15/04/2010

Différences 27-28

1.3.6 Prothèse

 

Une prothèse est l’addition d’une phonème au commencement d’un mot (ex. : latin « scala » > français « échelle »).

 

Différence 27

En wallon, ce phénomène est courant dans la partie occidentale de l’ouest-wallon pour les mots commençant étymologiquement par « s » + consonne (L « stella », « spina », ...).

 

La voyelle de prothèse ne se réalise que dans les cas suivants :

-  à l’initiale absolue (après une pause) ou derrière un mot à finale consonantique:

   « ène èspène » (ou « is-« ) (ou « ène sipène » (une épine) (ailleurs)) mais « dès spènes ».

- dans les mots dérivés au moyen du préfixe correspondant au français « re-» , lorsque la

   forme de base est à initiale consonantique (type RE + VENIR):

- à l’ouest: prothèse vocalique dans les conditions décrites ci-dessus:

  « èr’vènez ! », « èle èr’vint », « i r’vint » ;

- à l’est: (Châtelet) a) à l’initiale absolue: « riv’nèz ! » ou « rèv’nèz ! » mais « rivéns ! »;

                               b) derrière consonne: « èle rivént » ;

                               c) derrière voyelle: « i va riv’nu » ou « i va r’vènu » mais « i r’vént ».[1]

(Carlier-Bal, 1985, XIX)

 

ex. :                                                             

(OW) « Pont d’ douches pou s’ èrlaver! » (Ecomusée,1985)

(F) Pas de douches pour se laver !

« Du sûs ‘ne miyète èscrand ... » (id.,p.35)

Je suis un peu fatigué.

 

 

1.3.7 Syncope

 

La syncope est la suppression d’un phonème (ou d’une syllabe) à l’intérieur d’un mot.

En wallon, on trouvera des cas de syncope avec les phonèmes « i » (« u »), « è » et « o ».

 

Voyelle caduque

Une voyelle dans la première syllabe d’un mot disparaît après une finale terminée par une voyelle et avant une syllabe commençant par une consonne.[2]

 

Différence 28

En wallon, dans certains cas, les voyelles « -i- » (« -u- »), « -è- » ainsi que « -o- »[3]  sont caduques dans une syllabe initiale après une finale terminée par une voyelle et avant une syllabe commençant par certaines consonnes.[4]

 

Voyelle caduque « -i- » 

après :

D

peu de mots:

d_m

d_n

d_v

 

d_z

 

d(i)méy (demi), d(i)mwin (demain)

d(i)ner (donner)

d(i)vant (devant) et dérivés, d(i)vise (propos) et dérivés, d(i)vu (devoir) ; d(i)vins (dedans (EW))

d(i)zeû (dessus), dizos (dessous)

DJ

rare:

dj_m

dj_n

dj_v (< tch_v): après syllabe masculine (Haust, 193, 647)

 

Dj(i)mèpe (Jemeppe-sur-Meuse) (EW)

dj(i)no (genou), dj(i)nolîre (genouillère) (EW)

tch(i)vå (cheval) > li dj(i)vå; tch(i)volî (conducteur de chevaux de halage) (EW)

TCH

tch_m

tch_v

tch(i)minéye (cheminée), etc.

tch(i)vau, etc.

P

rare : seulement :

p_ch

p_t

 

p(i)chi (pisser) ;

p(i)tit, p(i)titèsse = p(i)titeû (petit, petitesse) (CW)

T

rare : seulement :

t_n

 

t(i)nu, t(i)nûwe (tenir, tenue) (CW)

K

rare: seulement:

k_b

k_m

k_n (EW, SW)

 

k(i)bin (combien) (EW)

k(i)mint (comment) (EW)

k(i)nohe (connaître); k(i)noye (quenouille) (EW)

R

rare:

r_n

 

r(i)naud (renard) et dérivés (CW)

S

peu de mots avec:

s_f

s_m

 

s(i)faît(emint) (pareil(lement))

s(i)mèle, s(i)mince et dérivés

V

rare:

v_n

 

v(i)nu (venir) (CW)

 
Préfixes

D(I)-

D(IS)-

Courant

d(i)bout (bout), d(i)djunè (déjeuner) (CW,SW)

d(is)halè (débarrassser) (SW),

d(is)tchaus (déchaus) (CW)

R(I)-

Courant

r(i)clawè (clouer de nouveau) (CW,SW), r(i)vèy (revoir) (SW)

K(I)-

Courant en EW / SW

k(is)soukè (frapper à coups de corne) (SW)

k(i)bate (battre (un mélange), k(i)machî (embrouiller),

k(i)piter (frapper de force coups de pied)

 
Pronoms / adjectifs monosyllabiques

DJ(I)

T(I)

 

M(I)

L(I)

S(I)

 

C(I)

= je

= tu (forme (très) familière)

= me

= le

= se

 

= ce

Dji n’ a rin faît. > Sûr qui dj’ n’ a rin faît !

Ti n’as ….         > …         t’  n’ as ….

 

Ele mi vindrè ça. > Sûr qu’ i m’ vindrè ça !

Ele li vint r’prinde. > Sûr qu’ i l’ vint r’prinde.      

Ele si gobe !          > Sûr qu’ i s’ gobe.

 

Ci n’ èst nin l’ vraî! > Sûr qui ç’ n’ èst nin l’ vraî !

 

ex. :                                                              

(CW) « ... n-a d’djà dès cës qu’ ont r’vënë. » (Gaziaux,1987,154)

(F) Certains sont déjà revenus.

(EW) « Vos r’grèterez l’ timps pièrdou… » (Warnier,1988,6) 

Vous regretterez le temps perdu.

(OW) « divant ç’ti-là qu’ lès-atôtcheut! » (Fauconnier,1993,76)

devant celui-là qui les abordait

(SW) « (…) one saquî qui r’vint di s’ preumîre ovradje. » (Leroy Willy, Li toûrsiveûs (G. Willième), AL)

quelqu’un qui revient de son premier travail

 

Voyelle caduque « -è- »

 

ex. : avec « dédjà » (déjà), « lès » (les), « dès » (des) : « èlle èst d’djà là » (elle est déjà là), « c’ èst-on film po l’s-èfants » (c’est un film pour enfants), « dj’ ènn’ a vèyu d’s-ôtes » (j’en ai vu d’autres).

 

(CW) « On-n-aleûve tos l’s-ans avou marëne à (...) l’ Wastëne… » (Gaziaux,1987,275)

(F) On allait chaque année avec marraine à Wastines.

(OW) « C’ èst d‘djà li . » (Deprêtre,1942,84)

in d’bout d’ chike (id.)

C’est déjà lui.

un petit homme

« In lîjant l’s-ancyins lîves, nos l’ trouvons

   ravikî. » (Renard,1890,84)

En lisant les anciens livres, nous le trouvons ressuscité.

 

 

Voyelle caduque « -o- »

 

ex. :                                                              

(CW) « … rotant pa-t’t-avau l’ sauvlon, … » (Doumon,2002,14)

(F) marchant à travers tout dans le sable

« … quand nos n’s-avans ètindu avou Fanîye … » (Gillain,1932,148)

Quand nous nous sommes entendus avec Stéphanie.

(EW) « Ay-ay-ay! Vos v’s-î avez må pris, èdon, mi-èfant! » (Maquet,1987,32)

Aïe ! Tu t’y es mal pris, n’est-ce pas, mon enfant !



[1] En ouest-wallon, la voyelle de prothèse peut être suivant les endroits dans certains cas: « è » ou « i »: « èscole » / « iscole » (école). (Carlier-Bal, 1985, XIX)

 

[2] Cependant, on trouve en centre-wallon : « r(i)ièsse » : être de nouveau.

[3] En ouest-wallon, le timbre de la voyelle, éventuellement caduque, de la syllabe prétonique est sujet à variation:

« è/i »: éventuellement « u » avec une consonne labiale: « tchèvau », « tchivau », « tchuvau » (à côté de « tch’vau » dans certaines conditions de phonétique syntactique); « lèver » / « luver » (non « *l’ver », à côté de « l’ver »); « djèmi » / « djumi » (non « *djimi »).

 (Carlier-Bal, 1985, XIX)

Dans le sud-wallon, on retrouve « i » : « tch(i)vau », « tch(i)vè », « tch(i)noule » (occiput) ; « d(i)mwin », « d(i)mèy », « d(i)zos », « d(i)zeû » ; « k(i)tayè » (tailler sur mesure), « k(i)machè » (mélanger de fond en comble), « k(i)bèzècè » (manipuler, remuer) ; « s(i)mince », « k(i)nuche ».

Parfois « è » : « tch(è)minéye », « tch(è)mîje », « p(è)tit », « t(è)nou », « v(è)nou ».

(Francard,1980,94/98/105/109/110)  

En est-wallon, « i » (et en certains endroits « u ») : « d(i)ner » (« d(u)ner ») (donner), « k(i)bate » (« k(u)bate »), etc. En centre-wallon, « i » : « tch(i)vau », « d(i)ner », « s(i)mince », « p(i)tit », « t(i)nu » (tenir), « v(i)nu », « r(i)naud » (renard).

 

[4] Pour « o »  : « v(o)ci », « v(o)là » (voici, voilà) (CW) . Voir aussi plus loin « Syncope ».

21:48 Écrit par justitia & veritas dans education | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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