15/04/2010

Différence 29

Différence 29

En wallon, il existe une syncope d’un « o » intérieur dans la conjugaison de deux séries de verbes:

1)      « voleûr », « poleûr » (vouloir, pouvoir) (EW : = « v(o)lu », « p(o)lu » (CW)):

« come vos v’loz » (comme vous voulez), « i n’ p’la » (il ne put), « s’ is p’lèt » (peuvent) (EW) ;

2)      en est-wallon (au moins dans le parler de La Gleize), certains verbes en « -ower »: « tower », « atower », « bower », « sower », « rumower » (tuer, tutoyer, faire la lessive, sécher, remuer) :

« nos l’ twans », « i l’ atwéve », « èle va bwer », « i fâreût swer », « il èst rumwant »

      (nous le tuons, il le tutoyait, elle va faire la lessive, il faudrait sécher, il est   

      remuant).[1]

 

ex. :                                                              

(SW) « One fwârt bèle comére qu’on p’lot prinde por one sicolîre … » (Leroy Willy, Li toûrsiveûs (G. Willième), AL)

(F) une fort belle femme que l’on pouvait prendre pour une écolière

 

 

1.3.8 Aphérèse

 

L’aphérèse est la suppression d’un son (ou d’une syllabe) à l’initiale d’un mot (ex: le français « lors » pour « alors »).

 

En wallon, on aura des cas d’aphérèse avec les sons « i » , « o » , « è »  .



[1] Ici, la tendance de la liquide « l » et de la semi-C « w » à se souder aux plosives ou à « s » provoque la chute de l’ « o » atone. (Remacle,1937,39)

 

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Différences 30-34

Différence 30

Aphérèse en wallon, pas en français avec quelques mots perdant leur voyelle initiale après une voyelle.

 

« i- »  avec le pronom sujet « il », « èl(l)e » à l’intérieur des phrases (entre voyelles)                                                 ex. :                                                             

(CW) « ..., l’ cë qu¨d’véve fé lès vôyes dë Djodogne, (...) è bén!, ‘l èstot nèyi quand ‘l arëvéve. » (Gaziaux,1987,152)

(F) Celui qui devait se rendre à Jodoigne, eh bien, il était trempé quand il arivait.

(CW) « … Mins ‘l èst si taurd / Po fé riv’nu lès tchaurs. » (Guillaume,2001,23) 

Il est si tard / Pour faire revenir les chariots.

(SW) « Quand  'l avéve beû s' gote, i rintréve. » (Francard,1980,205)

Quand il avait bu sa goutte, il rentrait.

 

« o- »                                                  

ex. : (W)                                                               (F)

(EW) « Po ‘ne zafe, c’ è-st-ine lêde, ine foû lêde èco. » (Maquet,1987,20)

Pour une taloche, c’en est une laide, une très laide.

 

« è- »                                                  

ex. : (W)                                            (F)

(OW)  « Du sûs ‘ne miyète èscrand ... » (Ecomusée,1985,35)

Je suis un peu fatigué.

 

Aussi avec le pronom sujet « èl(l)e » à l’intérieur des phrases (entre voyelles) : 

(SW) « Quand 'lle ârè vindou s' mohon, èle s'rè ritche. » (Francard,1980, 205)                                            

Quand elle aura vendu sa maison, elle sera riche.

De même avec « èco » (encore): « il èst co là » (il est encore là), « i vike co » (il vit encore); « ènnè » (en):  « i ‘nn’ a » (il en a), « i ‘nnè sét » (il en sait).[1]

 

 

1.3.9 Flexion

 

La flexion est un procédé consistant à ajouter à la racine du mot des désinences exprimant des catégories grammaticales ou des fonctions syntaxiques.

 

Différence 31

La flexion de l’adjectif qualificatif féminin pluriel antéposé (la forme « -ès ») est typiquement wallonne.

Suivant Elisée Legros (ULG), « la plus grande partie du domaine wallon, et dans une certaine mesure, la Picardie septentrionale connaissent l’adjonction d’un « è » (et devant voyelle

« -èz »), écrit « ès » (« ès- » devant voyelle) à l’adjectif féminin précédant immédiatement le substantif ». (Legros,1981,161)

 

Exemples en sud-wallon: « dès bèlès crompîres » (de belles pommes de terre) ; « quékès djins » (quelques pesonnes) ; « dès blankès pîres » (des pierres blanches) ; « dès vètès poumes » (des pommes vertes); « dès cûtès peûres » (des poires cuites) ; « dès grossès bièsses » (de grosses bêtes) ; « dès longuès /-k-/ plantches » (des planches longues); « dès pôvès /-f-/ djins » ; « dès brâvès /-f-/ fèmes », etc.  (Francard,1980,178)[2]

Exemples en est-wallon : « dès bèlès mohones », « dès bèlès mâhons » (Ard. liég.) (Legros,1981,162)

En ouest-wallon : (Coppens, Grammaire aclote) (Nivelles) « suwer à grossès goutes », « dès p’titès djins », « dès viyèyès-istwâres ».

En centre-wallon : « dès laîdès /t/ djins », « dès blankès fleûrs ».[3]

 

ex. :                                                             

(CW) « one tchèréye di bèlès vètès sètchès chètes … » (virelangue connue)

(F) une charretée de beaux morceaux de bois, verts et secs (« chète » = morceau de bois fin)

(EW) « so l’ trèvint d’ cinquès longuès-an.nêyes » (Houbart-Houge Jeanne, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

pendant cinq longues années

« Totès min.mès blankès-âmes

qu’ on n’ veût nin » (Chastelet,1990,7)

toutes mes âmes blanches que l’on ne voit pas

(OW) « « … Quand mès sètchès lèpes sont r’mouyîyes. » (Henry Pierre, Soul’rîye, p.108, in: W+ L)

quand mes lèvres sèches sont humectées

« … èn léchèz nîn arachî vos racènes pa lès bèlès promèsses qu’ on vos splike ... in francès. » (Duval Félix, Si vos volez scrîre in walon, p.72-73, in: W+ L)

Ne laissez pas arracher vos racines par les belles promesses que l’on vous explique … en français.

(SW)(+ rare) « Po v’ ragoster one miète, dj’ apwate dès bounès vôtes. » (Ninah l’ Ardennaise, Lu r’warit-tot, in: Francard, 1982)

Pour vous faire reprendre appétit, j’apporte de bonnes crêpes.

 

Différence 32

L’adjectif numéral cardinal « mile » fait « milès » devant un féminin pluriel.

ex.: 

(CW) « ... dès milès grossès pates di leups » (A. Laloux, in : CW, avril 1981, p.53)

(F) des milliers de grosses pattes de loup

 

 

1.3.10 Etymologie / évolution phonologique

 

Différence 33

Le « -s- » de « baston, coster, pausse, bièsse, wèspe, vèrdausse, maîsse, mèstî, ... »  (bâton, coûter, pâte, bête, guêpe, verdâtre, maître, métier, …) provient du latin et a disparu en français.

 

Son maintien rappelle celui des deux « 1 » de « illa » : « ille (a v'ni) » ou « èlle (a v'ni) ». (Remacle, 1952,36)

 

Différence 34

Déformations

On retrouve dans diverses langues romanes et germaniques des modifications consonantiques à l’écart de l’évolution phonologique de leurs sœurs.

ex. : ESP « coronel » / I « colonel » ; N « donker », ALL « dunkel »; F « corridor » , W « colidôr » ; D « Säbel » > F « sabre » ; L « titulum » = NL « titel », ENG « title », ALL « Titel » et F « titre » ( à côté de « titulaire »).

De même, le latin « capitulum » = NL « kapittel » , F « chapitre » ; L « epistola » – F « épître ».

 

Ainsi, le wallon a parfois conservé davantage certaines consonnes étymologiques, contrairement au français :

1) L « palea » (balle de blé) > W « paye » (balle de blé) – F « paille » (tige de blé)

2) Francique * « hapja » > W « hèpe » - F « hache »

3) L « oleum » > W « ôle » – F « huile »

4) L « berbex » > W « bèrbis »  - F « brebis »

5) Gr « bérullos » > W« bèrikes » - F « bésicles »



[1] Egalement :

« il », « ille »,  « èlle »(EW) : « adon (is) v’nint so volà »; « adon, ‘l a v’ni », « qwand ‘le vuna », « qwand ‘ll’ ont v’ni », « duvant ‘le nu v’nèhe » (avant qu’elles ne viennent), « qwand qu’ v’ni ». (Remacle,1937,38)

On dit : « adon v’na » ou « v’nint so volà » (alors il vint ou ils vinrent vers ici); mais « adon ‘le vuna », « ‘le vunint so volà », « qwand v’na » mais « qwand ‘l a v’ni » (devant voyelle, au masculin), « qwand ‘le vuna », « qwand ‘lle ont v’ni » (au féminin).

L’aphérèse coïncide en général avec l’omission de la conjonction « quu », que. En fait, c’est « qu’ i » qui disparaît.

On dit « qwand qu’ n’ è nin là » avec la conjonction ou plutôt « qwand n’ èst nin là » sans la conjonction;  de même, on dit plutôt « qwand ‘l è là » que « qwand qu’ (il) èst là ».

Au féminin, le pronom subsiste: « qwand ‘lle èst là », « qwand qu’ èlle èst là ».

Dans ce parler, le pronom s’abrège jusqu’à disparaître mais il ne semble pas qu’il s’omette.

(Remacle,1937,38-39)

 

[2] « A Bastogne, les finales « -ès » ont disparu aujourd’hui, mais on trouve encore « dès bounès vôtes » dans Lu rwarit tot d'Emma MATHELIN (rédigé au début de ce siècle) ; de même, « dès mâlès fèmes » dans la version de la Parabole de l’ enfant prodigue pour Bastogne. »

« On constate que toutes les consonnes précédant la finale « -ès » sont sourdes, ce qui s'écarte du processus de dérivation en wallon (et en français). »  

« En liégeois et en gleizois, la corrélation de sonorité est maintenue pour les occlusives, mais neutralisée pour les fricatives : « dès grozès pîres », « dès brâvès djins » ; mais « dès grandès /-t-/ fignèsses », « dès sâvadjès /-t∫-/ bièsses ». » (Francard, 1980,180)

 

[3] Néanmoins, il est nécessaire de nuancer cette règle générale suivant les cas et les régions. (Legros,1981,161-189) Ainsi, dans le sud-est de l’est-wallon, tous les adjectifs-participes passés et ceux de forme analogue en « é », « i », « ou » ne changent pas au féminin : « one trawé(e) tchâsse », « one âhi(e) ustèye », « one vîhe fème qu' èst tote bahou(e) » (baissée, courbée), « èlle è djinti(e) » (gentille), « du l' crou(e) tchâr » (de la viande crue). Au pluriel, l'uniformité subsiste, car ces adjectifs ne prennent pas l' « è » qui affecte le féminin à ce nombre (ex. : « dès djônès fèyes »). On dit donc: « dès trawées tchâsses », « dès-âhies-ustèyes », « dès bètchoues pîres », « dès r'tchâfées crompîres », « dès djinties bâcèles ». (Remacle,1937,42)

 

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Différences 35-36

1.4 Catégories grammaticales

 

1.4.1 Pronom

 

Pronom relatif

Différence 35

Il y a en wallon une différence de prononciation et, par conséquent, d’orthographe, entre le pronom relatif « qui » /kI/ et le pronom interrogatif « quî » /ki/ ; le français ne fait pas cette différence.

ex. : (F) Qui ? - L’homme qui travaille là-bas.  (W) Quî ? - L’ ome qui boute lauvau.

              Qui dites-vous ?                                          Quî d’djoz ?

              l’ oiseau qui s’ enfuit                                   li mouchon qui pète èvôye

              Y aille qui veut                                             Î vasse quî vout                                          

           - dans les proverbes :                                     

             Qui naît chat égratigne.                                 Quî (qu’) vint d' tchèt, grète.

                                                                                   Quî vint d’ poye grète. (Remacle,1937,47)

 

 

 

1.4.2 Nom

Différence 36

En wallon, il n’y a pas de différence de prononciation entre le singulier et le pluriel des noms.

ex. : (CW)                                                           (F)                              

on tch’vau

dès tch’vaus

un cheval

des chevaux

on vitrau

dès vitraus

un vitrail

des vitraux

on-ouy

dès-ouys

un oiel

des yeux

on-ou

dès-ous

un oeuf

des oeufs

on boû

dès boûs

un boeuf

des boeufs

on canâl

dès canâls

un canal

des canaux

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2 Morphologie

2 MORPHOLOGIE

La morphologie wallonne se distingue de la morphologie française en de nombreux points.

 

Ainsi, 47 différences fondamentales ont été répertoriées.

 

2.1 Phénomènes généraux

 

2.1.1 Homonymie

 

Différence 1

La langue wallonne n’est pas exempte d’homonymes, mais en a beaucoup moins que la langue française. Ils sont de plus en partie différents. (Bertrand, 1979, 1/2; Didier,1972)

 

français

wallon

 

ache - hache

hach (EW) - hatche

aile - elle

éle - èl(l)e

aine – haine

in.ne –hayîme (EW)

alêne - haleine

alène – halin.ne

allée – aller – hâler

aléye – aler – håler (EW)

amande - amende

amande - aminde

amen – amène/amènes/amènent

âmèn’ - amwin.ne(s) / amwin.nenut ou amwin.nenuche (subj.)

an – en

an – en / è

ancre – encre

anke - intche

ancrer – encrer

mète à l’anke – passer à l’ intche

antre - entre - entre(s)/entrent

(...) - inte / ètur - intère(s)/intèrenut ou intèrenuche (subj.)

août - ou – où

awous’ - ou, ou bin - èwou(-ce)

apprêts - après

aprèstadjes - après

au / aux – aulx - eau - haut - ho! - oh! - ô - os (pl)

au(s/auzès) - as - êwe - hôt -eûw! - ô - ô - ouchas

aurais - aurai : j’aurais - j’aurai

dj’aureu - dj’aurè

aurifier – horrifier

(ôrer) - èspaweter

autan - autant - ôtant

(...) - ostant - ritirant

autel - hôtel 

auté - hôtél

auteur - hauteur

auteûr - hôteû

avant - avent

divant – Lès-Avints

ayions - ayons: que nous ayions - ayons!

qui nos-eûchanche - eûchans! (CW)

bon - bond

bon - r(i)bond

bord - bore

bôrd/bwârd - bôre

bouchée - boucher - boucher

bouchîye - boutchî - stoper

boue - bout - bous/bout

broûs - dibout - boû/boût

bouleau - boulot - boulot

bôlî -  mèstî – boulot

c’était - s’était

c’èsteûve - s’aveûve

ça - çà - sa

 ça, çola - çà -  si, s’, si-t-  

camp - quand - quant (à)

camp - quand / qwand (EW) - tant qu’ (à)

canaux - canot

canâls - canot

car - car - quart

ca - câr - quârt/qwårt (EW)

cartier - quartier

cwårdjètî (EW) - quaurtî / qwårtî (EW)

ce - se

ci ...-ci; ci ...-là  - si, s’ 

céleri - sellerie

célèri - sèlerîye

celle - cèle(s)/cèlent - scelle(s)/scellent  - sel -selle

li cène – catche(s)/catchenut ou catchenuche (subj.) – sèle(s)/sèlenut ou sèlenuche (subj.)– sé – sèle

cent - sang - sans - sens/sent

cint - song – sins – sins/sint

cerf - serre - serre(s)/serrent

ciêr - sêre - sère(s)/sèrenut ou sèrenuche (subj.)

ces - saie - sais/sait - ses - s’est - c’est

cès (-ci/là) - såye (EW) - sé(s)/sét - s’ a - c’ èst

cet/cette - sept - set

ci(t-) (-ci/là) - sèt’ - sèt’

chair - chaire - cher/chère - chère

tchau - chaîre - tchêr(e) - fricasse (EW)

chat - chas - shah

tchèt - trau - shah

chaud - chaux - chaut

tchôd - tchaus’ - (…)

chaume - chôme(s/nt)

strin (toit de chaume) ou steûle (éteule) – chôme(s)/chômenut ou chômenuche (subj.)

cheik - chèque

cheik /εjk/ - chèke

chlore - clore

clôre /o/ - clôre (le ‘ô’ de ‘tchôd’)

cire - cire(s/nt) – cirre - sire

cire / cére (EW) - cire(s)/cirenut ou cirenuche – (…) – sîre

clac! - claque - claque - claque(s/nt)

clak ! - clape - clake - clatche(s)/clatchenut ou clatchenuche (subj.)

clic! - clique

clik ! - clike

cœur - chœur

keûr / coûr (EW) - keûr

coi - quoi

keû (EW) – qwè

coin - coing

1) cwin; 2) cwane; 3) cougnèt - cwagne

coke - coq - coque

coke - cok - scaugne (CW) / hågne (EW)

collet - collais/t/aient - colley

hatrê (EW) - coleûve/coleûve/colin.n – (…)

comptant - contant - content

comptant – contant – contint

cor - corps

côr - cwârp

cote - côte - cotte

cote - cwasse / tiène / côte - cotrê (EW)

cou - couds/coud - coup - coût

cô - keûd(s) / keûd - côp - costindje (CW / costèdje (EW)

cour- courre - cours - cours/court/courent - court - court (tennis)

coû - coûre - coûrs - coûr(s)/coûrenut ou coûrenuche (subj.) - coût - coûrt

couvant - couvent

covant - covint

couvée - couver

covéye - cover

croisé - croisée (1 carrefour ou  2 fenêtre)) - croiser

crwèsé - 1 crwèjelante (SW) ou 2 fènièsse (CW) - crwèser

croie/s/ent - croîs/croît - croix

crwè(s)/crwèyenut ou crwèyenuche (subj.) - cré(t) ou crèche - crwès / creûs (EW)

cuir - cuire

cû(r ) - cûre

cygne - signe

cîne (EW) - sine / sègne (EW)

dans - d’en

dins; è; o - d’è(nn’)

défaire - défère/s/ent - déferre/s/ent

disfé - dèfère(s)/dèfèrenut ou dèfèrenuche (subj.) - disfère(s)/disfèrenut  ou disfèrenuche (subj.)

défais/défait - défet

disfaîs/disfaît – (…)

déférer - déferrer

dèfèrer - disfèrer

défilé - défiler

dèfilé - dèfiler

dégoûter - dégoutter

disgoster - sgoter

desceller - desseller

dissèler - dissèler

dessert - desserre/s/nt - dessers/dessert

dèssêrt - dissère(s)/dissèrenut ou dissèrenuche (subj.) - dissiè(ve)/dissièt ou dissiève

do - dos

dô – dos

du - dû

do (CW), dè (EW) - divu

dur - dure/s/nt - durent

deur - dure/s/durenut ou durenuche (subj.) - ont d’vu

eau - haut - os

êwe - hôt - oucha / ohê (EW)

enter – hanter

grèfer - håbiter (EW)

étai - étais/t/aient

stipe - èsteûve /èsteûve / èstin.n

étang - étant - étend/s

vèvî - èstant - stind/stinds

être - être - hêtre

(i)èsse - (one) saquî - fau (ou hèsse)

étrier - étriller

stri - striyî

euh - eux - oeufs

eu - zèls (zias (OW), ieûs’ (OW) - oûs

face - fasce - fasse/s/nt

face - (…) – faîye/faîyes/faîyenuche

faim - fin - feins/feint - fin

fwin - fin -  fé lès qwanses/ fét… - fin

faire - fer - ferre/s/nt

fé - fiêr / fièr - fère/s/fèrenut ou fèrenuche (subj.)

fait - fais/fait - faix

faît - faî/faîs/faît - fa

faîte - faite/s - fête - fête/s/nt

crèsse - faîte/s - fièsse - fièstéye/s/fièstéyenut ou fièstéyenuche (subj.)

faon - fend/s

djon.ne cièr - find/s

fausse/s/nt - fosse

fausse/s/faussenut ou faussenuche (subj.) /o/ - fosse (‘o’ de ‘boss’ en anglais)

fermant - ferment - ferrement

sèrant - louwin - fèradje

fil - file - file/s/nt

fi - file - file/s/filenut ou filenuche (subj.)

flac! - flaque

flatch ! - basse

flamand - flamant

flamind - flamant

foi - foie - fois

fwè - féte - côp

for - fore/s/nt - fors - fort - fort

(…) - fore/fores/forenut ou forenuche (subj.) - sauf - fwârt - fôrt

forais/t/aient - forêt - foret

foreûve/foreûve - grand bwès - forèt

frai - frais - frais - frais

froyadje - fris’- costindjes

fumée - fumer

fumêre / foumîre (EW) - fumer / foumer (EW)

gai(e) - gué

gaîy(e) - wé

genet - genêt

spagnolî - djinièsse

goûte/s/nt - goutte

gostéye/gostéyes/gostéyenut ou gostéyenuche (subj.) (ou saye/sayes/sayenut ou sayenuche (subj.)) - gote

grâce - grasse

grâce - crausse

guais - guet

(…) - awaîte

guère - guerre

wêre - guêre

hockey - hoquet

hockey - licote

hors - or - or - ores

foû - ôr - portant - asteûre

houe - houx - où - ou - août

hawe - grète-cu - èwou / wice (EW) - ou - awous’

il(s) - île

i(s) - île

joue - joue/s/nt - joug

massale - djoûwe/djoûwes/djoûwenut ou djoûwenuche (subj.)

la - là - l’a

li, l’ - vêlà - l’a

laie - lai - lait - laid

trôye di singlé - (…) - lacia - laîd

lard - lare

laurd / lård (EW) - lâre

leur - leur - leurre - leurre/s/nt

leû - lzeû - atrape - lure/lures/lurèt (EW)

lie - lie/s/nt - lis/lit - lit

fondrèyes (EW) - lôye/lôyes/lôyenut ou lôyenuche (subj.) - lîs/lît - lét

lui - luis/t

li / lu (EW) - lûs/lût

lut - luth - lutte

(…) - lut’ - lûte

luter - lutter

stoper - lûter

ma - m’a

mi, m’ - m’a

mai - maie - mais - mes - mets/t - mets - m’ est - m’ ais - m’ ait - maye

maîy / mây (EW) - mê (EW) - mins - mès - mèts/mèt - amagnî (EW) - m’ èst - m’ eûche (CW) - m’ eûche - (…)

main - maint

mwin / mangn (OW) - pl : mwints

maire - mer - mère

mayeûr - mér - mére

maître - mètre - mettre

maîsse - mète - mète

mal - mâle - malle

mau - maule -  male

mante - mente/s/nt - menthe

afûleûre (EW) - mintiche/mintiches/mintiche ou mintichenuche (subj.) - minte

marchant - marchand

rotant - mârtchand

marché - marcher

mârtchi - roter

mari – marri - marie/s/ent

ome - pèneûs - mârîye/mârîyes/mârîyenut ou mârîyenuche (subj.)

maure – mords/d - mors - mort

maure - agne/agnes - môrs - mwârt

mite - mythe

mote - mite

moi - mois

mi - mwès/meûs (EW)

mon - m’ont

mi, m’ - m’ont

mot - maux

mot - maus

mur - mûr - mûre

meur - meûr - meûmeûre

ni - n’y

nu - n’î

nom - non

nom - non

noue - noue/s/nt - nous

lètche (EW) - nuke/nukes/nukenut ou nukenuche (subj.) - nos

nuit - nuis/t

nût / nut’ (EW) - nû/nûs/nût (arch.) (EW)

occident - oxydant

ocsident - ocsidant

on - ont

on - ont

on + V; on n’

on-z- +V; on n’

oui - ouï - ouïe - ouies

oyi/ayi (OW) /awè (EW)/ ây (SW) - oyu - oya - wîyes

paie/paye - paie/s/ent - pais/paît - paix

paye - paye/payes/ payenut ou payenuche (subj.) - paîs

pain - peins/t - pin

pwin – pond/s (EW) - pin

pair - paire - perd/s - père

paîr - paîre – pièd/s - pére

pan! - pan - paon - pends/pend

pèn’ ! - pagna (chemise) ou bokèt d’ meur (pan de mur) - pawon / påwe (EW) - pind

panne - paonne

pane - frumèle påwe (EW)

panse - panse/s/ent – pense/s/ent

panse - bindeléye/s/bindeléyenut ou bindeléyenuche (subj.) - pinse.s/pinsenut ou pinsenuche (subj.)

panser - penser - pensée

bindeler - pinser - pinséye

par - pare/s/ent - pars/part - part

pa (ou pâr, dans des cas précis) - agadeléye /s/-enut ou –enuche (subj.) - m’ èva/t’ èvas /  èva - paurt

parc - parque/s/ent

pârk - pârkéye/s/pârkéyenut ou pârkéyenuche (subj.)

pari - parie/s/ent

wadjûre - wadje/s/wadjenut ou wadjenuche (subj.)

peau - pot

pia / pê (EW) - pot

peine - peine/s/ent - pêne - penne

pwin.ne / pon.ne (EW) - (<fé dè l’ pon.ne) (EW) – lançant (CW), pièle (EW) - pène

pèle/s/ent - pelle

pèle/s/pèlenut ou pèlenuche (subj.) - chipe

peu - peux/peut

wêre – pou/pous/pout

pie - pie - pis - pis

agasse – (couleur) (…) - pés (vache) - pîre / pés (EW)

pinçon – pinson

pièrcèt / piçon (EW) - pinson

pli - plie – plie/s/ent

pli / pleû (EW) - playis’ - plôye/s/plôyenut ou plôyenuche (subj.)

plutôt – plus tôt

putôt, pus rade - pus timpe

poids - pois - poix

pwèds - pwès / peûs (EW) - aurpi / hårpih (EW)

poing - point - point

pougn - pont - pont

pool - poule

pool - pouye / poye (EW)

porc - pore - port

pourcia / pourcê (EW) - pôre - pôrt

pou - pouls

pû / piou (EW) - pôs’ (EW)

près - prêt - prêt

près - prèt’ - prustadje

prix - prie/s/ent - pris/prit/prît

pris - prîye/s/prîyenut ou prîyenuche (subj.) - prinda(s)/prinda/prindasse (EW)

puis - puis - puits - puy

pwîs / adon - pou - pus’ - (…)

quand - quant - qu’en

quand - tant qu’ - qu’è(nn’)

raid - raide

raîd’ - rwèd(e) / reûd(e) (EW)

raisonner – résonner

raîsoner - si toner

rang - rend(s)

rang - rind(s)

ras - raz

ras’ - (…)

reine - rêne - renne

rin.ne - bride - rène

ris (de veau) - ris/rit/rient/rie/ries/rît/ri - riz

(…) - rîs /rît / rîyenut ou rîyenuche (subj.); rîye/rîyes; riyiche; rî - riz

rôti – rôti (p.p.) - rôtie

rosti - rosti (p.p.) - rostîye

roue - roux

reuwe - rossia / rossê (EW)

ru -rue - rue/s/ent

ri - reuwe - hine/s/hinèt dè cou (EW)

sain - saint - sein

hêtî (EW) - sint - tète

salle - sale

sâle - man.nèt (ioûrd (OW), måssî (EW))

saut - seau - sceau - sot

saut / hope (EW) - saya - sau - sot

scie - si - si - sis

sôye - si - si - (…)

seiche - sèche - sèche/s/ent

(sèche) - (…) – sètchi/s/sètchichenut ou sètchichenuche (subj.)

serai – serais : je serais - je serai

dji sèreu - dji sèrè

si - s’y

si, s’ - s’î

soi - soie - sois/t/soient

li(-min.me) - seûye (EW) - fuche/fuche/fuchenuche (CW)

son - sont

si, s’ - sont

sou - sous - saoul / soûl

sou - dizos - sô

souris - souris/t/sourie(s/ent)/souri

soris - sorîs/t/sorîye(-s/sorîyenut ou sorîyenuche (subj.))/sorî

statue - statue/s/ent - statut

stateuwe - (statûwe/s/statûwenut ou statûwenuche (subj.)) - statut

suie - suis - suis/t

soûfe (EW) - so - sû/sûs/sût

sur - sûr – sûr (aigre) - surent

su - sûr - seur - ont seû

ta - t’a

ti, t’ - t’a

tache – tâche

tatche - bèsogne

tan - tant - taon - temps - tend/s

chwaches / hwèces (EW) - tant- tayant – timp - tinkîye/ts

tante - tente - tente/s/ent (1 inciter ; 2 essayer)

matante - tente - 1 tinte/s/tintenut ou tintenuche (subj.) ; 2 saye/s/sayenut ou sayenuche (subj.)

tard – tare - tare

taurd - târe (masse) - grand mèhin (EW)

taure – tord/s - tore - tors - tort

(…) - twad/s – (…) - twârdu - twârt

taux - tôt

taus - timpe

té - thé

té - té

tête - tète/s/ent

tièsse - tète/s/tètenut ou tètenuche (subj.)

toi - toit

twè (ti) - twèt / teût (EW)

ton - t’ont

ti, t’ - t’ont

toue - tout/tous - tout - tout - toux

touwe - tot/tos - tot - tos’

trop - trot

trop - trotadje

tu - tue/s/ent - tus/tut

ti (vos) - tûwe/s/tûwenut ou tûwenuche (subj.) - têha (EW)

vaine - veine

(…) - win.ne / von.ne (EW)

vair - ver - verre – vers (poésie)- vers - vert

(…) - viêr - vêre - vêrs - viès - vèt’ 

vaux - vaux/vaut - veau - vos

vaus - vaus/vaut - via / vê (EW) - vos (’o’ de ‘boss’ en anglais)

verseau - verso

(vèrsau) - vêrso

vice - vis - visse/s/ent

vice - vis’ - vistréye/s/vistréyenut ou vistréyenuche (subj.)

vie - vis/vit - vis/vit/vît

vîye ou vikaîrîye ou vikadje - vike/s - vèya/s/vèyasse (EW)

vin - vingt

vin - vint’

voeu - veux/veut

veû - vou/vous/vout

voie - voie/voies/voit/voient - voix

vôye - vôye/s/vôyenut ou vôyenuche (subj.) - vwès

vos - veau

vos - via / vê ( EW)

voue - vous

vowe (EW) - vos

 

 

2.1.2 Etymologie

 

Différence 2

Dans plusieurs mots, le wallon respecte la forme latine originelle, contrairement au français.

ex. : (L) « libellus » > (F) « niveau »  - (CW) « livia » (« livê » (EW) (cf anglais : « level »)

              « mespila » >      « nèfle »                 « mèspe » (cf néerlandais : « mispel »)    

              « nivicare » >      « neiger »               « nîver »

 

 

2.2 Catégories grammaticales

 

2.2.1 Article

 

2.2.1.1 Article défini

 

Différence 3

Le wallon a la même forme de l’article défini au masculin et au féminin singulier.

 

ex. (W) li gamin                                        (F) le garçon

             li bauchèle (CW), båcèle (EW)          la fille

 

NB :  Correspondent à « li » : « èl » dans une bonne partie de l’ouest-wallon ; « lu » dans une partie de l’est-wallon et du sud-wallon.

Cependant, on entend une distinction entre « li » (masculin) et « la » (féminin) dans une bonne partie du sud-wallon.

 

Différence 4

En wallon, les combinaisons de l’article défini avec des prépositions sont différentes du français.

Prenons des exemples tirés de l’ouest-wallon (à Jamioulx : Bal,1993,23-25) :

 

« à » + article défini

pl: « à lès »: + C; « à lès- »   + V :

ex. : « nè l’ moustrèz nin à lès djins » (ne le montrez pas aux gens), « nos-l’dîrons à lès-

        èfants » (nous le dirons aux enfants), « vos wéterèz à lès vatches, à lès-aumâyes » (vous

        regarderez aux vatches, aux génisses) (= vous garderez les vaches, les génisses).

NB : « à l’s »: pas dans ce parler.

 

Aussi: « aus » + C, « aus-»  + V:

ex. : « disèz-le aus parints » (dites-le aux parents), « d’nèz-in aus-autes ètou » (donnez-en aux

        autres aussi);

        « èl tâye aus fréjes » (la taille (coupe de taillis) aux fraises: là où les fraises abondent, fig. 

        pays de Cocagne), le l.-d. « à l’ fosse aus r’nauds » (à la fosse (combe) aux renards),

        « aus laudjès basses » (aux larges flaques (mares)).

« as » (/a/ + C, /az/ + V): dans des constructions marquant une généralité, une indétermination: « tinde as fuwants » (tendre aux taupes).  (-- « wétî à lès vatches »: des vaches bien déterminées, « wétî as pidjons »: on surveille le vol de pigeons).

 

Même type d’observation dans l’est-wallon avec le professeur Remacle (1952,110-111). Dans le wallon de La Gleize, une distinction analogue à celle notée à Jamioulx (ouest-wallon), qui se marque par l’opposition entre « azès », forme vivante de l’article défini contracté pluriel, à pleine valeur définie, et « âs » qui « s’emploie surtout maintenant dans des cas particuliers où la nuance définie de « les » manque de précision et dans des expressions figées ».  Remacle cite (ibid.) une observation identique faite par l’abbé Bastin dans le parler de Faymonville (région de Malmédy). 

Idem en sud-wallon (à Tenneville : Francard,1980,202), en ce qui concerne les formes combinées dans cette zone. Tandis que le wallon correspond au français pour la traduction de « du »  ((W) do: « i vind do bûre ») et « des » ( (W) dès, dès- + V: « li stâve dès vatches », « li tchan.me dès-èfants »), il faut noter un usage différent pour

- « de la »:

(SW) do l’ + C:                         I vind do l’ crin.me.  (F: Il vend de la crème)

       V + do l’ + s initial + C :   lès bancs do l’ sicole; d’nè do l’ sipècheûr (les bancs de

                                                  l’école ; donner de l’épaisseur)

- « dans la » :

(SW) dins l’  ou o l’ + C:          I gn-a do sâbe dins l’ souke. (Il y a du sable dans le sucre)

                                                  I gn-a trop d’ sè o l’ sope. (Il y a trop de sel dans la soupe)

                                                  Dji va o bwès. (Je vais au bois.)

                                                  Il èstéve dins l’ (ou o) bwès. (Il était dans le bois.)

- « par le, par la »:

(SW) po l’ + C :                        I l’ tènéve po l’ brès, po l’ mwin. (Il le tenait par le bras, par   

                                                  la main.)

(CW) pa li + consonne de nom masculin > pau :

                                                  Passez pau djârdin (Passez par le jardin.) ; tinu pau brès (tenir

  par le bras)

   « par les » :

(SW) po lès:                               I l’ tènéve po lès tch’vès. (Il le tenait par les cheveux)

(CW) pa lès + consonne > paus, pauzès : Èle l’ a pris paus tch’vias. (Elle l’a pris par les

                                                   cheveux.)

                                                   Il èrva pauzès pîd-sintes. (Il retourne par les sentiers.)

 

Remarque

Les prépositions en « -r » 

1 Les prépositions « por » (pour), « sor » (sur), « vèr » (vers), « atoûr » (à) ne s' emploient que devant les formes fortes monosyllabiques des pronoms personnels; ailleurs, elles perdent l' « r » final, ce qui n’est pas le cas du français. (cf Bastin,1909,387)

ex. : (CW) por mi, sor twè, vèr vos, c' è-st-atoûr zèls à djower

        (F)  pour moi, sur toi, vers vous, c' est leur tour de jouer 

Mais (CW) po nos-ôtes, vè vola, atoû m' papa

          (F) pour nous, dans cette direction, autour de mon père.

 

NB : A La Gleize (EW), « atoûr à, âtoûr » (autour), « duzeûr » (au-dessus), « vêr » (vers) sont des adverbes ; « atoû », « âtoû du », « duzeû », « vè » des prépositions.

ex. : « toûrné âtoû d'on-âbe » (tourner autour d’un arbre), mais « dju n'a nin toûrné âtoûr » (je suis allé droit au fait), « i n' fât nin alé atoû » ou « vè lès crompîres » (il ne faut pas toucher aux pommes de terre), mais « i n' fât nin alé atoûr » ou « vêr » (sans complément); « duzeû l' mâhon, mais il èst d'zeûr ». (Remacle,1937,54-55)

 

ex. :                                                              

(CW) « On n’a nin âssez por zèls di bènite eûwe. »  (E. Gillain, Au culot do feu, p.19)

(F) On n’a pas assez d’eau bénite pour eux.

 

 

Remarquons le même phénomène avec l’adverbe « co » (encore) devant une voyelle.

« Ô! c’ èst cor on souvenir byin dous! (Pourtois Louis, Cougnous, p.98, in: Gaziaux, 1998)

Oh, c’est encore un souvenir bien doux !

« cor one miète » (Laloux,1969,15)

(On rencontre aussi « co one miète »)

encore un peu

 

 

2.2.1.2 Article indéfini

Différence 5

En français, l’article indéfini ne se distingue pas de l’adjectif numéral cardinal : « un » ; en wallon, l’article est « on » (« in » (OW)) et le numéral est « onk » (« yink » (OW)). [1]

ex. : (F) un garçon ; un, deux, trois, …

       (W) on gamin ; onk, deûs, trwès, ...

De même qu’en néerlandais: art. « een » - adj. num. card. « één » ; en allemand : « ein(e) » -

« eins » ; en anglais : « a(n) » - « one » .

ex. :                                                            

(CW) « Dj’ a stî è scole au maîsse Bèguin, onk dès mèyeûs maîsses di ç’ timps-là, … » (Gillain,1932,30)

Je suis allé à l’école chez le maître Beguin, un des meilleurs maîtres de cette époque.

(SW) « Si pa dès côps, i gn-aurot unk qui s’rot pou morë, … » (O. Marchal, Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

(F) Si, par hasard, quelqu’un était sur le point de mourir, …

 

 

2.2.2 Adjectif

 

2.2.2.1 Adjectif qualificatif[2]

 

Différence 6

Les formes irrégulières de l'adjectif qualificatif ne sont pas toutes les mêmes en wallon qu'en français.

 

ex. :

IRREG. (C)

fwârt   - fwate

moya  - moyale

rèlî      - rèlîte

rossia  - rossète                                              

REG. (F)

fort   -  forte

muet  - muette

réélu  - réélue

roux  -  rousse   

REG.

fris - frisse

malin  - maline

sètch  -  sètche

IRR. 

frais   -   fraîche

malin  -   maligne

sec     -   sèche

                       

                       

Flexion (dès bèlès fleûrs, ..) : voir 1.3.10

 

 

2.2.2.2 Adjectif possessif

 

Différence 7

La forme de l'adjectif possessif est la même pour le masculin et le féminin aux 1e, 2e et 3e personnes du singulier; en français, la forme est différente.

 

ex.: 1e p. sg.      (W) mi

(F) mon (m. et f.)       ma (f.)

      2e p. sg                ti

       ton (m. et f.)        ta (f.)

      3e p. sg                si                       

       son (m. et f.)        sa (f.)

                     

Différence 8

« Notre » et « votre » se diront en wallon « nosse » et « vosse » devant une consonne, « noste » et « voste » devant une voyelle (Francard,1980,214).

ex. : (F)  notre maison            -  (W) nosse maujone (CW), nosse mohone (EW)

               votre arbitre                        voste ârbite

 

NB : Dans une bonne partie de l’ouest-wallon, on dira « no-n- », « vo-n- »  respectivement au lieu de « voste » et de « noste ».

ex. :

(OW) « El tchanson qui diskint d’ vo-n-alène … / …c’ è-st-à ’ne rouséye qu’ èle èrchène... » (Henry Pierre, Soul’rîye, p.108, in: W+ L)

(F) La chanson qui descend de votre haleine /

 C’est à ‘une’ rosée qu’elle ressemble.

 

Différence 9

L’adjectif possessif français « leur » se dira tantôt « leû », tantôt « leû-z- »  (« -z- »  de liaison) :

- devant consonne : « leû » (sg.), « leûs » (pl.) ;

- devant voyelle : « leû » (pl. « leûs ») + /z/ de liaison. (Francard, ibid.)

ex : (F)  leur problème, leurs problèmes          (W) leû problème, leûs problèmes

              leur auto                                                    leû-z-auto

              leurs autos                                                 leûs-autos

 

Différence 10

Soudure de l’adjectif possessif

Le français possède des exemples de soudure de l’article comme « lierre » (< « *l’ierre » (hederam)), « luette » (< « *l’uette » (uvettam)), « tante » (< « *t’ante » (amitam)), « ma mie » ( < « *m’amie »), « madame ».

Le wallon surenchérit avec un adjectif possessif, comme dans : « matante » (tante), « mononke » (oncle), « mamesèle » (demoiselle), « ma-seûr » (religieuse). On obtient alors les combinaisons suivantes, inexistantes en français :  « mi matante », « nosse mononke », « one mamesèle », « one grande madame », voire « matante ma-seûr » (tante religieuse). (Houziaux,1950,5; Somme,1997,199)

 

 

2.2.2.3 Adjectif démonstratif

 

Différence 11

Le wallon ne possède pas d’adjectif démonstratif neutre quant à l’éloignement.

Le français a un déterminatif pour un déterminé rapproché (ce ..-ci), un autre pour un déterminé éloigné (ce …-là) et un autre sans liaison de sens avec le rapprochement ou l’éloignement : ce, cet, cet, ces.

En wallon, ce déterminatif n’existe pas et on doit opter pour le rapprochement ou l’éloignement. Il en va d’ailleurs de même en néerlandais, en anglais, en allemand et en italien.

ex. :  (F) ce GSM                    (W)   ci GSM-ci (de même : cisse GSM-ci, èç GSM-ci)                                   

               cet homme                         cit-ome-ci ((EW) cist-ome-ci, (OW) èç’-n-ome-ci)

 

(SW) « Lès djins d’ asteûre su d’mandant bin quî-ce què ça plèt èsse, èç’-t-ome-là qui passét inlà. » (Poncelet Jean-Michel, Lès Blancs Cayoûs, AL)

(F) Les gens de maintenant se demandent bien qui pouvait être cet homme qui passait là-bas.

(SW) « I nous-avét bin u, ç’ bon parwassyin-là! » (Hector Léon, La vatche dou keurè d’ Sint-Piére, AL)

Il nous avait bien eu, ce bon paroissien!

(SW) « Ç’ monse deu tchin-là è co bawé toute la noûtie. » (Twisselman,1994,21)

Ce satané chien a encore aboyé toute la nuit.

 

 

2.2.2.4 Adjectif numéral cardinal (cf 2.2.1.2. Diff. 5)

 

 

2.2.3 Nom

 

Différence 12

Les noms de métier en -î donnent -erèsse au féminin .

ex :

(W) bolèdjî / bolèdjerèsse

       boutchî / boutcherèsse.

(F) boulanger / boulangère

      boucher / bouchère



[1] En ouest-wallon, aussi  « yun » dans le cas suivant : (OW) « Batisse, c’ èst yun d’ cès-là. » (p.39, in : Ecomusée régional du Centre, Prèmî-n djoû d’ fosse, 1985, Collectif dialectal du Centre)

 

[2] Voir le chapitre consacré à la phonologie en ce qui concerne la forme plurielle des adjectifs épithètes en « –ès ».

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Différences 13-47

Différence 13

Singulier – pluriel

Le pluriel des noms communs ne se distinguent pas du singulier en wallon, contrairement aux formes correspondantes en français.

ex. :

(W)  on-ouy  - dès-ouys

        on tch’vau  - dès tch’vaus

        on bocau – dès bocaus

        on-oû – dès-oûs

(F) un œil – des yeux

      un cheval – des chevaux

      un bocal – des bocaux

       un œuf – des oeufs

 

Différence 14

Dérivation

En wallon, la racine garde la même forme tant dans le mot de base que dans le dérivé, contrairement au mot français correspondant. 

ex. :

(W) peûmon  - peûmonîye

        nèveû  - nèveûse

        satch  - satchîye

        auji  -  malauji

(F) poumon – pneumonie

      neveu – nièce

      sac – sac

      facile – difficile

 

Autres exemples :

nuk > nuker

nœud > nouer

vîy > viyèsse

vieux > vieillesse

minti > minte

mentir > mensonge

song > son.ner

sang > saigner

swè > swèlant

soif – altérant

 

 

2.2.4 Pronom

 

Les pronoms en wallon ont souvent un fonctionnement morphologique différent de leurs correspondants en français.

 

 

2.2.4.1 Pronom personnel

 

Différence 15

Les formes suivantes, tirées du sud-wallon (Francard,1980,204-213), que l’on retrouvent dans leur ensemble dans les 3 autres dialectes, fonctionnent différemment de leur forme correspondante en français.

 

JE

« dji » 

devant consonne : « dji vinrê » (je viendrai), « dji f'zéve do pwin » (je faisais du pain);

« dj' » 

devant voyelle : « dj' ènn' ê onk » (j’en ai un), « dj' ê moussè foû » (je suis sorti);

devant consonne, en débit rapide : « dj' va o bwès » (je vais dans le bois);

« djo » 

(SW), lorsque « je » est suivi de « le », « les », « lui », « leur » : « djo lès-ê pièrdou » (je les ai perdus), « djo l'zî dîrê » (je le leur dirai) (correspondant à « djè » dans d’autres régions).

ME

(régime, antéposé au verbe)

« mi »

« m' »

 

 

 

 

 

 

« èle mi veut voultî » (elle m’aime);

devant voyelle : « èle m' a apicè po l’ brès » (elle m’a pris par le bras) ;

derrière voyelle et devant consonne : « ni m' di nin dès mintes » (ne me dis pas de mensonges).

ex. : (EW) « Mame, dinez me on pètård, dji l’ a bin mèrité ! » (Warnier,1988,11) (Maman, flanquez-moi une gifle, je l’ai bien mérité !)

MOI 

(régime, postposé au verbe)

« mu »

 

« dène mu ça » (donne-moi ça) ;

 

« m' » 

derrière voyelle : «lèyez m' trankile ! (laissez-moi tranquille)»

MOI 

(régime prépositionnel, ou détaché)

« mi »:

« c'èst por mi » (c’est pour moi) ; « mi, dji pinse qui ... » (moi, je pense que)

TU

NB : tutoiement et vouvoiement en wallon : cf 3.2.3.1

« to » 

antéposé, devant consonne : « to vinrès » (tu viendras); « to pous dîre » (tu peux dire);

« tu » 

postposé, après consonne : « pinses tu ? » (penses-tu ?);

« t' » 

antéposé, devant consonne, en débit rapide : « t' vinrès avou nos-ôtes » (tu viendras avec nous);  antéposé, devant voyelle : « t' ènn' as minti » (tu a menti).

« -se »

Après une forme verbale terminée par une voyelle, la 2ème pers. sing. est rendue par la forme ordinaire du verbe, augmentée de « se » : « vous se beûre one jate ? » (veux-tu boire une tasse ?), « il èst mwart, sés se » (il est mort, tu sais).

TOI

(régime, postposé au verbe)

« tu » 

après consonne : « r'wête tu d' abôrd » (regarde-toi d’abord); après voyelle : « t'tu » : « tin t'tu bin » (tiens-toi bien).

TOI

(régime prépositionnel, ou détaché)

« ti »

« addé ti » (chez toi); « wête à ti » (prends garde) ; « ti èt rin , c’ èst l' min.me » (toi et rien, c’est la même chose) ;

« twè »

« twè » est ressenti comme ‘plus poli’ que le précédent.

TE

(régime, antéposé au verbe)

« ti »

« èle ti veut voultî » (elle t’aime); « dji n' ti prindrê rin » (je ne te prendrai pas); 

« t' » 

devant voyelle : « i n’ t' ême nin, sés-se » (il ne t’aime pas, tu sais); derrière voyelle et devant consonne : « i t' porminerè » (il te promènera).

NOUS (sujet)

« dji » (SW), « nos » (ailleurs)

Comme dans le sud-est de la Belgique romane, « nous » sujet est remplacé par « je» : « dji beûrans » (nous boirons) ; « dj' ons moussè foû » (nous sommes sortis). Ailleurs, on dira la plupart du temps « nos ».

NOUS

(tonique, non conjoint)

« nos-ôtes » 

« c' èst da nos-ôtes » (c’et à nous) ; « nos-ôtes, dji d'meûrans su l’ tièr » (nous, nous habiterons le long du chemin escarpé).

NOUS

(régime antéposé, ou postposé au verbe)

« nos » 

« i nos r'wête » (il nous regarde); « i n' nos djâze pus » (il ne nous parle plus); « vind nos ç' tchamp-là » (vends-nous ce champ-là).

VOUS

(sujet, antéposé au verbe)

« vos » ou « v' » 

 

devant consonne : « vos vinrez » (vous viendrez) ; « v' dîrez à Tchofile qui ... » (vous direz à Théophile que … )

« vos- » ou « v's- » 

devant voyelle : « vos-ârez do l’ baguète » (tu auras des coups de baguette); « v's-av' rêzon » (vous avez raison).

VOUS

(sujet, postposé au verbe)

« ve »

« vinrez ve ? », « savez ve ? »

ex. : (SW) (le voisin à sa voisine) « Avoz ve dit qu' à ma djambe, dju sofère la passion? » (Ninah l'Ardennaise, Lu r'warit tot, in: Francard, 1982) (as-tu dit que ma jambe me fait beaucoup souffrir ?)

VOUS

(régime réfléchi antéposé au verbe, devant consonne)

« v' »

« vos v' lèvez trop târd » (tu te lèves trop tard)

ex. : (EW) (p.18) « Elle èsprinda, v’ di-dje ! » (Boussart,1976,17-18) (elle s’est allumée, te dis-je !)

 

VOUS

(régime postposé)

« ve » 

« téhez ve » (tais-toi)

VOUS

(tonique, non conjoint)

« vos-ôtes »

« amon vos-ôtes » (chez vous) ; « c' èst nin po vos-ôtes » (ce n’est pas pour vous) ; « vos-ôtes, c’ èst nin l' min.me tchôse » (vous, ce n’est pas la même chose).

IL

(sujet, antéposé au verbe)

« i »

devant consonne : « i n' vinrè nin » (il ne viendra pas) ; « i ploût » (il pleut);

« il » 

devant voyelle : « il avéve fwin » (il avait faim) ; « il èstéve brani » (il s’était altéré (le bois))

IL

(sujet, postposé au verbe)

« i  » 

« vinrè-t-i ? » (viendra-t-il ?)

ELLE

(sujet, antéposé au verbe)

« èle »

devant consonne : « èle bache » (elle baisse) ; « èle ranawîe » (elle ravaude) ;

« èlle » 

devant voyelle :  « èlle avéve fwin » (elle avait faim);  « èlle èstéve pièrdouye » (elle était perdue).

 

ex. : (SW) « Èlle ont mètou lès deûs gamines dins chake cwane… » (Dedoyard,1998,7) (elles ont mis les deux fillettes dans chaque coin)

(EW) « … èt volà qu’ èlle aspite foû d’ l’ êwe: … » (Maquet,1987,34) (et voilà qu’elle sort précipitamment de l’eau …)

ELLE

(sujet, postposé au verbe)

« èle »

« pinse-t-èle ? » (pense-t-elle ?)

N.B. IL et ELLE, pronoms sujets, présentent une aphérèse à l'intérieur des phrases (entre voyelles) ; d'où les formes « 'l » (il) et « 'lle » (elle) (exemples : cf 1.3.8). 

LUI

« lu » 

tonique non conjoint : « i vinrè tot seû » (il viendra tout seul); « dji va addé lu » (je vais chez lui);

« lî »

régime indirect, antéposé au verbe : « i lî a vindou on tchamp » (il lui a vendu un champ) ; « i lî prindrè tot » (il lui prendra tout) ;

« lî » 

régime indirect, postposé au verbe : « dène lî do pwin » (donne-lui du pain) ; « dènez lî do pwin » (donnez-lui du pain).

ELLE

(tonique, non conjoint)

« lèye »  

« lèye, c' èst l' mére da Tchofile » (elle, c’est la mère de Théophile) (vocatif) ; « ç' èst por lèye » (c’est pour elle) (complément prépositionnel).

SOI (tonique)

 

est remplacé par  LUI :  « tchakin por lu » (chacun pour soi) .

SE (réfléchi)

« si » 

devant consonne : « Tchofile si bat toudi » (Théophile se bat toujours); « èle si marîe d'mwin » (elle se marie demain);

« s' » 

devant voyelle : « èle s' a pièrdou » (elle s’est perdue);

« s' » 

après voyelle et devant consonne : « i s' bat sovint » (il se bat souvent) ; « nosse tchèt s' a stronlè » (notre chat s’est étranglé).

ex. : (CW) « Gn-aurè dès banses èt pèrson.ne ni s’è vôrè passer . » (Dji vos l’sowaîte do fond do keûr, VA 31/12/98) (il y en aura des tas et personne ne voudra s’en passer)

LE, LA

(régime direct, postposé au verbe)

« lu » 

après consonne : « sogne lu bin : c' èst t' pére » (soigne-le bien, c’est ton père) ;

« le » 

après voyelle : « tin le bin » (tiens-le bien); « lèyez le trankile » (laissez-le tranquille).

LE, LA

(régime direct, antéposé au verbe) 

« li » 

devant consonne : « Li pôve fème ! Tchofile li bat sovint ! » (la pauvre femme ! Th. la bat souvent !) ; « èle li trompe » (elle le trompe);

« l’ » 

 

 devant voyelle : « i l' ême bin » (elle l’aime bien) ; « èle l' a pièrdou » (elle l’a perdu(e));

après voyelle et devant consonne : « i l’ mougnerè » (il le mangera); « i l' tènéve po l’ brès » (il la tenait par le bras).

ILS

(sujet, antéposé au verbe)

« i » 

devant consonne : « is n' vinrant nin » (ils ne viendront pas) ; « is tchèssant l' singlè » (ils chassent le sanglier);

« il » 

 

devant voyelle : « il avint fwin » (ils avaient faim); « il ont pièrdou leûs-èfants » (ils ont perdu leurs enfants).

ILS

(sujet, postposé au verbe)

« is »

« vinrant-i ? » (viendront-ils ?)

ELLE (sujet, antéposé au verbe)

« èles » 

devant consonne : « èles mougnint do l’ sirôpe » (elles mangeaient du sirop) ;

« èlle » 

devant voyelle : « èlle avint fwin » (elles avaient faim); « èlle ont moussè foû do l’ mohon » (elles sont sorties de la maison).

ELLES

(sujet, postposé au verbe)

« èles »

« vinrant-èles ? » (viendront-elles ?)

L'aphérèse notée pour les formes du sing. touche également les formes du pluriel : « 'l » (ils) ; « 'lles » (elles) : « quand 'l (ou : 'lle) avint fini d' bate, is (ou : èles) riv'nint ... » (cf 1.3.8)

EUX

(tonique non conjoint)

« zês » 

(ou « zèls (EW, CW), « zias » (OW))

 

« dji sê ça mî qu’ zês tortos » (je sais cela mieux qu’eux tous); « c' èst por zês » (c’est pour eux).

ex. :  (EW) « … treûs ou qwate mèyes di feumes èt d’ omes qui n’ savît nin trop’ çou qu’ advinreût d’ zèls. » (J. Houbart-Houge, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

(trois ou quatre mille femmes et hommes qui ne savaient pas ce qu’il adviendrait d’eux)

ELLES

(tonique non conjoint)

« zèles » 

« djo l'zî dîrê, à zèles » (je le dirai à elles); « zèles, èles vinrant » (elles, elles viendront).

ex. : (CW) « Èt djë l’zi aveû trëcoté èt l’zi fé fé à zèles ossë totès bounès lokes. » (Gaziaux,1987,306) (Et je leur avais tricoté et je leur avais fait faire, à elles aussi, rien que de bons vêtements)

LEUR

(régime indirect, antéposé au verbe)

« lèzî » 

après consonne : « èle lèzî dènerè dès djambons » ; « Tchofile lèzî afoumerè l' lârd ! »

« l’zî » 

après voyelle : « i l'zî prindrè tot » ; « on l'zî minerè lès bièsses ».

ex. : « Ile lèzî chèrva one grande platenêye du bolêyes å riz. » (C.Feller,1906,128) (il leur servit un grand plat de bouillie de riz)

LEUR

(régime indirect, postposé au verbe)

« lèzî » 

après consonne : « dène lèzî on kilo d' tchâr »(donne-leur un kilo de viande) ;

« l’zî » 

après voyelle : « prinds l' zî on bokèt d' tâte » (prend-leur un morceau de tarte)

 

SE (réfléchi)  

« si » ou « s’ » 

(voir le singulier ci-dessus) .

LES

(régime direct)

« lès » 

devant consonne :  « i lès vindrè » (il les vendra); « i lès râyerè » (il les arrachera);

« lès- »

 

devant voyelle :  « mi pére lès-a côpè » (mon père les a coupés); « Tchofile lès-a pièrdou » (Th. les a perdus);

« lès-» ou « l’s-» 

après voyelle et devant voyelle : « i lès-a pièrdou » ou « i l's-a pièrdou » (ce dernier dans un débit rapide) (il les a perdus).

 

Formes combinées

 

ME LE,

LE MOI

« mo l’ » 

« dis mo le ! » (dis-le moi);  « i mo l’ dîrè » (il me le dira) 

(« mo l’ » (SW), « mè l’ » (CW) : cf aussi Phonologie Diff.24)

« m' l’ » 

entre voyelles : « i m' l’ a pièrdou » (il me l’a perdu).

 

JE LE

« djo l’ » 

« djo l’ dîrê » (je le dirai); « djo l’ vou bin » (je le veux bien)

((CW) « djè l’ dîrè » : cf aussi Phonologie Diff.24)

TE LE

«to l’ »

« i to l’ dîrè » (il te le dira); « mi pére to l’ dèn'rè » (mon père te le donnera) ((CW) i tè l’ dîrè » : cf aussi Phonologie Diff. 24)

« t’ l’ » 

entre voyelles: « i t' l’ apice po l’ brès » (il t’attrape par le bras).

IL(S) LE

« i(s) l' » 

« i l' mougne » (il le mange); « is l' mougnant » (ils le mangent).

 

DE LE

« do l’ » 

« il èst timps do l’ dîre » (il est temps de le dire) 

( (CW) « … dè l’ dîre » : cf aussi Phonologie Diff.24)

« d’ l ‘ » 

entre voyelles : « il èst timp d' l’ aveûr » (il est temps de l’avoir).

 

NE LE

« no l’ »  

« i no l’ dîrè nin » (il ne le dira pas); « i no l’ pinse nin » (il ne le pense pas) ((CW) « i nè l’ … » :  cf aussi Phonologie Diff.24)

« n’ l ‘ » 

entre voyelles : « i n' l’ a nin avou » (il ne l’a pas eu).

 

ON

« on » 

devant consonne : « on vinrè » (on viendra); « on mougne » (on mange).

« on » + « z » de liaison

devant voyelle : « on-z-a pièrdou » (on a perdu); « on-z-oyéve do brut » (on entendait du bruit).

EN et  Y :

 

 

EN

 

 

 

 

 

 

 

 

M'EN

postposé

« è » 

devant consonne : « il è va » (il s’en va); « il è mougne, dès crompîres » (il en mange, des pommes de terre);

« ènn' » 

devant voyelle : « Tchofile ènn' a pièrdou one » (Th. en a perdu une) ; « i gn-ènn' a brâmint » (il y en a beaucoup);

« 'nn' » 

après voyelle et devant voyelle : « i 'nn' av' assè »(il en avait assez) ; « li tchèt 'nn' a stronlè one » (le chat en a étranglé une);

N.B. présence d'un « -z- » de liaison : postposé au verbe : « mougne-z-è » (manges-en); « mougnez-è » (mangez-en);

« m' è » 

« wâde m' è on bokèt » (garde-m’en un morceau); « prinds m' è on kilo » (prends-m’en un kilo).

Y

 

IL Y A

 

 

IL Y EN A

« î » 

devant consonne : « dj' î su » (j’y suis); « il î vinrè » (il y viendra);

« î »

(+ « -y -» pour combler l'hiatus) : devant voyelle :

« il î(-y-)èst » (il y est); « on-z-î(-y-)aspoye li tchâr » (on y place la viande);

« i gn-a »  ou « gn-a »

« (i-)gn-avéve deûs mohons » (il y avait deux oiseaux); « gn-a co dès djins qui n' djâzant nin l' francès, dins ç' viadje-là » (il y a encore des gens qui ne parlent pas français, dans ce village) ;

« i gn-an-è »;

mais « (i) gn-a pus » ou « (i) gn-a pupont » (il n'y en a plus) ; « i gn-a co » (il y en a encore) et « i gn-a co pont » (il n’y en pas encore).

 

Remarque

Le type (IL) Y A pour  IL Y A apparaît lorsque le verbe est à l'infinitif : « i c'mince à 'nn' aveûr » (il commence à y en avoir) .  Le « y » est fondu dans « ‘nn’ ».

 

 

Différence 16

Correspondant au pronom sujet et au pronom personnel complément prépositionnel « lui » du français, le wallon emploie « li » (« lu » (une partie de l’EW, SW)) ; correspondant à la même forme du français avec la fonction de complément indirect, le wallon emploie « lî ».

ex. : (F) Lui n’est pas venu.   (W) Li, i n’ a nin v’nu.

              C’est pour lui.                  C’ èst por li.

              Je vais lui donner ça.       -- Djè va d’ner ça.

 

Différence 17

Le français emploie la même forme « elle » comme sujet, sujet accentué et complément prépositionnel ; le wallon emploie « èle » dans le premier cas, et « lèye » dans les deux autres.

ex. : (F) Elle vient.                 (W) Èle vint.

             Ma femme, elle, l’a dit.    Mi feume, lèye, èle l’ a dit.

             C’est elle.                          C’ èst lèye.

             C’ était pour elle.              C’ èsteûve por lèye.

 

Différence 18

Le français a la même forme « leur » pour l’adjectif possessif de la 3e personne du pluriel et le pronom personnel complément indirect de la même personne ; le wallon a la forme « leû » pour l’adjectif possessif et « l(è)zeû » (ou « l(è)zî ») pour le pronom.

ex. : (F) Ils trayent leur chèvre.  (W) Is moudenut leû gade.

             Je leur donnerai tout.            Djè l’zeû dôrè tot.

 

 

2.2.4.2 Pronom possessif

 

Différence 19

A La Gleize, le professeur Remacle cite des groupements originaux, inexistants en français.

ex. : « Leû nosse, du vatche, l’ ont-is co? » /leur nôtre = celle que nous avions vendue/; « nos deûs sînes »: (nos deux /vaches/ que nous avons eues de lui. (1952,342)

 

 

2.2.4.3 Pronom démonstratif

 

Différence 20

Le pronom démonstratif est formé différemment en wallon et en français. 

Au français « celui (celle(s), ceux) » correspondent en wallon l’article défini « li » (lu, èl) (pluriel : « lès ») suivi du mot démonstratif proprement dit « ci » (« cia » (CW)) (pluriel : « cis » (cias, …), « cén » (OW). Au féminin singulier, on dira « li cisse » (« lu cisse », « li cène », « èl cène »). Au féminin pluriel : « lès cisses » (« lès cènes »).

ex. :                                                            

(CW) « … sins compter lès cés quë sont là mièrseûs dins leû tchapèle ... » (Moureau,1943,870-873)

(F)... sans compter ceux qui sont là-bas, tout seuls dans leur chapelle ..

« Asteûre, li ci qui vout, i l’ va acheter à s’bolèdjerîye. » (Lès Rwès, VA 11/1/99)

Maintenant, celui qui le veut va l’acheter à la boulangerie.

(EW) « ... pace qui l' ceu qu' lès-a tèhou,

c' èst Tch'hon-Djôzèf di mon Tiyou. » (Tyou,1929,126)

… parce que celui qui les a tissés s’appelle Jean-Joseph ‘di mon Tiyou’.

(OW) « In grand bos / Pus grand qui lès céns di-d-pâr-ci ... » (M.-F. Fichet-Doffiny, Afrika, p.66, in: W+ L)

Un grand bois, plus grand que ceux de nos contrées…

« Si d’ aroûs vingt-ans èt mès pougns sèrés, du disfindroûs l’ cîn qu’ èst rwè su l’ pavé. » (Heiremans Robert, Vingt-ans, p.100, in: W+ L)

Si j’avais vingt ans et si mes poings étaient serrés, je défendrais celui qui est le roi sur le pavé.

(SW) « Èt lès cis qui n’ plint nin-z-î aler ârint bin v’lou ‘nna vèy! » (Hardy Camille, S’ lès rotches, in: Francard,1982,95)

Et ceux qui ne pouvaient y aller auraient bien voulu en voir !

« Iène dès prèmîres rimètes qu' i wêtot d' sawèr rudîre tot seû, ç' astot la cé quu Bobone du B'jin lî avot apris … » (Louline Vôye, Marîye à l' trique, AL)

Une des premières compositions rimées qu’il essayait de redire seul était celle que lui avait appris sa grand-mère de Vezin.

 

Différence 21

Suivant Remacle, on insère couramment certains mots entre les deux éléments composant le pronom démonstratif  « lu ci » (EW) (= li ci, li cia (CW)). (1952, 351)

ex. (W) lès treûs pus bês cis qu’ dj’ a vèyou  (F) les trois plus beaux que j’ai vus

             lès treûs cès du d’zos                               les trois du dessous

 

Différence 22

On trouve des cas en wallon où le deuxième élément du pronom démonstratif (ci) est précédé de l’article indéfini « dès ». (Remacle,1952,352)

ex. :  (W) Il a ruv’ni avou d’ cès du Spâ.            (F) Il est revenu avec certains de Spa.

               

(CW) « ... n-a d’djà dès cës qu’ ont r’vënë. » (Gaziaux,1987,154)

Certains sont déjà revenus.

(EW) « - Et vos savez bin wice qu' ènn' a, insi? / - Oy, nosse dame. / - Dès cis avou dès blancs peûs, dè mons? » (Grafé, Li håmustê, p.37-41,1987)

Et vous savez donc où il y en a (s.-e. : du gui)? - Oui, madame.

Du moins ceux avec des fruits blancs ?

 

Différence 23

On peut remplacer le premier élément du pronom démonstratif par un adjectif possessif : « mi ci », « mès cis », ... (Remacle,1952, 353) 

ex. (W) Dj’ a mètou mès cis d’ dîmègne.          (F) J’ai mis ceux (= souliers) de dimanche.

 

(EW) dès rubarbes come nos cèsses da Moutchèn’

(F)     des rhubarbes comme celles que nous avions eues de Mutschen.

 

(CW) Volà dès canadas come nos cias d’ l’ anéye passéye.

(F)     Voilà des pommes de terre comme celles que nous avons eues de l’année dernière.

 

Différence 24

Parfois, le deuxième élément du pronom démonstratif est précédé de l’adjectif indéfini pluriel « quékes ».

Ainsi, à Oreye et à Liège, on entend: « Enn’ a quékes cis qui travayèt co. »  (* Il y en a quelques ceux qui travaillent encore) (Certains travaillent encore). (Remacle)

 

 

.2.4.4 Pronom relatif 2

 

Différence 25

Pronom relatif sujet / objet

Le français fait une différence entre « qui » (sujet) et « que » (complément).

Le wallon ne la fait pas.[1]

ex. : (F) la femme qui vient                                      (W) li feume qui vint              

              l’homme que je vois                                           l’ome qui dj’ vè                      

              le fermier qui arrache ses pommes de terre        li cinsî qui rauye sès canadas

              le maraîcher que nous avons interpelé               li cotelî qui nn’ avans arin.né

 

Différence 26

Il est à noter que l' « i » du relatif sujet est élidé devant une voyelle.

ex. : (W) li feume qui vint                                          (F) la femme qui vient

               l’ ome qu’ a v’nu                                                l’homme qui est venu

 

Différence 27

« Dont » comme complément d’objet indirect correspond à « qui » en wallon.

Le wallon emploie « qui » quand le français emploie « dont » complément d' objet indirect.

ex. : (W) lès meûbes qu' on-z-a dandjî.              (F) les meubles dont on a besoin

       

(CW) « Gn-a tant d’s-afaîres qu’on-z-a co dandjî! » (L. Somme, Dji vos l’sowaîte do fond do keûr, VA 31/12/98)

Il y a tant de choses dont on a encore besoin !

(EW) « Gn-a dès bonèts qui t‘ dîreûs dès clokes, …! » (Maquet,1987,157)

Il y a des bonnets dont tu dirais des cloches.

(SW) « Quî qu’ ç’ astot, çu comis-là qui vous d’jîz t’t-à l’eûre? » (Mahin,1984,43)

Qui était ce commis dont vous parliez tantôt ?

 

On emploie aussi dans ce cas « qui + ènn’ ». (cf 4.4.6)

 ex. : (W) lès meûbes qu'on 'nn a dandjî.     

 

 

2.2.4.5 Pronom interrogatif  (cf 4.4.7)

 

Les interrogatifs sont « quî » et « quu » (EW, notamment La Gleize) : « quî av' vèyou ? »; « quu vous se ? » Le neutre « qwè » est emprunté du français « quoi ».

L’ « i » de l'interrogatif est long d'une façon générale.  (Remacle,1937,47)

 

 

2.2.4.6 Pronom indéfini

 

Différence 28

En français, l’adjectif « tous » et le pronom « tous » ne se distinguent pas par la forme, contrairement à leurs formes corespondantes en wallon :

(F) tous  (adjectif)   -  tos (OW : tous)

      tous   (pronom) -  tortos (OW : tèrtous ; EW : turtos)

 

ex. :                                                             

(CW) « Djè l’ sé bin, on-z-èst tortos lès min.mes. » (Moureau,1943,870-873)

(F) Je le sais bien, nous sommes pareils.

(OW) « Is sont tèrtous d’ acôrd : (…). » (Renard,1890,88)

Ils sont tous d’accord.

(EW) « Èles sont turtotes blanc-mwètes come dès makêyes. » (Maquet,1987,26)

Elles sont toutes cadavériques comme des fromages blancs et mous.

 

Différence 29

Le pronom indéfini « nul » ne se différencie pas morphologiquement de l’ adjectif indéfini  correspondant. En wallon, le pronom « nuk » (CW) (nouk (EW)),[2] noulu (EW), nèlu (CW), nulu (OW), nolu (SW)) (féminin : « nune » (CW), nole (EW)) se distingue de l’adjectif  « nul » (fém. nule) (CW) (nou + C, nol + V (fém. nole) (EW), nul (fém. nule) (OW, EW)).

ex. :  (EW) I gn-a nou risse.     (F) Il n’y a aucun risque.

                  I n' va noule pârt.          Il ne va nulle part.

 

                  Nouk du zèls n'îrè.       Aucun d’entre eux n’ira.

                  I n’ a pus nouk.             Il n’a plus personne.

       

(OW) « Vos l’s-avîz plantè què dj’ n’ aveu co nus-ans. » (Bal Willy, p. 23-24, in: W+ L)

(F) Vous les aviez plantés alors que je n’étais pas encore né.

« D’ é voleû passer pou vos dîre bondjoû més i gn-aveut nèlu. » (P. Defagne, Dictionnaire des patois (sic) de Fagne et Thiérache, 1984)

J’ai voulu passer pour vous dire bonjour mais il n’y avait personne.

(SW) « Gn-è pus nolu qu’ î vint (…). » (p.311, in : Rigaux Jean-Claude, Nosse viè laveû, p.309-311, in : Francard,2002)

 

Il n’y a plus personne qui y vient.

 

 

2.2.5 Verbe

 

2.2.5.1 La conjugaison

 

Différence 30

Unification des formes au singulier

D’un point de vue oral, en wallon comme en français, à l'exception des auxiliaires « être » et « avoir », le singulier de l'indicatif présent est unifié.

Pourtant, le verbe « aller » connaît deux formes au singulier de l’indicatif présent, son correspondant wallon « aller » n’en possède qu’une.

ex. :

(F) je vais

      tu vas

       il va

(W) dji va

        ti vas

        i va

 

Le singulier est également unifié en wallon à l’indicatif futur simple (excepté l'ind. futur en sud-wallon, forgé sur « avoir » : dji tchanterê, dji mousserê, dji dîrê (Francard, 1980, 228 & 239).

Ce n’est pas le cas du français.

ex. : (F)                                                               (W)

je recevrai

tu recevras

il recevra

dji r’çûrè  (EW : dji r’cîrè)

ti r’çûrès           ( ti r’cîrès)          

i r’çûrè              ( i r’cîrè)

je serai

tu seras

il sera

dji sèrè

ti sèrès

i sèrè

 

Différence 31

En français, le verbe « asseoir » possède deux conjugaisons différentes (j’assieds, … ; j’asseois, …). En wallon, son correspondant « achîr » (EW : « assîr ») n’en possède qu’une.

 

Différence 32

Participe passé

Contrairement au français, les participes passés de la plupart des verbes en -ir sont, en wallon, identiques à l’infinitif présent.

 

ex. : (F) mourir   - mort                (W) moru (EW : mori)   - moru (mori)

             partir     - parti                         paurti (EW : pårti)  - paurti (pårti) 

             finir       - fini                           fini                          - fini

            

NB : venir - venu en français pour vinu (vini) – vinu (mais en EW, le partic. passé : vinou).

         tenir – tenu                             tinu (tini) - tinu                                                     tinou.                 

            

Différence 33

Le participe passé d’ « awè » (aveûr) (EW) est invariable.

ex. : (W) « Bran.mint s’plindenut dè l’ vîye èt is l’ont portant come is l’ont faît. » (Gillain

              Emile, Sovenances, p.95)

        (F) Beaucoup se plaignent de la vie et ils l’ont pourtant comme ils l’ont faite.

 

        (W) I l’ (= Îvone) a vèyu.

(F)      Il l’ (= Yvonne) a vue.

 

     

Les temps composés

 

Différences 34-35

C'est l'auxiliaire « avoir » qui est utilisé pour la formation des temps composés, même là où le français emploie « être », c'est-à-dire

-         1) pour les verbes pronominaux : exemples en sud-wallon : « i s' a batou » ; « i s' a côpè »; « i s' a pièrdou » ; en centre-wallon : « Avoz d’djà v’nu à Cêle ? » (Houziaux,1964,13) ; en est-wallon :  « i s' a sâvé », « is s' ont pièrdou » (il s’est sauvé, ils se sont perdus) ;

 

ex. :                                                           

(EW) « I s’ a lèyî r’freudi à-z-aler rider. » (Houbart-Houge,1973)

(F) Il s’est laissé refroidir en allant glisser.

(OW) « Adon qu’ is s’ arinetèt foûrt bîn contintè d’ène soupe … » (Hennaut,51,1995)

Alors qu’ils se seraient fort bien contentés d’une soupe, …

(SW) « Èt i s’ avot foutu la chike,… » (Binsfeld Franz, Come in toûr du macrâle, AL)

Et il s’était saoulé, ...

 

-         2) pour certains verbes intransitifs : en sud-wallon : « il a v'nou » ; « il a mourou » ; « il a div'nou » ; « il a intrè », etc. ((F) il est venu, il est mort, il est devenu, il est entré) ; en est-wallon : « il a mouri » ((F) il est mort).

ex. :                                                               

(EW) « Èlle èsteût d'djà rèvôye qwand dj' a riv'nou ... » (Seret,1988,30)

(F) Elle était déjà repartie quand je suis revenu.

(OW) « ... il aveut v’nu au monde dins-ène cinse, li ètou. » (Fauconnier,1993,77)

Il était né dans une ferme, lui aussi.

 

Précisons toutefois que, dans cette dernière catégorie, lorsque le verbe n'indique plus une action, un changement d'état mais l'état lui-même, l'auxiliaire « être » apparaît dans les formes wallonnes (comme en français) : (sud-wallon) « il èst riv'nou » (vs « il a v'nou »), « il èst rintrè » (vs « il ont rintrè a doze eûres ») (Francard,1980,231) ; (est-wallon) comparons « dju l'a vindou » et « il èst vindou », et surtout « il a couri à Spâ » et « il èst couri à Spâ ».

 

ex. :                                                              

(SW) « Nosse pére èstot v’nu po m’ mostrer comint ç’ qu’ i falot fé. » (A. Schmitz, Li prèmî côp qui dj’ é sèmé, AL)

(F) Notre père était venu me montrer comment il fallait s’y prendre.

 

Rapprochement avec les langues germaniques :

Les verbes d’action se conjuguent toujours avec « awè » (aveûr (EW)) comme en anglais, mais pas comm en néerlandais ni comme en allemand :

ex. :  (W) Dji m’ a trèbuké èt dj’a tcheû. = (E) I have stumbled and (I have) fallen.

         (F)  J’ai trébuché et je suis tombé.

         (N) Ik heb gestruikeld en ben gevallen.

         (D) Ich habe gestrauchelt und bin gefallen.

 

Cependant, les verbes réfléchis fonctionnent de la même façon en néerlandais, en anglais, en allemand et en wallon, mais pas en français, qui se sert de l’auxiliaire « être » :

         (W) Dji m’a brouyî.

         (N)  Ik heb me vergist.   

         (D)  Ich habe mich geirrt.

         (F) Je me suis trompé.

 

Différence 36

Les temps surcomposés sont sensiblement plus courants en wallon.

ex. :

(CW) « ..., quand dj’ a sti arëvé, lë lend’mwin, ... » (Gaziaux, 1987,162)

(F) Quand je fus arrivé, le lendemain, …

(OW) « Douwârd a ieû scrotè lès treûs quârts di s' brikèt su cénk munutes di timps. » (Mathy,1958,37)

Edouard eut fini de décrotter les trois-quarts de son briquet en cinq minutes.

(SW) « Pou l’ êdè, èle avét lu Zîré, (…) qu’ èle avét rascudu dupûs quu s’ valèt avét stu tuè à l’ guêre du quatörze. » (Culot Calixte Calixte, Les Paukes du Zîré, AL)

Pour l’aider, elle avait Désiré, qu’elle avait recueilli depuis que son fils eut été tué à la guerre de quatorze.

 

 

2.2.5.2 Utilisation des temps dans les propositions subordonnées (cf 4.5 Verbe)

 

 

2.2.6 Adverbe

 

2.2.6.1 Adverbe de négation

 

Différence 37

A la locution adverbiale « ne … pas », correspond la locution  « ni .. nin ».

ex. :  (W) Èle ni mougne nin ; i n’ èst nin mwart ; i n’ pout mâ  (Francard, 1980, 220)

         (F)  Elle ne mange pas ; il n’est pas mort ; il ne peut mal.

 

(OW) « Dji vos souwéte di n’ awè dandjî d’ vos sièrvu d’ tot çoula ! » (Fedora, Amon l’ apotikêre, El Bourdon, s.n.., p.17)

(F) Je vous souhaite de ne pas avoir besoin de vous servir de tout cela !

(SW) « I n’ trouverot ni eune pîre frèche au fond d’ l’ éwe. » (Twisselman,1994,116)

Il ne trouverait pas une pierre humide au fond de l’eau.

 

Différence 38

A la locution « ne … pas de » (littéralement :  ne … point de (littéraire ou régional)) avec le partitif « en » correspond « ni … pont di » avec « è(nn’) » .

A « ne … pas un », nous avons « ni …nin on(k) ».

ex. : (W) Dji n’ è veu pont.

        (F)  Je n’en vois pas. (litt. ou rég. : … point)

 

        (W) I n' ènn' a pont (ou I n’ n’ a pont).

(F)    Il n'en a pas.

 

(OW) « El mitolojîye n’ a pont scrît d’ pâje à l’ ombe dè nos-anciènès fosses (…) » (p.15, in : Quinet C., MA, 1, 2002, p.15-16)

(F) La mythologie n’a pas écrit de page à l’ombre de nos anciennes mines.

« … di ç’ timps-là, gn-aveut pont d’ buldôzêr. » (Haentjens Hector, El tchapèle Notrè Dame du Roûs, El Bourdon, s.n.., p.7)

En ce temps-là, il n’ y avait pas de bulldozer.

 

Différence 39

A la locution « ne … plus (de) » correspond le wallon « ni … pupont (di) ».

ex. : (W) Gn-a pupont.                                       (F)  Il n'y en a plus.       

       Dji n’ è veu pupont.                                    Je n’en vois plus.

                                                                           

(OW) « Li p’tit boulome (...) / N’ a pont d’ tchapia pou l’ plouve, / (...) Nén ène mastoke dins s’ boûsse, / Dins s’ keûr, gn-a pupont d’ place, ... » (Bossart Pol, Li p’tit boulome, p.38, in: W+ L)

Le petit bonhomme n’a pas de chapeau pour la pluie, pas une pièce de monnaie dans sa bourse, dans son cœur, il n’y a plus de place.

 

 

cf 4 Syntaxe Diff.198 : « sins pont … di » ; Diff. 226 : « ni pont di … ni pont di » ; Diff. 227 : « ni mauy pont di ».

 

Différence 40

Pour nier un élément de proposition ou de phrase, que l’on oppose à un premier, on emploie « nin », tandis que le wallon utilise l’adverbe « non » (ou « nèni », « non.na ») (opposé à « oui » (ou « si ») pour répondre négativement à une question.

ex. : (W)   C’èst m’colon èt nin l’vosse.             Nin sins rûses. 

        (F)    C’est mon pigeon, non le vôtre.         Non sans difficultés.                                        

        (NL) Het is mijn duif, de uwe niet.             Niet zonder moeite.

 

cf 4 Syntaxe Diff. 246 : « pus nin onk / one ».

 

Différence 41

Accolé directement à un adjectif, le wallon emploie « nin », le français « non ».

ex. : (W)   one nin seûte lèçon. 

        (F)    une leçon non sue 

        (NL) een niet gekende les

 

 

2.2.6.2 Autres adverbes

 
Différence 42

Existence d’un double adverbe pronominal : « ènnè ».

Les adverbes pronominaux sont « è(nnè) » (en) a une forme remarquable : le latin « inde » donne « è » : « dj' è vou » (j'en veux), ou devant voyelle « ènn' » : « dj' ènn' a ». La contamination des deux formes en produit une nouvelle, « ènn-è »,  qui renferme donc deux fois le pronom : « dj' ènnè vou », « i 'nnè vout ». (Remacle,1937,53)

ex. : 

(CW) « È (ou : ènnè) vouros se? » (Gaziaux,1987,69)

(F) En voudrais-tu?

 

Différence 43

« Tot » est invariable dans le sens de l'allemand « lauter »:

« tu fês tot bièstrèyes » (tu ne fais que des bêtises), « c'èst tot sotes », « il a tot rodjès bièsses », « ç' a stou spiyi à tot bokèts » (tout en morceaux) (EW). (Remacle,1937,49)

 

Différence 44

« Tot » modifiant le sens d'un adjectif féminin pluriel prend ou ne prend pas la finale « -ès » distinctive de ce genre à ce nombre, suivant que l'adjectif modifié est qualificatif ou prédicat :

« èles sont totes pitites, totes sotes, totes rondes », mais « dès totès p'tites, dès totès p'titès crompîres, dès totès rondes ». (EW) (Remacle,1937,49)

 

Différence 45

« Tous seuls » et « toutes seules » sont « tos-èt seûs » et « totes-èt seûles ».

Le féminin montre qu'il faut analyser ces expressions comme suit : « tous et seuls » (tos-èt-seûs), « toutes et seules » (totes-èt-seûles). Pour les expliquer, on pourrait songer à une analogie avec « tous, toutes ensemble », mais ceux-ci se disent « èssonle, èssonle », sans liaison de l' « s » final. (EW) (Remacle,1937,49)

 

 

2.2.7 Préposition

 

Voir ci-dessus l’article défini précédé d’une préposition.

 

 

2.2.8 Conjonction

 

2.2.8.1 Conjonctions de coordination

 

Différence 46

La locution « èt si » ( (F) « et ») entre deux impératifs est notée dans une bonne partie du domaine wallon.

ex. : (CW) Mougne èt si t’ taîs.                          (F) Mange et tais-toi.

 

(EW)  « Èle ni poléve dimoni cou so hame, ossu s’ louka-t-èle si lès boûkètes avît tchôd assez so l’ djîvå èt s’ gosta-t-èle li såce dè l’ robète. » (J. Houbart-Houge, 1973)

Elle ne pouvait rester assise, aussi elle regarda si les crêpes (faites avec de la farine de sarrasin) étaient suffisamment chauffées et elle goûta la sauce du lapin.

(SW) « D’ on bond, Fifine (...) tapache tot bas (...) èt si crîe : « Tas d’ vos p’tits marticots, sèroz l’ uch do corti. » » (Matante du Djîvroûle, La vèspréye, AL)

Soudain, Fifine jette tout par terre et s’écrie : « Bande de garnements, fermez la porte du jardin ! »

 

 

2.2.8.2 Conjonctions de subordination

 

Différence 47

Après un complément de temps, la relative est introduite par « qui ».  En français, par « où ».

ex. :  (W) s(i) en cas qui                                 (F) dans le cas où

                S’en cas qu’vos l’vièrîz, dijoz-lî!         Dans le cas où vous le voyiez, dites-le lui !

                au cas qui                                              au cas où

                au momint qui                                       au moment où

                one anéye qu’il a faît sètch                   une année où il a fait sec

                li djoû qu’ il a tant ploû.                       le jour où il a tant plu

               Gn-a dès djoûs qu’ ça va mia.               Il y a certains jours où cela va mieux.

          

(CW) « … i n’ èst nén co quèstion di d’viser do timp qu’on n’ vièrè pupont d’ guêres. » (E. Wartique, in: CW 12/54, p.186)

Il n’est pas encore question de parler du temps où il n’y aura plus de guerre.

 

(EW) « On djoû d' djulèt' qu' i tokéve lès qwate solos (...), dji touma båbe à båbe avou lu  … » (Grafé,1987,30)

Un jour de juillet, où il faisait très chaud, je tombai nez à nez avec lui.

(SW) « Èle n’ av jamês vèyou tant dès djins â momint qu’ èle passéve. » (Dedoyard,1993,12)

Elle n’avait jamais vu autant de gens au moment où elle passait.

 

 

Elision de la conjonction « si » (cf 1 Phonologie Différence 14)



[1] « Qui » et « quu » (que) (Remacle,1937,par.30) (EW – La Gleize) : « djûdi qui vint », « ci qu' a v'ni », « cisse quu vos v’loz »; « qui » (CW) ; « qui, quu » (SW) ; « qui, què » (OW), « qui » (EW).

 

[2] Aussi en CW: « I gn-a nèlu à l’ prinde po fé ça » (Nul ne peut le prendre pour faire cela).

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3 Sémantique

3 SEMANTIQUE

 

De nombreux phénomènes grammaticaux sont étudiés par la sémantique.

 

Le wallon, pauvre en vocabulaire abstrait, est riche en vocabulaire concret. Cela ne l'empêche pas d' exprimer ce qu'il veut avec précision . Comme la langue est utilisée comme moyen de communication - nous déterminons ici sa fonction sociale -, mieux vaut user d'une circonlocution claire que d'un mot incompris ou sybillin pour faciliter la compréhension du message . Le français est d'ailleurs aussi pauvre en vocabulaire abstrait .

Quel Wallon (ou Français) qui n' a pas appris le latin et le grec voit le rapport entre « jour » et « quotidien » ou « diurne », « mois » et « mensuel » ou « trimestre », « poumon » et « pulmonaire » ou « pneumonie », « sommeil » et « hypnogène », « ville » et « urbain » ou « politique » ? Chacun de ces mots doit être appris séparément, et le rapport, à supposer qu’il s'établisse, s’oublie facilement, parce qu' il n'apparaît que par le truchement d'une autre langue, à moins qu'on ne fasse des études gréco-latines, et encore .

Il est cependant possible de rendre ces différents mots en n'usant que d'une racine. Le néerlandais résout le problème avec ses propres moyens, en fabriquant des composés avec les noms « dag- , week-, hart-, stad-, ... » , dans lequel le nom, prenant la première place du nom composé, acquiert une valeur adjective . C'est aussi le cas de l'allemand, du frison et des langues scandinaves, du finnois, du tchèque .

Ceci dit, le vocabulaire wallon est en majorité d'origine latine (le wallon est une langue romane), mais nous avons emprunté 15 à 20 % de notre vocabulaire aux langues germaniques proches; il reste les mots typiquement wallons et quelques emprunts à d'autres langues . Parmi les mots d'origine latine, certains sont les mêmes que les mots français correspondants (« mostrer » : montrer) mais d' autres proviennent d'un mot latin différent (« moude » - L. mulgere ; traire - L. trahere). 

Beaucoup de termes wallons sont intraduisibles en français, si ce n' est par une circonlocution : 

ex. : (F) Il neige .    (W) I nîve . Et aussi avec des nuances: I payetéye . I nivetéye . I

                                       flotchetéye .  I nivelotéye .  I mîyetéye.

              bouillir              boûre ; riboûre (rebouillir (?)) ; caboûre - ?; racaboûre - ?

De même : (W) brotchî – (F) ? (faire éruption), …

 

Jusqu’à présent, 49 différences sémantiques ont été observées entre le wallon et le français.

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Différences 1-11

3.1 Phénomènes généraux

 

3.1.1 Le vocabulaire wallon

 

Différence 1

De très nombreux lexèmes ont une forme tout à fait différente de leur traduction française.

 

En voici pêle-mêle un ensemble d’exemples, tirés du Lexique namurois de Lucien Léonard, épaulé par le père Jean Guillaume.

(W)                                      (F)

amande

framboise

anète

nuque

awè des stoûrbions

avoir des vertiges

bèguinète

perce-neige

bodène

mollet

boutroule

nombril

corâl

enfant de chœur

crokant

cartilage

è-ignî

(feu >) enfumer

fé frîlè

griller

gawe

mâchoires

gaye

noix

got

friand

gueûserîye

malice

kike

orgelet

zwat’

grincheux

mayeûr

bourgmestre

mèsplî

néflier

mwate tchau

chair mortifiée

mwinre

maigre

nisse

rate

robète

lapin

spater

écraser

stokasse

vigoureux

stritchî s’ djambe

étendre la jambe

swat’

mal lavé

vèchau

putois

waroker

abattre des fruits avec un bâton lancé

 

Différence 2

Le génie de la langue wallonne se base sur la faculté de créer des mots tirés de son propre réservoir lexical, une vision du monde propre aux Wallons.

(W)                                                            (F)

abwèssener

ravitailler en boisson

acopler - viker acoplé

accoupler - vivre en concubinage

advant-advant-yîr

il y a 3 jours

agnî > agnûre

mordre  / morsure

après-après-d’mwin

le 3e jour à venir

avant-avant-dêrin

antépénultième

awè on pîd d’truviès

avoi le pied bot

ayi - fé ayi

oui - acquiescer par gestes = faire signe que oui

bague - bague d’agnon

bague - rondelle d’oignon

batemint d’keûr

palpitation

baube - baube à baube

fé s’baube

barbe - nez à nez

se raser

blamer

blameter

flamber

flamber doucement

blanc - blanke rôse

blanc dwèt

blanc d’ l’ ouy

blanc mwârt

blanc - oedème

panaris

cornée

pâle comme un mort

bûse > bûsia

buse - trachée-artère

cabarèt > cabâretî

café / cabaret – tenancier de café

câsser > ièsse câssé

mimbe câssè

câssè djus

casser - être atteint d’une hernie

membre fracturé

_ arraché (par cassure)

cauve > cauveler

cave  - faire une cave en-dessous de

cheûre - cheûre si tièsse

secouer - hocher la tête

cô - li cô d’pîd

cou - cheville

cok / cokia

pouye / pouyète

pouyon

coq / poulet (coquelet)

poule / poulette

poussin

coût > ièsse coût d’alin.ne

coûtrèsse d’alin.ne

court - haleter

asthme

craus - craus boya

gras - gros intestin

cru - awè dès crus pîds

 

racreuwi

humide - souffrir de transpiration excessive des pieds

s’humidifier

cwade > cwade

ièsse ècwadelé

corde – contracture

souffrir de contracture

cwane > cwârner

coin - regarder en coin

dint: fé sès dints

prumî dint

dint di d’vant

gros dint

dint d’ l’ ouy

dent: faire sa dentition

dent de lait

incisive

molaire

canine

divant - divant timps

avant - précocement

djon.ne > on djon.ne

on djon.ne > djon.neler (= fé sès djon.nes), et aussi :

poûtener (jument) ; vêler (vache) ; coucheler (truie) ; gadeler (chèvre); bèdeler (brebis)

jeune - un petit

un petit - mettre bas

djus - côper djus

ièsse djus d’song

en bas / à bas – abattre

être exsangue

drap - drap d’mwin

essuie-main

drap >  drap d’bagadje

drap - linge destiné à essuyer la vaisselle

dwèt

gros dwèt

deûzyin.me dwèt (= mostreû)

grand dwèt

quatyin.me dwèt

p’tit dwèt

doigt

pouce

index

medius

annulaire

auriculaire

eûre > eûréye

heure - repas

êwe > êwisse ; êweléye

eau - aqueux ; phlegme

feu > èfeuwer

feu - enflammer

feume - feume à l’djoûrnéye

femme – femme de ménage

fièsse - djoû d’fièsse

fête - jour férié

flauw - tchaîr flauw

faible - tomber sans connaissance

flaya > flayî

fléau / frapper à bout de bras

fornoûri

nourrir à l’excès

frèch > frèch di tchôd

mouillé - trempé de sueur

glèter / glète / glètaud

baver / bavure / une personne baveuse

gôje > grosse gôje

gorge - goître

gros - one grosse eûre

gros- un peu plus d’une heure

lampe / lamponète

lampe / petite lampe

lon - one eûre lon

loin - à une heure de marche

louwer / louwadje

louer / location

lumeçon / lumeciner

limace - traîner

macrale / èmacraler

sorcier / ensorceler

maîsse - maîsse-ovrî

maître - contremaître

minti / minte

mentir / mensonge

monte - monte au pougnèt

montre - bracelet-montre

mostaude - mostaurder

moutarde - garnir de moutarde

mostrer > mostrer s’linwe

montrer - tirer la langue

mwaîs / si mwaîji

fâcher / se fâcher

nawe / nawerîye

fainéant / -ise

neveu / nièce

nèveû / nèveûse

nez - snazè

nez - priver de nez

nîvaye - djaléye

neige mêlée de pluie - gel

nuk / nuker

noeud / nouer

awè sès boyas nukès

avoir des brides intestinales

ièsse nukè

être ankylosé

nwâr - nwâre fîve

noir - septicémie

nwâr ouy

oeil poché

nwâr - nwâri - nwâreû

noir - noirCir - noirCeur

ome - ome di mèstî

homme - artisan

ouy

dès-ouys di boû

_ di cwaye

_ d’ oulote

_ di tchèt

oeil

yeux exorbités

_ en coin (littér. : de caille)

_ ronds et perçants

_ verts

paujêre / paujêreté

paisible / calme, tranquillité

Pauke > paukî - pauker

Pâques – buis – garnir de buis (tombe)

pêcher / poisson

pèchî / pèchon

peûmon > peûmonîye

poumon - pneumonie

piker > pikeron

piquer -  moustique

pinte / pinteû

pinte / grand buveur (de bière)

pîre au fwè

_ aus rins

_  à l’vèssîye

calcul hépatique

_ rénal

_ vésical

pitit - on p’tit timp

petit - un temps court (een tijdje)

plâte > plâtrer

plâtre - mettre dans le plâtre

pokètes

pokètes volantes

nwârès pokètes

variole

varicelle

petite vérole

pougn / pougnèt

poing, poignet

pougn > spougnî

poing - priver de la main

pouye > pouyetî

poule - marchand de poules

pwinte - mète dès pwintes di feu

pointe - cautériser

quèwe > quèwî

queue - vertèbres caudales (bovidé, cochon)

ramponer / ramponau /ramponéye

filtrer / filtre / quantité contenue dans un filtre à café

ratinde - ratinde famile

attendre - être enceinte

roter > rote-au-nût

marcher - noctambule

sankes - sankis’

vase - endroit vaseux

satchî - satchî do song

tirer - faire une saignée

scole - scoler

école – former (qqn) par l’école

sèptante - iûtante

soixante-dix / septante – quatre-vingts

sine - fé sine

signe - signifier par gestes

sôdâr - sôdâr à pîd

soldat - fantassin

sogne / sognî

soin / soigner

sot - assoti

sot – faire devenir sot

spater / spotchî > spatwè = spotchwè = spatroule

écraser - pilon

spèpyî / spèpiaud

grignoter - grignoteur

spès > dispèchi

épais - diluer ou amincir

suke - awè do suke

le diabète

tambour > tambourer - tambourî                                                       

tambour -  jouer du tambour – tambour (musicien)

tatche - tatche di naîssance

tache - naevus

tauve - passer su l’tauve

table - se faire opérer

tayeû - tayeû au bwès

tailleur - bûcheron

tchaur / tchaurlî

char / charron

tchin.ne > tchin.ne di cô

chaîne > chaîne d’or ou d’argent

trau > trau d’ l’ ouy

trau d’nez

trou – orbite

narine

vèrin > disvèriner

étau, desserrer un étau

veûy qwè

_ èvi

deviner, percevoir

détester

vî - vîs djoûs

vieux - vieillesse

      vîs-omes

            vieillard

vûwe - dobe vûwe – basse vûwe

vue - diplopie - myopie

wèspe / wèspyî : wèspiant

guêpe / remuer, gigoter : remuant

witche > witchî

 

mèche (de bougie) - travailler à la lumière artificielle

 

A ces exemples tirés du centre-wallon, dont une grande partie existe sous cette forme dans les dialectes environnants, on peut ajouter une multitude de termes dans les dictionnaires

 

-         de l’ouest-wallon : « abrôyelûre » (travail mal fait), « s’ afroyî » (se mettre en train) et « afroyadje » (mise en route), « bauyî » (bâiller) et « awè l’ bauyant » ( avoir envie de bâiller), « bawyî » (aboyer) et « bawîyerîye » (aboiement), « couche » (branche), « couchète » (rameau, brindille) et « discoucheter » (débrancher), « crèche » (croître) et « crèchant » (croissant (de la lune)) ainsi que « dèscrèchant » (décours de la lune) (Carlier-Bal) ; « marchau » (forgeron) et « marchaudadje » (travail de maréchal-ferrant) (P. Defagne, Dictionnaire des patois (sic) de Fagne et Thiérache, Presgaux, 1984) ; « djan-potâdje » (charlatan), « djèt » (rejeton végétal) et « djèter » (bourgeonner), « scoréye » (fouet) et « scoriâdje » (action de fouetter) ainsi que « scoryî » (fouetter), « scorion » (lacet en cuir), « scrène » (veillée, soirée familiale) et « scrèner » (passer la soirée en famille), « fougnî » (fouiller) et « fougnârd » (fureteur), « vinde » (vendre) et « vindâdje » (vente), « vôter » (voter) et « vôtadje » (élection) (Deprêtre) :

-         de l’est-wallon : « djouwer » (jouer) et « djouweter » (jouer petit jeu), « linwe » (langue) et « linweter » (tirer la langue (après qqch), désirer fortement), « moussî » (se fourrer) et « moussète » (cachette), « stoper » (boucher) et « stopa » (moyen de boucher) ainsi que « stopèdje » (action de boucher) ;

-         du sud-wallon : « cumachi » (mélanger de fond en comble) et « cumachèdje » (désordre, confusion), « piker » (piquer) et « pika » (aiguille de sapin) , « su plêre » (se plaire) et « su r’plêre » (se plaire de nouveau), … (Francard,1994)

 

 

3.1.2 Métaphore

 

Différence 3

Le wallon possède des métaphores propres. En voici quelques exemples tirés du Dictionnaire de l’Ouest-Wallon :

(W)                                                                        (F)

bâbe-di-cok

« barbe-de-coq »

caroncule

ér-diè

« arc-(de-)Dieu »

arc-en-ciel

gueûle-dè-crapaud

« gueule-de-crapaud »

t. de mouleur : lissoir en forme de cuillère

pate-dè-makéye

« patte-de-‘maquée’ »

qqn qui laisse souvent choir les objets

queuwe-dè-tch’vau

« queue-de-cheval »

écharpe tressée avec laquelle les gamins se livrent combat

sinte-Caterine

« sainte-catherine »

coccinelle

tchâr-dè-triyonfe

« char-de-triomphe »

la Grance Ourse

tchévau-d’- Bondieu

« cheval-de-bon-Dieu »

carabe doré

tièsse-dè-mouchon

« tête-d’oiseau »

plante à fleur jaune qui envahit les jardins

 

 

3.1.3 Onomatopées

 

Différence 4

Le wallon compte beaucoup d’onomatopées et de dérivés, et beaucoup d’entre elles sont différentes ou inexistantes en français.

 

onomatopées

dérivés

baf

exclamation exprimant la chute d’un corps mou, ou bien un coup en plein visage

bafe

taloche, gifle, coup de poing à la figure

clap’

onom. marquant le bruit sec d’un coup de fouet

claper

 

clapète ; …

faire entendre un bruit sec

claquette ; …

cwâk

cri du corbeau

cwâker

croasser

di-ng’-da-ng’

son de la cloche

di-nk’ter

tinter

gnaf-gnaf

onom. exrimant le bruit que fait le porc en mangeant

gnafeter

manger bruyamment (porc)

gnêgnê

cri, langage de petit enfant

gnêgnê

bébé, moutard qui vagit

hop

se dit pour faire sauter

hoper

hopète ; …

bondir

petit saut ; …

kis-kis’

cri pour lancer un chien contre quelqu’un

kissî

lancer un chien contre quelqu’un

patraf

bruit d’un cheval au galop

apatrafter

patrafter

accourir au galop

galoper

pign-pign

cri d’appel du pinson

pigneter

 

pigneteû

frigoter, se dit du cri d’appel du pinson

pinson d’appel (t. de tenderie)

platch

onom. marquant le bruit d’une flaquée de liquide

platcheter

patauger (dans l’eau, dans la boue, …)

puf

pouah

pufkène

èpufkiner

puanteur

empester

rouf

onom. exprimant un mouvement rapide

rouf-rouf

précipitamment

tchaf

onom.

tchafète; …

bavarde; …

tchatcha

sorte de claquement de la langue

tchatcha

bavard

tchik-tchak

cri du traquet

tchik-tchak

traquet

tok

toc, bruit d’un coup sur une porte

toker

toketer

battre très fort

battre faiblement

zaf

onom. exprimant le bruit d’une taloche

zafe

taloche

 

D’autres onomatopées :

årû

hue 

âtch

pouah

bourdî-bourdouh

onom. exprimant une suite de chutes ou de détonations lointaines

cak

fé _ à l’ouh : frapper à la porte

chouh

interj. marquant une impression de chaud ou de froid

coulouk

cri du crapaud accoucheur

fritch

bruit d’un liquide lancé par une seringue

fut’

onom. exprimant la répulsion du chat

îy

exclamation de surprise

ouy

aïe

rif-raf

onom. exprimant un mouvement rapide

zif-zaf

onom. exprimant le bruit d’une série de taloches

zim-zi-zim

onom. imitant la musique de violon

 

D’autres dérivés :

bouboute

huppe vulgaire (oiseau)

hiketer

hoqueter

broufeter

manger souvent des friandises

lofer

manger goulûment

cacayî

caqueter, bavarder

pîwitch

vanneau huppé

crîner

grincer

potchî

sauter

djouper

sauter, gambader

reûpe

rot, renvoi

drildiner

tinter

språtchî

écrabouiller

gagouyî

bredouiller

tchimeter

racler du violon

groûler

gronder  (tonnerre, chien)

tchoûler

pleurer à chaudes larmes

hagnî

mordre

zûner

siffler (à l’oreille) ; tinter, bourdonner

(Haust,1933,727-728)

 

ex. :  

(CW) « Ra! C’ è-st-on maîsse côp d’ fau quë s’ done. Han! ... L’ soyeû s’ tape one miète èri. » (Lerutte Henri, Lë soyeû d’grins, p.63, in: Gaziaux, 1998)

(F) « Ra »! On donne un grand coup de faux.

« Han » ! Le faucheur se met quelque peu à l’écart.

(EW) « Lès flitch-flatchs da Zanzan aplovît d’vins sès-orèyes. » (Warnier,1988,17)

Le bruit des pieds de Zanzan dans la boue (ou dans l’eau) « tombait dru comme la pluie » dans ses oreilles.

« … sès djambes èt sès brès’ pitchpatchetèt. » (Bury Jean, L’ èfant, in : Piron,1979,307-308)

Ses jambes et ses bras s’agitaient.

(SW) «  Quand il intrét ou viladje a zim’zimant, lès fames lêchièt la buée en plan  (…). » (Jacob,8-9,2002)

Quand il entrait au village en jouant du violon, les femmes laissaient lessive de côté.

 

 

3.1.4 Polysémie

 

Suivant leur sens, certains mots français se traduisent par 2 mots en wallon et vice versa

 

Différence 5

Un mot a plusieurs sens en français = plusieurs mots en wallon

 

Le wallon a souvent plusieurs mots pour traduire un seul mot français qui a différentes acceptions. En voici quelques exemples :

(F)                                                                       (W) + quelques comparaisons avec l’anglais

aborder

1) quelqu’un

2) un rivage

atauchî  (to approach)

abôrder  (to land)

adresse

1) faculté

2) localisation

subtilité (skill)

adrèsse   (address)

alors

1) à ce moment-là

2) dans ce cas

adon

d’abôrd

ampoule

1) électrique

2) cloque

ampoule

clokète

appeler

1) donner un nom

2) faire venir

lomer

huker

ardoise

1) pour les toits

2) pour écrire

scaye

ârdwèse

arête

1) de poisson

2) de brique, de mur

3) du poing fermé

èrièsse

angléye (CW), crèsse (EW)

noukèyes (EW)

argent

1) métal

2) pour payer

ârdjint (silver)

dès caurs / dès liârds (money)

articulation

1) du corps

2) de la mâchoire

djonteure, acoplûre

acoplûre

assurer

1) dire que c’est sûr

2) protéger par une assurance

acêrtiner (to assure)

assurer (to insure)

aussi

1) comparatif

2) également

ossi  (as)

èto (en fin de proposition) (too)

baratte

 

1) tonneau qui tourne

2) batteur qui tourne

toûnwâre

sèrène

bien

1) ↔ mal

2) beaucoup

bin

byin

bière

1) boisson

2) pour mettre un cadavre

bîre (beer)

vacha  (coffin)

boulet

1) de canon

2) de charbon

bolèt  (cannonball)

bougnèt (coal nut)

branche

1) arbre

2) enseignement

couche

brantche

café

1) breuvage

2) place

cafeu (coffee)

cabarèt (pub)

carte

1) géographie

2) à jouer

cârte

caute

cercle

1) groupemint

2) rond

cèrke

cèke

changer

1) opérer un changement

2) (un enfant) = changer ses vêtements

changer

discandjî (on-èfant)

charme

1) arbre

2) être plaisant

tchaurnia (hornbeam)

charme (charm)

chatouiller

1) par attouchement

2) par réaction

kèkyî

chôpyî

cheminée

1) à l’intérieur

2) à l’extérieur

djîvau (mantelpiece)

tchiminéye (chimney)

ciseaux

1) de couturière

2) de jardinier

li cisète

li cisia

coin

1) de terre, de page

2) à enfoncer

3) dans l’angle

cwane (plot)

cougnèt  (wedge)

cwin (corner)

collier

1) de personne, de chien

2) de cheval

colé

goria

côte

1) près de la mer

2) du thorax

3) qui monte

li côte (coast)

cwasse (rib)

tiène (hillside)

coudre

1) qqch (robe, manche)

2) sur qqch (bouton, pièce)

keûde

akeûde

cour

1) d’école, de ferme

2) du roi

coû

coûr

couverture

1) de lit

2) de livre

couvêrte

couvêrture

croûte

1) de pain

2) sur une coupure

crosse  (crust)

crape (scab)

dépasser

1) aller plus vite que

2) aller plus loin que

3) ressortir

ripasser (to overtake)

dèpasser (to pass)

dèpiter (to exceed in height / width)

envoler

1) avec éloignement

2) avec rapprochement

èvoler

avoler

envoyer

1) avec éloignement

2) avec rapprochement

èvoyî 

avoyî

fifre

1) instrument

2) musicien

sife

choufleû

fil

1) de fer, d’acier, de cuivre

2) d’étoffe, à coudre

li fil  (wire)

li filé (thread)

filet

1) (pêche) contenant

2) (pêche) contenu

3) filet

trûle

trûléye

filèt

fille

1) opposé à fils

2) opposé de garçon

fèye (daughter)

bauchèle, crapôde  (girl)

flamme

1) du feu

2) sur une lettre, un cachet

blame

flame

fonte

1) action de fondre

2) alliage de fer et de carbone

fondadje

fonte

frais

1) (temps)

2) nouveau : du pain frais

3) récent : les nouvelles fraîches

fris’

do novia pwin

lès dêrènès novèles

frère

1) des mêmes parents

2) des religieux

li fré (ou frére)

li frére

fumer

1) (cigarette)

2) produire la fumée

3) du jambon, du lard, un essaim

4) une terre, un jardin

fumer (cigârète, pupe, cigâre)

fumyî

èfumyî (tchau, pèchon)

 

ècrachî

garder

1) ne pas laisser partir

2) surveiller

waurder  (to keep)

gârder (to look after)

gelée

1) de fruits

2) quand il gèle

jèléye (jelly)

djaléye (frost)

geler

1) div’nu solide pace qu’i djale

2) fé pa-d’zos zérô

èdjaler : l’eûwe èdjale.

djaler : i djale.

gouttière

1) où l’eau coule le long du bord du toit

2) par où descend  l’eau de pluie venant de la « colêre »

colêre

 

gotêre

grille

1) gril ; grille du poêle

2) grile

li grèyî d’li stûve (grate)

li grile dè li scole (railings)

homme

1) personne de sexe masculin

2) homme, femme et/ou enfant

ome

djin

langue

1) écrite, parlée

2) organe pour parler

langue (language)

linwe (tongue)

louche

1) le contenant

2) le contenu

loce

locîye

malade

1) pour longtemps (diabète, TBC)

2) pour une courte durée (grippe, rhume)

malade

 

fayé

manger

1) personnes

2) animaux

mindjî

mougnî

manne

1) contenant