … point)

 

        (W) I n' ènn' a pont (ou I n’ n’ a pont).

(F)    Il n'en a pas.

 

(OW) « El mitolojîye n’ a pont scrît d’ pâje à l’ ombe dè nos-anciènès fosses (…) » (p.15, in : Quinet C., MA, 1, 2002, p.15-16)

(F) La mythologie n’a pas écrit de page à l’ombre de nos anciennes mines.

« … di ç’ timps-là, gn-aveut pont d’ buldôzêr. » (Haentjens Hector, El tchapèle Notrè Dame du Roûs, El Bourdon, s.n.., p.7)

En ce temps-là, il n’ y avait pas de bulldozer.

 

Différence 39

A la locution « ne … plus (de) » correspond le wallon « ni … pupont (di) ».

ex. : (W) Gn-a pupont.                                       (F)  Il n'y en a plus.       

       Dji n’ è veu pupont.                                    Je n’en vois plus.

                                                                           

(OW) « Li p’tit boulome (...) / N’ a pont d’ tchapia pou l’ plouve, / (...) Nén ène mastoke dins s’ boûsse, / Dins s’ keûr, gn-a pupont d’ place, ... » (Bossart Pol, Li p’tit boulome, p.38, in: W+ L)

Le petit bonhomme n’a pas de chapeau pour la pluie, pas une pièce de monnaie dans sa bourse, dans son cœur, il n’y a plus de place.

 

 

cf 4 Syntaxe Diff.198 : « sins pont … di » ; Diff. 226 : « ni pont di … ni pont di » ; Diff. 227 : « ni mauy pont di ».

 

Différence 40

Pour nier un élément de proposition ou de phrase, que l’on oppose à un premier, on emploie « nin », tandis que le wallon utilise l’adverbe « non » (ou « nèni », « non.na ») (opposé à « oui » (ou « si ») pour répondre négativement à une question.

ex. : (W)   C’èst m’colon èt nin l’vosse.             Nin sins rûses. 

        (F)    C’est mon pigeon, non le vôtre.         Non sans difficultés.                                        

        (NL) Het is mijn duif, de uwe niet.             Niet zonder moeite.

 

cf 4 Syntaxe Diff. 246 : « pus nin onk / one ».

 

Différence 41

Accolé directement à un adjectif, le wallon emploie « nin », le français « non ».

ex. : (W)   one nin seûte lèçon. 

        (F)    une leçon non sue 

        (NL) een niet gekende les

 

 

2.2.6.2 Autres adverbes

 
Différence 42

Existence d’un double adverbe pronominal : « ènnè ».

Les adverbes pronominaux sont « è(nnè) » (en) a une forme remarquable : le latin « inde » donne « è » : « dj' è vou » (j'en veux), ou devant voyelle « ènn' » : « dj' ènn' a ». La contamination des deux formes en produit une nouvelle, « ènn-è »,  qui renferme donc deux fois le pronom : « dj' ènnè vou », « i 'nnè vout ». (Remacle,1937,53)

ex. : 

(CW) « È (ou : ènnè) vouros se? » (Gaziaux,1987,69)

(F) En voudrais-tu?

 

Différence 43

« Tot » est invariable dans le sens de l'allemand « lauter »:

« tu fês tot bièstrèyes » (tu ne fais que des bêtises), « c'èst tot sotes », « il a tot rodjès bièsses », « ç' a stou spiyi à tot bokèts » (tout en morceaux) (EW). (Remacle,1937,49)

 

Différence 44

« Tot » modifiant le sens d'un adjectif féminin pluriel prend ou ne prend pas la finale « -ès » distinctive de ce genre à ce nombre, suivant que l'adjectif modifié est qualificatif ou prédicat :

« èles sont totes pitites, totes sotes, totes rondes », mais « dès totès p'tites, dès totès p'titès crompîres, dès totès rondes ». (EW) (Remacle,1937,49)

 

Différence 45

« Tous seuls » et « toutes seules » sont « tos-èt seûs » et « totes-èt seûles ».

Le féminin montre qu'il faut analyser ces expressions comme suit : « tous et seuls » (tos-èt-seûs), « toutes et seules » (totes-èt-seûles). Pour les expliquer, on pourrait songer à une analogie avec « tous, toutes ensemble », mais ceux-ci se disent « èssonle, èssonle », sans liaison de l' « s » final. (EW) (Remacle,1937,49)

 

 

2.2.7 Préposition

 

Voir ci-dessus l’article défini précédé d’une préposition.

 

 

2.2.8 Conjonction

 

2.2.8.1 Conjonctions de coordination

 

Différence 46

La locution « èt si » ( (F) « et ») entre deux impératifs est notée dans une bonne partie du domaine wallon.

ex. : (CW) Mougne èt si t’ taîs.                          (F) Mange et tais-toi.

 

(EW)  « Èle ni poléve dimoni cou so hame, ossu s’ louka-t-èle si lès boûkètes avît tchôd assez so l’ djîvå èt s’ gosta-t-èle li såce dè l’ robète. » (J. Houbart-Houge, 1973)

Elle ne pouvait rester assise, aussi elle regarda si les crêpes (faites avec de la farine de sarrasin) étaient suffisamment chauffées et elle goûta la sauce du lapin.

(SW) « D’ on bond, Fifine (...) tapache tot bas (...) èt si crîe : « Tas d’ vos p’tits marticots, sèroz l’ uch do corti. » » (Matante du Djîvroûle, La vèspréye, AL)

Soudain, Fifine jette tout par terre et s’écrie : « Bande de garnements, fermez la porte du jardin ! »

 

 

2.2.8.2 Conjonctions de subordination

 

Différence 47

Après un complément de temps, la relative est introduite par « qui ».  En français, par « où ».

ex. :  (W) s(i) en cas qui                                 (F) dans le cas où

                S’en cas qu’vos l’vièrîz, dijoz-lî!         Dans le cas où vous le voyiez, dites-le lui !

                au cas qui                                              au cas où

                au momint qui                                       au moment où

                one anéye qu’il a faît sètch                   une année où il a fait sec

                li djoû qu’ il a tant ploû.                       le jour où il a tant plu

               Gn-a dès djoûs qu’ ça va mia.               Il y a certains jours où cela va mieux.

          

(CW) « … i n’ èst nén co quèstion di d’viser do timp qu’on n’ vièrè pupont d’ guêres. » (E. Wartique, in: CW 12/54, p.186)

Il n’est pas encore question de parler du temps où il n’y aura plus de guerre.

 

(EW) « On djoû d' djulèt' qu' i tokéve lès qwate solos (...), dji touma båbe à båbe avou lu  … » (Grafé,1987,30)

Un jour de juillet, où il faisait très chaud, je tombai nez à nez avec lui.

(SW) « Èle n’ av jamês vèyou tant dès djins â momint qu’ èle passéve. » (Dedoyard,1993,12)

Elle n’avait jamais vu autant de gens au moment où elle passait.

 

 

Elision de la conjonction « si » (cf 1 Phonologie Différence 14)



[1] « Qui » et « quu » (que) (Remacle,1937,par.30) (EW – La Gleize) : « djûdi qui vint », « ci qu' a v'ni », « cisse quu vos v’loz »; « qui » (CW) ; « qui, quu » (SW) ; « qui, què » (OW), « qui » (EW).

 

[2] Aussi en CW: « I gn-a nèlu à l’ prinde po fé ça » (Nul ne peut le prendre pour faire cela).

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