15/04/2010

Différences 314-334

Différence 314

Après « li quéke », « li quéne », « lès quékes », complément, on a « qui », sauf devant la forme verbale de la 2e p. pl. sans pronom.

ex. : (W) Li quéne v’loz? = Li quéne qui vos v’loz?  (F) Laquelle voulez-vous ?

 

(F)  « Lequel vous aimez mieux, le pain frais ou le pain rassis? »

       (J. Renard, 8 jours à la campagne, in : Le Bidois,T2,1971,298)  

(W) Li quéke qui v’s-in.mez mia, l’ novia pwin ou l’ pwin rassis?

 

 

4.9.2.5 Remarques 

 

Différence 315

Inversion du sujet et du verbe

En wallon, l’inversion est moins courante qu’en français et la place normale du sujet y est généralement avant le verbe.

Toutefois, on enregistre de nombreux cas d'inversion : (les exemples sont en est-wallon)

1° dans les incises : « i vinrè d'min, m' a-t-i conté» (il viendra demain, m’a-t-il dit), « i c'tèyéve dès bwès, a dj’ vèyou » (il débitait des bois, ai-je vu) ;

2° dans les interrogations : « cumint s' a fêt çoula ? » (comment cela s’est-il fait ?), « poqwè n' vout-i nin ? » (pourquoi ne veut-il pas ?) ;

8° dans les exclamations : « fou-dje âhe du l' ruvèy! » (j’ai eu le plaisir de le revoir !) ;

4° après la conjonction èt « su » : « èt s' a-t-i v'ni » (Remacle,1937,58)

5° dans les répétitions expressives :

Une technique de renforcement du wallon est la répétition avec inversion.

ex. : « on sèreût bin honteûs du l' dîre, sèreût-on bin honteûs » (on serait bien honteux de le dire, (littéralement : serait-on bien honteux). (Remacle,1937,63 & 70)

Autres exemples :

(W) Il èst deûs côps bièsse, è-st-i deûx côps bièsse !

(F)  C’est un gros bêta, (littéralement :) « est-il deux fois bête » !

       

(W) Dji n’ îrè pas, n’ îrè dje pas !                          

(F)  Je n’irai pas, (littéralement :) « n’irai-je pas » !

 

(W) I l’ a ieû, l’ a-t-i ieû.   Is mè l’ dîront, mè l’ dîront-is.

(F)  Il l’a vraiment eu.        Ils me diront à coup sûr.

 

NB Pas de 2e p. pl.: (W) Vos mè l’ dôroz (,vo di-dje)!   (F) Vous me le direz, vous dis-je !

 

ex. :

(EW) « Alez, sûr qu’ i m’ payerè cisse-là, pus tchîr qu’ i n’ pinse, / Mè l’ payerè-ti, vormint! Li vîle bièsse! Qu’ i ratinse! » (J. Bury, in: BSLLW 1895, p.321)

(F) Allez, il est certain qu’il me âiera, celui-là, plus cher qu’on ne le croit, / Il me le paiera, je le jure ! Le vieil idiot ne perd pas pour attendre !

« Dj’ a manké d’ è dîre eune, a-dje manké! » (id., p.312)

J’ai vraiment failli faire une remarque désobligeante..

 

Différence 316

Entrée en matière :

La proposition exprimant l’entrée en matière peut être introduite en wallon par « qui » ou « qwè-ce qui … ? » :

ex. : (W) Qui dj’ sondje à ça: ...  ( = Dji sondje à ça)                      (F) Je songe à ça : …

               Qwè-ce qui dj’ vous dîre, mi?: ... (= Dji vou dîre çoci)          Je veux dire ceci : …

 

Différence 317

La tournure « c'est le diable que » est l'objet d'une extension analogique assez bizarre.

ex. : « (c' èst l') diâle qu' i s' kutape insi » (c’est le diable qui se démène ainsi). De là, pour la 2e personne : « diâle qui t' kutape insi » (qu’as-tu à te démener ainsi ?), et ainsi de suite : « diâle qui t' magnes toudi après l' s-ôtes » (qu’as-tu à toujours manger après les autres ?), « diâle qui v' hoûte toudi là ! » (qu'avez-vous toujours à attendre là ?). (EW) (Remacle,1937,74)

 

Différence 318

Comme les interrogations indirectes, les phrases exclamatives commençant par un interrogatif sont souvent transformées en relatives .

ex. : « quéne tièsse qu' il a! » (quelle tête il a!), « quénès bièsses quu c' èst çoula! » (comme ils sont bêtes !). (EW)

 

(CW) « Bèrnârd, quén-ome qui v’s-èstoz ! » (p.350, in: Laurent Edouard, Manouwèl, p.345-351, in : Piron,1979)

(F) Bernard, quel homme vous êtes !

 

Différence 319

Le wallon ne fait pas d’inversion après un adverbe; il emploie une relative.

ex. : (W) Quékefîye qu’ i ‘nn aveûve.                             (F) Peut-être en avait-il.

               Vêla, gn-a bran.mint dès sôdârs qu’ont moru.       Là sont morts beaucoup de soldats.

 

Différence 320

« Fût-ce » et « ne fût-ce que, dût » sont en wallon une subordonnée introduite par « quand ça ... co, min.me qui, ca bin (min.me) qui ça + conditionnel.

ex. : (F) Il refusait, fût-ce provisoirement, de le remplacer.

       (W) I rèfuseûve, quand ç’ n’ aureûve sitî qu’ provizwêremint, dè l’ remplacer.

 

        (F) Dût cela me coûter ...

       (W) Min.me qui ça m’ costereûve ...; quand ça m’ costereûve co ...; ca bin (min.me) 

               qu(i) ça m’ costereûve ... 

 

Différence 321

Si le sujet est très engagé dans ce qui se passe, il se nomme d’abord.

ex. :  (W) Dj’ a l’ solia qui m’asbleuwit.              (F) Le soleil m’éblouit.

                Dj’ a m’ dos qui faît mau.                           Mon dos me fait mal.

                Il ont leû maujo qu’ a brûlé.                        Leur maison a brûlé.

                Elle a sès tch’vias qu’ tchaîyenut.               Ses cheveux tombent.

       

Différence 322

Dans une exclamative, après l’adjectif exclamatif (, l’adjectif qualificatif) et le nom, le wallon emploie « qui » ; le français n’emploie pas de forme correspondante.

ex. : (W) Qué bia gamin qui v’s-avoz ! ou : Qué bia gamin qu’ vos-avoz !

(F)    Quel beau garçon vous avez !

 

Différence 323

Pour le wallon : comparatif + « qui » + infinitif avec sujet, le français doit employer une circonlocution.

ex. : (W) Il a pus auji d’ l’ apwârter qu’ mi d’ l’ aler qwê.

        (F) Il lui est plus facile de l’apporter que pour moi d’aller le chercher.

 

Différence 324

Dans une comparaison entre deux propositions après la locution « in.mer mia », la première proposition a un verbe au subjonctif, alors que le verbe de la 2e proposition est à l’infinitif.

ex. : (W) Dj’ in.me mia qu’ ‘l è vaye qui di v’nu.

(F)    Je préfère qu’il parte plutôt qu’il ne vienne.

 

Différence 325

Si, dans le même cas de construction, le sujet du second membre est différent, on exprime le sujet ; quand c’est un pronom, il est à l’accusatif.

ex. : (W) Dj’in.me mia qu’i vègne qui mi (d’) î aler.

(F)    Je préfère qu’il vienne plutôt que je n’y aille.

 

(W) Il in.me mia qu’ dj’ î vaye qui li di v’nu.

(F)  Il préfère que j’y aille plutôt qu’il ne vienne.

 

Différence 326

Le wallon rend par une infinitive la tournure où le français emploie un « que » haplologique (c.-à-d. simple), alors qu’il a une valeur sémantique double.

ex. : (F)   « J’aimerais mieux la mort qu’elle crût que je suis dans la moindre indigence. » (J.-              

                J. Rousseau, T. XVIII, 10)

        (W) Dj’in.mereûve mia moru qui l’ lèyî crwêre qui dj’ so min.me one miète pôve.

 

Différence 327

Des tournures impersonnelles comme « ce me semble », « cela m’est impossible », « cela m’est égal » sont inconnues en wallon. On dit : « mi chone-t-i », « c’ è-st-impossibe por mi », ça n’ mi faît rin ».

 

Différence 328

Dans les propositions subordonnées de volonté, le wallon cite le sujet, puis commence la subordonnée.

ex. : (W) Li cia qu’èst rogneûs, qu’ i s’ grète.          (F) Que celui qui est galeux se gratte.

               Li cia què l’ vout, qui l’ prinde.                       Que celui qui le veut le prenne.

               Lès djins qu’ont l’gripe, qu’is                          Que les gens qui ont la grippe se

               s’ sognenuche.                                                   soignent.

 

Différence 329

« Quel / quelle que + soit »; « quels / quelles que + soient » + nom se rendent par

« qué ... qu’ i » + verbe au subjonctif.

ex. :

(CW) « Nos-ôtes, ti mousses à l’ uch qué timps qu’ i faîye. » (A. Laloux, Mi p’tit voyadje dès-ans au long, p.139)

(F)   Nous, on va à la porte quel que soit le temps.

 

Différence 330

En wallon, un nom sans préposition peut être apposé à un pronom COI.

ex. :

(CW) « I n’ èsteut nin co d’ one eûre o l’ cariére cit’-là, qui s’ feume, Marîye-Djène, ça lanceut o vinte à ûlè d’ mau. » (Laloux,1969,91)

(F) Il n’était pas depuis une heure à la carrière, celui-là, que sa femme, Marie-Jeanne, eut des élancements au point d’en hurler de douleur.

 

Différence 331

Renforcement avec la conjonction « qui »

ex. :

(CW) « Ô, ayi ça! qui dj’ dîreu bin ç’ qui vosse curè vos-a contè. » (Laloux,1969,38)

(F)  Oh oui ! Je dirais bien ce que vous a conté le curé.

 

Différence 332

« Qui » introduit une proposition incise

ex. :

(CW) « … is n’ së lâvin’ qu’ aus-ocâsions, i së r’chërin’, qu’ on d’jéve. » (Gaziaux,1987,311)

(F) Ils ne se lavaient qu’aux occasions, ils se récuraient, disait-on.

« C’ èst d’djà couru lon / = au Japon /po rin, qui vos m’dîroz! » (Chake payis, chake môde, VA 19/7/99)

C’est déjà courir loin pour rien, me direz-vous!

(OW) « Ti n’ as jamés vèyu dès pîrètes ? qui Zîré rèspond. (...) » (Sohy Louis, Djouwer à pîrètes, EB 167, 1963)

Tu n’as jamais vu de noyaux, lui répond Zîré.

« C’ èst l’ vré », qu’ Aline a rèspondu. (Bal,1998,13)

C’est vrai, répondit Aline.

(SW) « Qwè pou in plaîji, qu' i d'mande Gustin. » (Louline Vôye, Lès vîyès crwayances, AL 24/1/84)

Quel sorte de plaisir, demande Gustin.

 

Différence 333

Juxtaposition de phrases - la phrase complexe

Une succession de subordonnées elliptiques en wallon est une chose loin d’être peu courante.

ex. :

(CW) « Ca dès ritches, co pés qu’ dès canadas au rôyadje. Mins dès cias po apè èwou qu’i gn-a èt rafoûrè lès pôvès djins, ... (Laloux,1969,28)

(F) Car des riches, il y en a encore plus que des pommes de terre lors de leur arrachage. Mais ceux qui volent où il y a de l’argent et garnissent les râteliers des pauvres gens …

« Qwè-z-è fé asteûre ? Rachonè tos lès bokèts bin come u faut, èt, à l’ vèspréye tote basse, lès-alè ètèrè su lès Comognes, dès sauvadjes trîs, padrî l’viyadje. Et « point  final », sins l’ Blanc Goyèt èt li P’tit Bêrt … Mau fiants, cès deûs-là ! » (id., p.34)

Que pouvait-on en faire maintenant ? Rassembler tous les morceaux, bien comme il faut, et, à la nuit tombée, aller les enterrer sur les Comognes, des terres en friche derrière le village. Et « point final », sans le Blanc Goyèt et le P’tit Bêrt… Des vilains, ces deux-là !

« … faléve aler à pid avou maman èt dès vôyes parêyes!  Et maman avou sès cabas èt dès-èfants trin.ner à sès cotes! » (Gaziaux,1987,245)

Il fallait aller à pied avec maman et (sur) de tels chemins ! Et maman avec ses paniers à provisions et des enfants qui traînaient accrochés à elle !

 

 

4.10 Le préfixe

 

Différence 334

Le préfixe « r- » du verbe « è raler » se place après la forme verbale conjuguée à l’impératif présent.

ex. : (W) Va r-z-è !               (F) Va-t-en !

 

(CW) « Ayi, alans è ! » (Laloux,1979,95)

(F) Oui, allons-nous en !

« Vos r’vêroz èn-ôte côp, alez r-z-è aîdî vosse moman! » (Wartique E., in: CW 12/54, p.183)

Tu reviendras une autre fois, va-t-en aider ta maman!

(EW) « Alez-r'-z-è » èssonle. (Grafé,1987,29)

Repartez ensemble !

(SW) « Dji su aradjêye ! Djans-r-z-è ! » (Dedoyard,1993,13)

Je suis enragée ! Retournons à la maison !

 

Différence phrase répétitives principales: avec inversion: cf 3.1.7

21:13 Écrit par justitia & veritas dans education | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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